‹ Œuvres completesChapitre 6 sur 72 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CoDJectHres sur les peuples sauvages.

Nous avons VU des peuples fixés dans les champs n «.t o^msqu'ils cultivaient, et nous en avons vu d'autres t^nr***"""" qui , forcés à changer de lieu, erraient avec leurs troupeaux le long des fleuves. Il nous reste encore à observer les hommes qui, n'étant ni cultivateurs ni pasteurs , vécurent dès-lors dans les forêts , el perdirent tout-à*fait la trace des arts. Ces sauvages paraissent avoir été les pères de presque toutes les nations , et ils ont toujours laissé quelque chose de lemrs préjugés et de leurs mœurs aux générations qui se sont civilisées. C'est une raison pour les observer. nous pm-

vont juger do

Vous savez, Monseigneur, que nos besoins sont tî^7JÏH."bïI les seules causes qui développent nos facultés^ et îS"' "^'^ **

VOUS voyez par conséquent que nous nous ferons une idée de l'homme sauvage, si nous considérons quels sont ses besoins.

soi?dI*ntuiîI La nourriture e§t le premier. Or l'homme saumesauTage. " vagc est pas diffîcilc sur le choix des alimens; il n'en n'est presque pas qui ne lui convienne, et c'est un avantage qu'il a sur les animaux, qui ne peuvent se nourrir que d'une seule espèce de chose. Le gibier , le poisson , les fruits , les végétaux,, tout lui est propre. Or , plus y a de moyens de subsister, moins le besoin de nourriture doit exercer ses facultés.

Il ne désire que la nourriture et le repos , il ne craint que la douleur et la faim. Il est sans curiosité : rien ne l'étonné, il n'observe que les choses dont il peut se nourrir ; il ne sent pas le besoin d'en observer d'autres. N'a-t-il plus faim? il dort ou il végète ; il n'a plus besoin de penser , et il ne pense plus. ' Il ne porte pas la vue sur l'avenir : il est sans prévoyance. Le sentiment de son existence est en quelque sorte borné au moment présent; il meurt sans avoir eu une idée de la mort. Voilà à quoi se réduisent toutes les facultés qu'il doit à ce premier besoin.

Effais m Son second besoin est de se garantir des ani-

produit en Im le • i «i • * 1

Miu?dê,**âSl maux carnaciers dont il pourrait être la proie;

«•« cam.- ^^ ^^ besoin développera surtout les facultés de son corps. Un sauvage sera vite à la course, agile à monter sur un arbre, adroit à jeter une pierre.

ANCiEirirE. ag

Il fera toutes ces choses mieux que nous , parce qu'il en sent plus le besoin.

Le danger, qui le menace souvent, Taccouturoe à avoir le sommeil léger , la vue étendue , Fouie et l'odorat d'une grande finesse. Les Hottentots ont la vue si longue , qu'ils découvrent des vaisseaux à une distance où nous ne les apercevons qu'avec des lunettes.

Accoutumé dès l'enfance aux intempéries de l'air et à la rigueur des saisons, exercé à la fatigue , et forcé à défendre , nu et sans armes , sa vie et sa proie contre les bêtes féroces , ou à leur échapper à la course , le sauvage doit se faire un tempérament robuste et presque inaltérable. Toutes les relations confirment cette conjecture. Les facultés du corps sont donc aussi supérieures dans les sauvages que celles de l'âme le sont dans les hommes civilisés.

Un troisième besoin pour les sauvages , c'est de Eff*i«prod«iu

■• *-* . par le bcioin de

vivre par troupes. L'auteur de la nature n'a pas Ji;^ •* *""" voulu que les hommes vécussent absolument séparés : il les a liés par le besoin qu'ils ont les uns des autres. La mère est nécessaire à l'enfant , et l'enfant l'est lui-même à la mère. La longueur de Penfance, pendant laquelle ce besoin se fait surtout sentir, leur fait une habitude de vivre ensemble, et ils continuent d'y vivre lorsque ce besoin n'est plus le même. Si les petits des animaux se séparent bientôt de leur mère et la méconnaissent , c'est

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que leur éducation est courte , et que les mères et les petits sont de bonne heure dans le cas de pouvoir se passer les uns des autres.

Quand même les hommes ne seraient pas res* serrés par ce premier lien, qui su£Et pour former insensiblement des familles , ils se rapprocheraient encore , suivant les circonstances où ils sentiraient qu'ils peuvent se donner des secours mutuels. Les bétes féroces, qui habitent les forets comme eux , doivent les forcer à marcher plusieurs ensemble. .

Les sauvages vivent donc par troupes. Ils n'ont point de demeure fixe, ils vont de contrée en contrée , ils ne s'arrêtent dans un lieu qu'autant qu'il leur fournit de quoi subsister. Ils se nour* rissent de fruits ; ils se nourrissent de leur chasse, de leur pèche , de tout ce qu'ils trouvent ; car ils sont incapables de faire dans une saison d^ provisions pour une autre.

Tout ceux qui composent une troupe sont unis par un intérêt commun , et ils ont peu de dissensions entre eux , parce qu'ayant peu de besoins ils ont peu d'intérêts contraires. Il n'en est pas de même des troupes : elles se disputent toutes les contrées où elles se rencontrent ; toujours armées les unes contre les autres , elles s'accoutument aux plus grandes cruautés ; elles se font un point d'honneur d'en commettre , elles se bravent uniquement pour se braver, et les haines, entretenues

AiraENifE. 3i

par des guerres continuelles, semblent tendre à les exterminer.

Si les climats où elles errent fournissent sans efforts à leur subsistance , elles n'imagineront pas de chercher dans le travail un autre genre de vie : elles regarderont comme superflus les besoins des nations policées , et elles ne comprendront pas comment on peut se les faire. Si au contraire il leur est difficile de subsister, alors, forcées à cultiver la terre, elles se fixeront, et commenceront à former des sociétés civiles; mais elles conserveront long -temps leur premier esprit de libertinage.

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