CHAPITRE PREMIER
Des premières connaissances d’un homme borné au sens de l'odorat.
«. Lzs connaissances de notre statue bornée au sens de l’odorat ne peuvent s'étendre qu’à des odeurs. Elle ne peut pas plus avoir les idées d’étendue , de figure ni de rien qui soit hors d'elle, ou hors de ses sensations, que celles de couleur, de son, de saveur.
$ 2. Si nous lui présentons une rose, elle sera par rapport à nous une statue qui sent une rose ; mais par rapport à elle, elle ne sera que l'odeur même de cette fleur.
Elle sera donc odeur de rose , d’œillet, de jasmin, de violette, suivant les objets qui agiront sur son organe. En un mot, les odeurs ne sont à cet égard que ses propres modifications ou manières d’être ; et elle ne saurait se croire autre
chose, puisque ce sont les seules sensations dont elle est susceptible.
$ 3. Que les philosophes à qui il parait si évident que tout est matériel, se mettent pour un moment à sa place, et qu'ils imaginent comment ils pourraient soupçonner qu'il existe quelque chose qui ressemble à ce que nous appelons matière.
$ 4. On peut donc déjà se convaincre qu'il suffirait d'augmenter ou de diminuer le nombre des sens pour nous faire porter des jugemens
tout différens de ceux qui nous sont aujourd'hui
si naturels; et notre statue bornée à l'odorat peut nous donner une idée de la classe des êtres, dont les connaissances sont le moins étendues.
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