‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 6 sur 120 · XIL · texte numérisé non relu

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qui ont disparu après avoir fait leur impression : ces idées ne diffèrent les unes des autres que comme le souvenir differe de la sensation.

Plus on a de mémoire, plus par conséquent on est capable d'acquérir d'idées intellectuelles. Ces idées sont le fond de nos connaissances, comme tes idées sensibles en sont l’origine.

Ce fond devient l’objet de notre réflexion ; nous pouvons par intervalles nous en occuper uniquement, et ne faire aucun usage de nos sens. C’est pourquoi il paraît en nous comme s’il y avait toujours été : on dirait qu'il a précédé toute espèce de sensations, et nous ne savons plus le considérer dans son principe : de là l’erreur des idées innées.

Les idées intellectuelles, si elles nous sont familières, se retracent presque toutes les fois que nous le voulons. C'est par elles que nous sommes capables de mieux juger des objets que nous rencontrons. Continuellement elles se comparent avec les idées sensibles, et elles font découvrir des rapports qui sent de nouvelles idées intellectuelles, dont le fond de nos connaissances s’enrichit.

En considérant les rapports de ressemblance, nous mettons dans une même classe tous les individus où nous remarquons les mêmes qualités : en considérant les rapports de différence, nous multiplions les classes, nous les subordonnons les

unes aux autres , ou nous les distinguons à tous égards. De là les espèces, les genres, les idées abstraites et générales.

Mais nous n'avons point d'idée générale qui n'ait été particulière. Un premier objet que nous avons occasion de remarquer est un modèle auquel nous rapportons tout ce qui lui ressemble ; et cette idée, qui n’a d'abord été que singulière, devient d'autant plus générale que notre discernement est moins formé.

Nous passons donc tout à coup des idées particulières à de trés-générales, et nous ne descendons à des idées subordonnées qü’à mesure que nous laissons moins échapper les différences des choses.

Toutes ces idées ne forment qu’une chaine : les sensibles se lient à la notion de l'étendue ; en sorte que tous les corps ne nous paraissent que de l’étendue différemment modifiée ; les intellectuelles se lient aux sensibles, d’où elles tirent leur origine : aussi se renouvellent-elles souvent à l’occasion de la plus légère impression qui se fait sur les sens. Le besoin qui nous les a données est le principe qui nous les rend ; et si elles passent et repassent sans cesse devant l’esprit, c'est que nos besoins se répètent et se succèdent continuellement.

Tel est en général le système de nos idées. Pour le rendre aussi simple et aussi clair, il fallait avoir analisé les opérations des sens. Les philosophes

36 EXTRAIT RAISONNÉ, etc.

n’ont pas connu cette analise, et c'est pourquoi ils ont mal raisonné sur cette matiere :.

: « Lorsque nous parlons des idées (dit l’auteur de la Lo- « gique de Port-Royal, part. 1, ch. 1), nous n’appelons point « de ce nom les images qui sont peintes en la fantaisie ; maïs « tout ce qui est dans notre esprit, lorsque nous pouvons « dire avec vérité que nous concevons une chose, de quelque « maniére que nous la concevions. » On voit combien cela est vague. Descartes a été tout aussi confus sur cette matière. Mallebranche et Leibnitz n’ont fait que des systèmes ingénieux. Locke a mieux réussi; mais il laisse encore de l'obscurité, parce qu’il n’a pas assez démêlé toutes les opérations des sens. Enfin M. de Buffon dit que /es idées ne sont que des sensations comparées, et il n’en donne pas d'autre explication. C'est peut-être ma faute ; mais je n’entends pas ce langage. Il me semble que pour comparer deux sensations, il faut déjà avoir quelque idée de l’une et de l’autre. Voilà donc des idées avant d'avoir rien comparé.

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