LIVRE QUATRIÈME
dans la langue de la mythologie ; vous avez devant vous la querelle de Pallas-Athéné et de Neptune-Poséidon, c'est-à-dire le sol tantôt' émergé, tantôt repris, inondé par les Ilots ; les conglomérats, les brèches, le limon rouge à ossements, de formation terrestre, miocène, recouverts par les bancs marins d'huîtres et de pectens pliocènes ; et, à la fin, les limites assignées, l'Attique sortie de l'Océan, la paix faite entre les deux divinités rivales, c'est le Parthénon qui consacre leur alliance. A côté du temple de Minerve, s'élève le temple de Neptune. Les deux divinités apaisées se donnent la main au-dessus de l'horizon. Entre elles un autel commun dédié à l'oubli. Ce même Parthénon, la merveille du siècle de Périclès, se trouve ainsi représenter un des souvenirs de l'époque tertiaire. Sans le savoir, Phidias a couronné une ère géologique.
Perdue à l'extrémité du temps, comment la mémoire de cette révolution du globe s'est-elle transmise à la race grecque, sous la forme de ces deux divinités marine et terrestre ? L'homme existait donc à ce moment de la formation du territoire de l'Attique? Il le faut bien. A-t-il été témoin de cet âge oùla mer et la terre se disputaient l'espace qui devait être un pour le monde d'Athènes? Apparemment. Il faut qu'il ait vu de ses yeux et remarqué les derniers envahissements de
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la terre sur la mer. Sans cela, comment aurait-il eu l'idée d'en faire une légende et le principal élément de son culte ?
Mais ces couches marines et terrestres à quelle époque remontent-elles? Je l'ai dit; les espèces fossiles ne laissent aucun doute sur ce point. Ces terrains se sont succédé à l'époque tertiaire. N'est-ce pas la preuve la plus claire que l'homme vivait déjà, au moins vers la fin de cette époque géologique , puisqu'il en a éternisé la mémoire dans sa religion et dans les temples de l'Acropole? Il devait mettre son plus grand art à perpétuer ses souvenirs les plus lointains. Minerve et Neptune remontent ainsi par leur origine à l'âge de la faune tertiaire, miocène.
Voilà un point par où les religions grecques plongent profondément clans les révolutions géologiques ; et de là quelles perspectives nouvelles dans l'histoire des religions nationales ! Nous touchons ici au monde tertiaire non plus seulement par des fragments de hache, par des têtes de flèches de silex, par des grattoirs en os, mais par les empreintes immortelles des dieux. Pallas- Athéné armée de cette lance que l'on voyait du cap Sunium et qui commandait à l'horizon, couvre de son bouclier le territoire miocène qu'elle a conquis sur Neptune dans les temps géologiques. Elle démontre que l'hoitime a été témoin de
ces révolutions, puisqu'il les lui a attribuées.
Où vont ces processions des grandes Panathénées , ces vierges de Phidias qui portent leurs corbeilles pleines des fruits de la terre? Elles vont célébrer la mémoire de la formation du territoire de l'Attique en offrant à Minerve les prémices du sol ; car c'est elle qui Ta fait. Elle ne protège pas seulement le territoire, elle Ta tiré du gouffre.
Vingt figures représentent dans les bas-reliefs sa lutte ; de sa main droite elle montre au monde une Victoire ailée.
Ainsi les religions de l'antiquité contiennent dans leur substance la mémoire transformée et le retentissement des époques géologiques jusqu'à la fin de l'âge pliocène. Ce que les géologues appellent aujourd'hui soulèvement, affaissement de terrain, les religions l'appelaient le combat de Poséidon contre Héra pour le territoire de Mycènes; contre Pallas - Athéné, pour celui de Trézène; contre Hélios, pour celui de Corinthe.
Pendant une durée indéfinie, l'homme a vu tour à tour la terre s'élever et s'affaisser. Il a assisté à l'apparition des plaines encore à demi englouties sous les eaux ; il s'est dérobé aux flots envahissants ; il est revenu quand le flot s'est retiré. Tout cela est écrit en caractères ineffaçables dans les
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guerres sacrées du dieu marin et de la déesse
terrestre qui a la première planté l'olivier.
Par quelles transformations ont passé ces divinités, depuis l'âge où elles ont apparu d'abord à un cerveau humain?
Assurément elles ont changé de forme, autant que les espèces animales dans le monde des fossiles. La Pallas tertiaire à la tète de chouette devait différer de la Pallas classique d'Homère autant que l hipparion tertiaire aux pieds digités diffère du cheval des courses d'Olympie.
Il me suffit d'avoir montré que l'idée informe encore de cette divinité existait dans l'esprit de l'homme préhistorique : embryon de ce qu'elle devait être plus tard, l'idéal souverain de Phidias et de Périclès.
De tout cela retenons une chose. L'homme tertiaire ou quaternaire pensait réellement qu'il y avait une divinité qui faisait avancer les flots, une autre qui les repoussait et soulevait la terre. Ce n'était pas là des métaphores ni des jeux de la parole. D'un côté le trident, de l'autre la lance. Guerre sacrée qui avait duré des siècles de siècles sous le regard de l'homme. Cette vision était réalité pour lui.
Ainsi plusieurs des mystères des Grecs comme des autres peuples ont leur origine et leur cause dans les temps que la géologie révèle. Souvent
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elle explique l'inexplicable. Cette pensée devra entrer pour quelque chose dans la science nouvelle des religions.
J'ai parlé des dieux; venons aux héros.
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