CHAPITRE PREMIER
Des temps antérieurs au déluge. Première période de i656 ans.
Ljjl lecture de Tabréffé de la Bible vous a appris, mot** •«
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Monseigneur, tout ce qu'on sait des temps qui se îli"dC*éwî!^ sont écoulés depuis la création jusqu'au déluge , J^'i» »• cV^et vous jugez au peu qu'en dit Moïse , qu'il n'a *"**• pas eu dessein d'en écrire l'histoire. Voulant rappeler aux Hébreux ce qu'ils ont été, et les préparer à ce qu'ils doivent être , il se borne à les faire riewionter, par une succession non interrompue, jusqu'au premier père du genre humain, et à leur montrer dans la suite des générations la présence continuelle du Dieu qui a tout créé et qui les a choisis* Il s'était sans doute passé bien des événement qu'il eût été curieux de conserver, mais ils n'entraient pas dajfis le plan de Moïse. Il les a donc négligés, et, préférant les choses qu'il ivporte le plus de connaître aux choses de pure curiosité , il a fait de la religion son unique objet.
1a durée de cet intervalle souffre des difficultés , e«tde IS^J»».*
liev à bien d«s
parce que les copies qui restent des écrits de Moïse ne s'accordent pas entre elles. Le texte hébreu fait cette période de i656 ans, le Samaritain de iSoy, et la version grecque des Septante de ^i/^n. Mais,, sans nous arrêter à des discussions , dont vous ne devez pas vous occuper , il suffit de remarquer que le texte hébreu est le texte original ; et que le concile de Trente, qui déclare la Vulgate authentique , doit faire préférer ce texte , auquel la Vulgate est elle-même conforme. Nous compterons donc i656 ans de la création au déluge.
L'état physique de la terre dans cette période, coajectart*. ^^ populatiou, Ics arts cultivés , la longue vie dès hommes , les races de géans , les causes du dé<r luge et les changemens qu'il a produits, ont donné lieu à bien des conjectures. Vous prévoyez sans doute qu'elles ont peu de fondement, et vous jugez que je pourrais les passer sous silence. Mais il n'est pas absolument inutile d'observer les efforts des savans lorsqu'ils veulent deviner. Si nous n'y trouvons pas l'histoire de ce qui est airivé, nous y trouverons au moins une partie de l'histoire de l'esprit humain , et nous apprendrons nous-mêmes à être plus circorispects dsms nos recherches. Je ne vous rapporterai pas cependant toutes les conjectures qu'on a faites, il me suffira de vous donner pour exemple ce qu'on a dit sur la population , parce que c'est un des sujets sur lesquels on a plus, mal raisonné.
AJrCIENKE. 7
De ce que la vie de$ hommes était dix fois plus on«imacia^
^ ^ que la Urrc était
longue , on a conclu qu'ils avaient dix fois plus pi^iyipftj)'" d'enfiatns, et, comparant les générations alors contemporaines à celles qui se succèdent aujourd'hui, on a jugé que la terre était vingt fois plus peuplée.
En suivant ce raisonnement, il faudrait ajouter qu'elle avait aussi vingt fois plus d*animaux de toute espèce ; car les mêmes causes physiques qui ont donné une longue vie à quelques-uns , ont dû dans la même proportion Êiire auasi vivre les.autres plus long-temps. Il est difficile de comprendre que la terre eut suffi à cette multitude.
Cette première conjecture , qu'on croit établir fi Ti«|t lo.. sur des calculs , conduit à une autre : c'est que la terre , ayant à nourrir tous les animaux qu'elle Contient , a dû être infiniment plus fertile qu'elle ne l'est de nos jours. Mais il ne suffisait pas ^e donner cette seconde assertion comme une Conséquence de la première , il la Êillait prouver ellemême.
Natiu*ellement féconde , la terre , sans être cul- o. opinioi» tivée , produit indifféremment des plantes de toute espèce; et elle devient fertile, c'est'à*dire icapable de produire en grande quantité des fruits k nos usages , lorsqu'en la cultivant nous en dirigeons nous-mêmes la fécondité. Ce sont là deux choses qu'il ne faut pas confondre. .
Si on veut doqc s'assurer, qu'avant le déluge
dcmcnt.
elle était assez fertile pour fournir suffisamment à la subsistance d'une grande population , il ne suffit pas de savoir qu'elle était alors plus féconde qu'elle ne l'est aujourd'hui , il faut encore être fondé à croire qu'elle était fort cultivée. Abandonnée à elle-même, elle se serait couverte de forets , et les hommes n'auraient pu se multiplier qu'autant qu'ils auraient défriché.
Il est vrai que Caïn et ses descendans ont été cultivateurs. Aussi l'Écriture les représente-t-elle comme les inventeurs des arts. Elle attribue l'architecture à Caïn , qui a bâti la première ville ; et à Tubalcaïn , l'art de travailler les métaux , si nécessaire à l'agriculture.
Mais elle nous apprend que Jubal, un des descendans de Gain , fut le père de ceux qui habitèrent sous des tentes, et qui furent pasteurs. Abel , si agréable à Dieu , fut pasteur lui-même. Seth le fut encore , et ses enfans le furent également. Il paraît même que la vie pastorale était regardée comme la plus innocente , et que la pos- ^ térité de Seth l'a préférée tant qu'elle a résisté à la dépravation. Voilà donc une partie des hommes qui , bien loin de cultiver la terre , se bornent à vivre des fruits qu'elle produit naturellement.
Il y a des interprètes qui pensent qu'avant le déluge, l'usage de la viande n'était pas permis. Us se fondent sur ce qu'au premier chapitre de la Genèse , Dieu dit à l'homme qu'il lui a donné les
végétaux pour lui servir de nourriture ; et que ce n*est qu'au neuvième qu'il accorde à Noé la permission de manger de tout ce qui a vie et mouvement.
Si cette opinion était le vrai sens de l'Écriture, elle mettrait un nouvel obstacle à la population , parce que plus on retranchera de nourriture aux hommes, moins certainement ils multiplieront. Mais aurait-on pris la peine d'élever des troupeaux, si on n'avait pas voulu s'en nourrir? et si Dieu n'avait pas permis l'usage de la viande , aurait-il approuvé la vie pastorale d'Abel et de Seth ? On dira sans doute qu'on ne se nourrissait alors que du lait des animaux , et j'en conclurai que de grands troupeaux faisaient subsister peu de pasteurs. Quoi qu'il en soit , il suffit que la terre ait été peu cultivée , pour que la population n'ait pas été aussi grande qu'on la suppose. Ceux qui la peuplent avec des calculs n'ont pas songé qu'il fallait pourvoir à la nourriture des habitans.
Si avant le déluge on vivait plusieurs siècles , on commençait aussi plus tard à être père : c'était le plus communément après cent ans ; et lorsque Moïse parle des enfans des patriarches , il ne dît rien qui puisse faire soupçonner que le nombre en fut dix fois plus grand, parce que la vie des hommes était dix fois plus longue.
lO HISTOIRE