Les odeurs dont la statue ne se souvient
De la personnalité de la statue.
Elle ne peut pas dire moi au premier moment de son existence.
Son moi est tout à la fois La
eonscience de ce qu'elle est, et le souvenir de ce qu'elle a été,
9e TRAITÉ
pas n’enfrent donc point dans l'idée qu'elle a de sa personne. Aussi étrangères à son m0: que les couleurs et les sons dont elle n’a encore aucune connaissance, elles sont à son égard comme si elle ne les avait jamais senties. Son moi n’est que la collection des sensations qu'elle éprouve et de celles que la mémoire lui rappelle . En un mot,
1 « Celui qui aime une personne, dit Pascal (ch. 24, n. 14 >) « à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? non; car la petite vérole « qui Ôtera la beauté, sans tuer la personne, fera qu’il ne l’ai- « mera plus. Et si on m’aime pour mon jugement ou pour ma «mémoire, m'aime-t-on, moi? non; car je puis perdre ces « qualités sans cesser d’être. Où est donc le moë, s’il n’est ni
« dans le corps ni dans l’âme ? Et comment aimer le corps et
« l’âme, sinon pour des qualités qui ne sont point ce qui fait
: «le moë, puisqu'elles sont périssables ? Car aimerait-on la
« substance de l'âme d'une personne abstraitement , et quelques « qualités qui y fussent ? Cela ne se peut et serait injuste. On « n'aime donc jamais la personne, mais seulement les qualités ; « OU, si on aime la personne, il faut dire que c’est l’assemblage « des qualités qui fait la personne. »
Ce n’est pas Fassémblage des qualités qui fait la personne ; car le même homme, jeune ou vieux, beau au laid, sage ou fou, serait autant de personnes distinctes; et pour quelques qualités qu'on m'aime, c’est toujours moi qu’on aime : car les
qualités ne sont que moi modifié différemment. Si quelqu’un .
me marchant sur le pied, me disait : Vous ai-je blessé, vous ? non ; car vous pourriez perdre le pied sañs cesser d'étre. Seraisje bien convaincu de n’avoir point été blessé moi-même ? Pourquoi donc penserais-je que parce que je puis perdre la mémoire et le jugement on ne m'aime pas, lorsqu'on m’aime pour ces qualités ? Mais elles sont périssables : et qu'importe ?
le moi est-il donc une chose nécessaire de sa nature ? Ne Dérit-i |
test tout à la fois et la conscience de ce qu'elle st et le souvenir de ce qu’elle a été.