CHAPITRE VI
Comment on pourrait observer un aveugle-né à qui on abaisserait les cataractes.
$ r. Une précaution à prendre avant l'opération des cataractes, ce serait de faire réfléchir l’aveuglené sur les idées qu’il a reçues par le toucher; en sorte qu’étant en état d’en rendre compte il püt assurer si la vue les lui transmet, et dire de luimême ce qu’il voit sans qu’on füt presque obligé de lui faire des questions.
$ 2. Les cataractes étant abaissées {l serait nécessaire de lui défendre l’usage de ses mains jusqu'à ce qu'on eût reconnu les idées auxquelles le
concours du toucher est inutile. On observerait si la lumière qu'il aperçoit lui paraît fort étendue ; s’il lui est possible d'en déterminer les bornes ; si elle est si confuse qu'il n’y puisse pas distinguer plusieurs modifications.
Après lui avoir montré deux couleurs séparément, on les lui montrerait ensemble, et on lui demanderait s’il reconnait quelque chose de ce qu'il a vu. Tantôt on en ferait passer successivement un plus grand nombre sous ses yeux, tantôt on les offrirait en même temps et on chercherait combien il en peut démèéler à la fois ; on examinerait surtout s’il discerne les grandeurs, les figures, les situations, les distances et le mouv#ment. Mais il faudrait l’interroger avecadresse , et éviter toutes les questions qui indiquent la réponse. Lui deman-
der s’il voit un triangle ou un carré , ce serait lui.
dire comment il doit voir, et donner des leçons à ses yeux.
$ 3. Un moyen bien sür pour faire des expériences capables de dissiper tous les doutes, ce serait d'enfermer dans une loge de glace l’aveugle à qui on viendrait d’abattre les cataractes. Car ou il verra les objets qui sont au delà , et jugera de leur forme et de leur grandeur ; ou il n’apercevra que l’espace borné par les côtés de sa loge , et ne prendra tous ces objets que pour des surfaces différemment colorées , qui lui paraitront s'étendre à mesure qu'il y portera la main.
Moyen employer.
244 ; TRAITÉ , | Dans le premier cas, ce sera une preuve que l'œil juge sans avoir tiré aucun secours du tact ; et dans le second, qu'il ne juge qu'après l'avoir consulté. Si, comme je le présume , cet homme ne voit point au delà de sa loge, il s’ensuit que l'espace qu’il découvre à l'œil sera moins considérable à mesure que sa loge sera moins grande : il sera d’un pied, d’un demi-pied, ou plus petit encore. Par là on sera convaincu qu’il n'aurait pas pu voir les couleurs hors de ses yeux, si le toucher ne lui avait pas appris à les voir sur les côtés de sa loge.
LL VD LR LVL QAR VUR LR VD VE VV TR OR VAS LR LLR LR