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CHAPITRE I

EN QUOI NOUS DIFFERONS DU XVIIIe SIECLE. — FIN DE LA CROYANCE AU PEUPLE PRIMITIF.

Un des points par où nous nous trouvons lo plus séparés du xvme siècle, est l'idée que nous nous faisons aujourd'hui des sauvages. Les philosophes du dernier siècle, ne les connaissant que par de vagues récits, plaçaient parmi eux la vie innocente et bienheureuse. De là, il n'y avait qu'un pas à admettre, pour l'origine du genre humain, un peuple-modèle, illuminé de toutes les clartés d'une révélation primitive. Les rayons de cette société bénie se seraient dissipés peu à peu ; le monde moderne ne serait qu'une dégénération,

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une chute après l'époque d'illumination dans laquelle on réunissait la légende de TÉden et l'âge d'or du paganisme.

Ces visions sont tombées. Le sauvage s'est montré, non plus à la dérobée, mais dans une cohabitation prolongée au milieu de nos établissements européens. Alors qu'a-t-on vu? L'homme ébauché (1), point de famille, point d'amour, le mariage,, autre forme d'esclavage, une religion d'enfant; en un mot, le genre humain tel qu'il pouvait être dans ses premières origines, à l'époque de l'âge de pierre.

Alors aussi est tombée cette croyance en un peuple primitif qui avait reçu des dons uniques, et, par le privilège d'un droit d'aînesse, une sagesse venue du ciel, un langage presque divin, des lumières surnaturelles, une confidence sacrée, une science infinie puisée à la source du Très-Haut.

A la place de ces visions, le réel s'est montré : l'homme nu, ayant tout à conquérir par lui-même. Nous avons été, nous sommes débarrassés des songes. La vérité a paru, embrassons-la. Elle vaut mieux que les fausses lueurs, par lesquelles les philosophes eux-mêmes avaient consenti à se laisser prendre. Joies de notre siècle : voir tomber tous les voiles, oser regarder la vérité sans

(1) John Lubbock, traduit par Barbier, Origines de la civilisation, p. 67.

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