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LIVRE TROISIÈME

Les Espagnols ont été aventureux et inertes, avares et magnifiques, amoureux et cruels, surtout fanatiques. Pourquoi? Parce qu'ils ont passé à travers toutes les variétés de leur caractère fondamental, la passion. Féroces dans la religion, parce qu'ils ont porté les jalousies de l'amour humain dans l'amour divin.

Les Allemands ont été patients, endurants; ils rêvent, disiez-vous. Maintenant qu'ils ont été durs, rancuneux, armés du marteau de Thor, et qu'ils savourent leur vengeance, vous demandez : Est-ce bien là le même peuple?

Les Italiens ont parcouru les nuances diverses de l'habileté, de l'expérience, jamais déconcertés, toujours maîtres d'eux-mêmes jusque dans le feu de la poésie et des arts.

Les plus multiformes ont été les Français, toujours changeants et toujours les mêmes : du clan gaulois à la coterie actuelle, entre la liberté et l'esclavage, incapables de longues haines, parce qu'ils n'ont jamais cru qu'on pût les haïr; avides de gloire et ardents à se dénigrer eux-mêmes, louangeurs de l'étranger, les plus novateurs des hommes et les plus routiniers, enthousiastes et sceptiques ; que de peuples en un seul, et souvent dans le même âge !

Les mêmes métamorphoses qui s'accomplissent dans les nations peuvent s'accomplir dans les intii-

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vidus; toute la science de la vie est la science

composée de ces deux genres d'expérience.

Chacun a reçu avec le naturel qui lui est propre une certaine aptitude aux variétés dont ce caractère se compose. Attachez-vous à la meilleure, vous pourrez en faire le trait dominant.

Sans sortir de l'espèce, vous faites d'un arbre sauvage un bon arbre à fruit. Pourquoi ne feriezvous pas d'un caractère sombre un caractère sérieux, d'un esprit mobile un esprit étendu?

De là, je déduis la règle véritable de l'éducation. Elle consiste en ceci : tirer d'un caractère la variété la meilleure qu'il comporte.

Voulez-vous distinguer la bonne et la mauvaise éducation? Le moyen est aisé. Il y a une éducation, qui, sans s'occuper des différences de caractères, se vante de briser tous les caractères. Anéantir la volonté! Et que reste-t-il de l'homme après cela? Il est certain que, l'homme disparu, toute difficulté de théorie et de pratique disparaît avec lui.

Voyez si c'est la solution à laquelle vous aspirez.

Dans le dernier siècle, les hommes élevés par les jésuites ont été les plus ardents à réagir contre le jésuitisme. De notre temps, au contraire, les hommes, une fois ployés sous cette discipline, ne relèvent plus la tête. Est-ce que le ressort a été faussé?

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Il est certain que des caractères peuvent être brisés. Dans ce cas, la volonté n'est plus que vel~ .éité. Tout acte courageux paraît extravagant. En des moments imprévus, l'ancien tempérament reparaît, mais seulement par surprise et par accès; après quoi, la force de vouloir s'efface de nouveau. Tout effort pour la faire renaitre semble odieux. Dans cette ruine de l'ancien homme, l'intelligence peut subsister encore, à condition de ne jamais conclure qu'à l'inertie, sous le nom de sagesse et de modération.

Refaites des caractères !... Mais ce qui est brisé dans l'homme peut-il être réparé? Pourquoi non? Vous savez à merveille tremper le fer. Vous en faites un acier invincible qui résiste dans la mêlée aux chocs des armures; s'il a été froissé, vous savez le durcir encore Pourquoi n'y aurait-il pas un art de retremper les hommes de notre siècle? Vous avez vu chez les Allemands et les Italiens, l'individu se retremper dans le sentiment de la race, depuis cinquante ans.

Cet art existe donc réellement. Comme on peut mettre en poudre les caractères, on peut aussi les refondre. Mais de tous les arts, ce dernier est celui qui rencontre le plus d'obstacles. Et la raison? Vous la savez comme moi. On trouve plus aisé de gouverner des machines que des hommes.

Nul homme, nous dit-on, ne peut sortir de son caractère. D'accord. Mais quand vous ajoutez que chaque caractère est immuable, comme chaque objet de la nature, vous supposez que tout objet est immuable ; en cela vous vous trompez.

Pour moi, j'ai vu tant de violents devenir modérés, tant de modérés devenir furieux, tant d'audacieux changés en timides, tant de timides en audacieux, tant de superbes s'abaisser, tant d'humbles se redresser, qu'il m'est impossible de croire à l'immutabilité du caractère, à moins que le caractère essentiel de l'homme soit de n'en avoir aucun.

Le caractère de l'homme n'est pas ce point indécomposable, géométrique que vous supposez. Ce n'est pas une figure mathématique, un triangle, un carré toujours semblable à lui-même. C'est une figure vivante, une géométrie animée et supérieure qui, pour chaque problème, a plusieurs solutions. Chaque homme enferme en lui plusieurs hommes ; qu'il choisisse entre eux celui qu'il veut être, là est sa liberté.

Un caractère acquis n'est pas celui que vous vous faites par des maximes artificielles. C'est celui qui est en vous, au plus profond de vousmême et qui souvent est masqué par un tempérament ou des inclinations inférieures. Ne vous arrêtez pas à cette première écorce ; creusez plus

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