‹ Œuvres complètesChapitre 82 sur 204 · LIVRE TROISIÈME i · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME i

Il y aura encore lutte , mais l'habitude de se rencontrer leur rappellera qu'ils font partie d'un même peuple.

Aujourd'hui ils sont aux deux extrémités opposées des choses humaines. Qui sait si ce qui se passe dans la nature ne se réalisera pas aussi parmi eux; si le pendule qui oscille de la droite à la gauche, de l'ancien régime au nouveau, de la vieille France à la nouvelle, ne sera pas forcé, en dépit des aversions, de diminuer ses oscillations et de se reposer dans un centre commun de gravité?

« Non, disent-ils, il y a l'abîme entre nous. »

L'abîme! N'en abusons pas trop : c'est au temps à le combler et à la postérité à l'enjamber.

Il y a certainement encore des âmes esclaves dans le monde. Vous les émancipez , vain effort. Elles ne veulent pas être libres. Ces âmes so trouvent dans toutes les conditions sociales , en bas, au milieu, surtout en haut. Elles rejettent, dites-vous , la liberté pour les autres, mais elles la veulent pour elles seules. Non, elles n'en ont pas l'idée pour elles non plus que pour aulrui. Elles ne comprennent que la nécessité de servir. Étrange état d'esprit et tout à fait inconcevable , si Ton ne se rappelait les douze ou quinze siècles de servage ou de domesticité de cour qui, de père en fils, les ont courbées, au point qu elles

ne peuvent plus se relever et garder la station

droite.

Les âmes basses engendrent le plus souvent les âmes basses, rien de plus certain. Gomment donc échapper à ce cercle infernal, car je ne veux pas désespérer?

La progression des âmes basses peut être interrompue par des mariages entre des classes différentes. Mais cette première réponse en appelle une seconde qui domine tout ce livre. Peuton refaire le caractère? C'est ce que je vais examiner.

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