‹ Œuvres completesChapitre 1 sur 72 · Oeuvres completes · texte numérisé non relu

Oeuvres completes

Au titre de cet ouvrage , vous jugez , Monseigneur , que mon dessein est uniquement de vous apprendre à étudier l'histoire* Je me borne à des leçons élémentaires y et je n'ai pas, comme un historien , le projet d'entrer dans tous les détails qui méritent d'être connus.

Vous donner une idée des peuples, dont il sera^ honteux de n'avoir aucune connaissance ; tracer à vos yeux la suite des révolutions ; vous montrer les gouvernemens dans leur principe, dans leur progrès, dans leur décadence, et vous accoutumer à voir les effets dans leurs causes, voilà l'objet que je crois devoir me proposer. Vous verrez quelquefois des temps heureux , où les connaissances, les lois et les mœurs» feroqt la prospérité des états ; mais vous verrez plus souvent des temps malheureux, où l'ignorance, les pré^

/ INTRODDCriOX

jugés, les erreurs et les vices, prépareront les calamités des peuples , et ruineront les empires les plus florissans.

Nés du sein de la barbarie , les arts et les sciences ont successivement éclairé un petit nombre de nations privilégiées. C'est une lumière qui se cache aux unes à mesure qu'elle se montre aux autres , et qui n'éclaire jamais qu'un horizon très-borné. Capable d\in certain accroissement , elle s'affaiblit aussitôt qu'elle ne peut plus croître, elle s'éteint p'ar degrés , et elle ne se reproduit que pour éprouver encore les mêmes révolutions.

Il y a donc deux sortes de bsibaries ; l'une qui succède aux siècks éclairés , l'autre quiles précède ; et elles ne se ressemblent point. Toutes deux supposent une grande ignorance ; mais un peuple qtii a toujours été barbare , n'a pas autant de vices qu'un peuple qui le devient après avoir connu les atts de luxe.

Or on entend par les mœurs d'une nation , ses habitudes, ses coutumes et ses usdg;es, considérés par rapport au bien et au mal qui en naissent.

Vous voyez donc que les mœurs sont sujettes à toutes les révolutions de l'esprit humain : elles ne sont pas les tnémes chez les peuples qui ont toujours été barbares, ichez ceux qui s'éclairent, et chez ceux qui retombent dans la barbarie. Il

A L*]ÉTtJDE DE l'hISTOIRE. >

doit y avoir entre les habitudes , les coutumes et les usages d'après lesquels chacun d'eux se conduit, autant de dififérence qu'entre les circonstances où ils se trouvent.

Mais comme les révolutions de l'esprit humain en produisent de pareilles dans les moeurs , les révolutions des mœurs en produisent de pareilles dans le gouvernement ; ainsi le gouvernement dépend des mœurs , comme les mœurs dépendent de la manière d'envisager les actions humaines.

Ces trois choses s'étant produites dans cet ordre, réagissent les unes sur les autres dans un ordre contraire; je veux dire que le gouvernement influe sur les mœurs , et les mœurs sur la façon de penser.

Plus vous observerez les peuples , plus , Monseigneur, vous remarquerez l'influence réciproque de ces trois choses. Vous vous convaincrez qu'elle est le principe de toutes les révolutions qui sont arrivées ; qu'elle le sera encore de toutes celles qui arriveront , et que par conséquent elle peut faire le bonheur ou le malheur de votre règne.

Il est donc de la plus grande importance pour vous de savoir comment, jusqu'à quel point , et avec quelles précautions vous pouvez vous rendre maître de cette influence ; et je dois vous dire que vous ne serez digne de commander , qu'autant que vous serez capable d'arrêter , de retarder, de pré-

4 INTRODUCTION A LETDDE, CtC.

cipiter ou de changer à propos le cours des choses^ Voilà ce que l'expérience des siècles passés peut vous apprendre , et c'est dans cet esprit que vous devez étudier l'histoire*

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