LIVRE TROISIÈME
qué dans l'ancienne France tend à se prolonger dans la nouvelle. Après un pas en avant , un pas en arrière , et l'équilibre rétabli par un mouvement imprévu , un acte spontané , c'est-à-dire par une révolution.
S'il est vrai que toute vie a son rhythme, la France a aussi le sien , encore antique, traditionnel , auquel elle n'a pu se dérober, marche ondulatoire qui tient de l'enfance , non de la vieillesse.
Action. — Réaction. — Révolution. Gomment sortir de ce rhythme à trois temps , dans lequel chacun amène nécessairement celui qui le suit? A mesure que le passé s'éloigne, sa force magnétique décline en raison de la distance. Il viendra un moment où cet aimant du passé ne se fera plus sentir. La réaction est destinée à s'user; l'action seule demeurera continue et patiente, parce qu'elle ne sera plus combattue.
En Angleterre, le torysme et le whigisme , de plus en plus rapprochés, marquent à peine un dernier mouvement de balancier dans l'État.
Notez bien qu'en France , chaque révolution trouve moins d'obstacles que celle qui l'a précédée. D'époque en époque, la vague s'est brisée sur la vague avec moins de furie. La révolution de 1830 a rencontré moins de résistance que celle de 89. En 1830, le combat a duré trois jours;
136 l'esprit nouveau
en 1848, une matinée ; au 4 septembre, il n'y a pas même eu de combat. Concluez-en que, si de nouvelles révolutions se produisent, elles trouveront, pour s'accomplir, moins de résistance que les précédentes, jusqu'à ce que le mouvement de révolution, de moins en moins contrarié, se résolve en un équilibre social , un battement intérieur des artères, régulier , presque inconscient , qui marque les pulsations de la vie, dans un organisme achevé.
Certes, il semble aujourd'hui absurde de supposer que des factions si ennemies puissent se concilier et aboutir à l'équilibre. Jamais esprits ne furent plus éloignés les uns des autres. C'est peu de se combattre, ils se nient. Comment donc pourront-ils jamais se fondre dans une même nation? Le catholicisme ne suffira-t-il pas toujours à les tenir séparés?
Oui , sans doute, si nous ne consultons que les passions actuelles. Mais si nous étendons notre vue au delà du présent, ne pouvons-nous pas admettre que les partis même ennemis, sans cesser de se haïr, seront forcés de se rapprocher ?
Ils se détesteront encore, ils se verront de plus près.
Aujourd'hui tout les sépare. Un temps viendra peut-être où ils auront quelques mots communs dans leur vocabulaire.