CHAPITRE XXVII
De rinfluence des langues sur les opinions , et des opiidaai sur les langues.
C'est M. de Maupertuis qui a proposé y au nom de l'académie de Berlin , la question que je vab traiter , et qui est très-propre à fitire voir combien il fsLut peu de chose pour nous égarer. Vous connaissez ce philosoj^e , Monseigneur ; je tous ai fait lire plusieurs de ^es ouvrages, parce que je les ai regardés comme des modèles qui pouvaient vous apprendre à penser avec clarté et avec précision.
G«iM>titt En étudiant la larammaire , vous avez vu CMnd^^^Jt!^ hien les mots nous sont nécessaires pour penser : Mff «r imImi. vous avez reconnu que nous pensons dans notre langue et d'après notre langue. U Êiut , par con-
séquent, que notre langue influe sur notre façon de penser.
Si elle a peu de mots , nou9 n'avons donc que peu d'idées ; et nous n'avons que des idées confuses, si la signification des mots est mal déterminée. Tel. a été le praoûer état de toutes les langues.
Cependant à mesure que nous acquérons des connaissances nous sentons le besoin d'en acquérir : plus même nous en acquérons , phis nous sentons ce qui nous manque à cet égard. Alors plus capables de réflexion , c'est aussi avec plus de réflexion que nous nous occupons de notre langue. Nous la corrigeons , nous la refaisons. Elle devient donc plus exacte, et notre esprit , qui parlà le devient lui-même davantage , la rend tous les jours plus exacte encore. C'est ainsi que les grands écrivains, qui n'ont d'abord pensé que d'à* près leur langue , la font ensuite penser d'après eux.
Dans la grammaire nous avons considéré les langues comme autant de méthodes analitiques. Cette seule considération suffît pour faire comprendre l'influence réciproque des langues sur notre façon de penser , et d§ notre façon de penser sur les langues.
C'est aux méthodes que notre esprit doit ses progrès en tous genres : notre langue influe donc sur notre façon de penser , et elle lui donne de
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la clarté et de la précision , à proportion «pi'elle en a davantage elle-même.
C'«st notre e«prit qui- invente et qui perfectionne les méthodes/ 11 influe donc sur notre langue , et il lui rend de la clarté et de la précision j à proportion qu'il %ti est deveou plus capable. En un mot , il en est des langues cocome de toutes les méthodes analitiques , qui sont tout à la fins , et l'ouvrage du génie qui les invente , et ua secours qu'il seîprocure.
H^^rrnaoéîîS Si les langues avaient été atilâfrt de méthodes, liog'T'^rtî où Tanalise des id^s se fôt foite de la manière la
opinion», et de» i •■ i i • i i
fin"^."''" P^ simple, la plus claure et la plus précise, combien d'opinions auxquelles on n'aurait jamais pensé ! Alors en effet on aurait vu dans le langage l'origine et la génération des idées ; on les aitrait vues se développer avec ordre , et se déterminer avec précision. On n'aurait jamais , par exemple , demandé d'où viemment nos connaissances. On aurait su la réponse avant de faire la question , ou plutôt on n'aurait pas imagmé d'avoir des doutes à ce sujet.
On demande: ^*€st^toe (fuse la substance? qu'est-ce que Vesseftce de lel ou tel être ? comment le monde a-l-ili^é formé ? Si nous apercevions sensiblement dans notre lan^ie l'origine et la génération de ttos idées , nous saurions qive nous n'avons des connaissances qu'autant que nbus' observons , et que nous n'observons qu'au-
tant que nous avons des sensations. Nois ne nous denianderioùs' donc pas des réponses que nous ne pouvons pas nous faire , puisque nos sens ne jious les fournissent pas.
Or , si on n'avait pas fait ces questions , ik>us n'aïuions pas vu naître ces opinions qui , ne répandant que des doutes , ont donné lieu à* beaucoup d'autres. Je n'aurais pas eu à vous faire l'histoire de la philosophie. L'étude de la langue vous apprendrait tout : il ne nous faudrait qu'une bonne grammaire et un bon dictionnaire.
Les langues, parce qu'elles ont été faites avec trop peu de méthode , ont donc fait agi|er toutes ces questions, et par-là elles ont influé sur les opinions ; et les opinions qu'on a adoptées , lorsqu'on a voulu répondre à ces questions , ont à leur tour influé sur les langues , parce qu'il a fallu se faire un langage pour les défendre.
Gomme les règles de la syntaxe sont plus connues et plus ictciles à observer que les règles de l'art de raisonner, on contracte l'habitude de parler correctement, plutôt que l'habitude de penser avec justesse. Alors , prévenu pour des opinions qu'on a prises sans examen , on ne sentira pas la nécessité de s'assurer de ses principes et des conséquences qu'on en tire. On se contentera de mettre quelque ordre dans les idées vagues et confuses qu'on s'est &ites , et on les exposera avec toute l'élégance dont on est capable. Mais qn ne déter-
minera pas la signification des mots : on l'altérera^ on la changera sans raison : une métaphore , une comparaison paraîtra répandre la lumière ; et , pour expliquer une expression qu'on n'entendra pas , on en imaginera d'autres qu'on n'entendra pas davantage. C'est de la sorte que d'un langage confus naissent des opinions , et que de ces opinions naît un autre langage , qui , tout aussi confus que le premier , produit de nouvelles opinions , pour produire bientôt de nouveaux langages également confus: et ainsi de suite , pendant des siècles.
Tel est donc Feffet de l'influence réciproque des opinions sur les langues , et des langues sur les opinions. Les opinions n'influent sur les langues que pour y répandre la confusion , et pour les rendre , par conséquent , toujours moins propres aux analises. On en voit la preuve dans le p<*écis que j'ai fait des systèmes des philosophes anciens. Les langues influent sur les opinions pour les multiplier , et elles les multiplient au point qu'un seul terme vague peut en faire naître plusieurs. J'en vais donner quelques exemples. Premier e«in. La vérité Dcut êtrc cousidéréc dans les idées
pie d« plttsirur* ■
2C'w«\ nTJ!' q^c "^"^ formons , ou dans les choses mêmes.
Dans le premier cas , la vérité n'est que le rapport aperçu entre deux idées. Le tout est plus grand qu'une de ses parties y est une vérité , parce que cette proposition exprime le rapport de l'idée
que nous désignons par le iouL^ avec l'idée que nous désignons par une partie. Cette proposition $erait vraie y quand même les objets auxquels nous en pouvons faire l'application n'existeraient pas. Voilà les fondemens des mathématiques pures : car dans cette science les vérités ne sont que des rapports aperçus entre des idées.
Quand nous considérons la vérité dans les choses, il faut encore distinguer. Ou nous observons les choses en elles-mêmes , ou nous observons les rapports qu'elles ont à nous , ou nous, observons les rapports qu'elles ont entre elles , non d'après ce qu'elles sont , mais d'après ce qu'elles nous paraissent.
Si nous vouions observer les choses en ellesmêmes, nous ferons de vains efforts pour les connaître. Nous n'arriverons à aucune vérité , parce qu€f les sens , auxquels nous devons toutes nos connaissances, ne découvrent que des quahtés relatives , et ne peuvent percer jusqu'aux cpiaiités absolues. Il ne nous reste donc à observer dans les choses que les rapports qu'elles ont à nous,et ceux qu'elles ont exitre elles, d'après ce qu'elles nous paraissent^
Lorsque nous nous bornons à juger des rapports que les objets ont à nous , ces rapports aperçus sont autant de vérités. Alors il est vrai que les corps sont éclairés, colorés, en mouvement ou en repos , chauds ou froids , nuisibles ou utiles, etc.
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C'est une conséqoence , que lorsque nous ju^ geons des objets d'après ce qu'ils nous paraissent ^ il y ait autant de vérités que nous apercevons de rapports entre eux. Il est donc vrai que les corps sont , les uns par rapport aux autres , plus ou moins éclairés, plus ou moins pesans^ plus ou moins durs , etc.
Ckmime il y a des vérités dsms les mathématiques pures , il y en a donc aussi dans les sciences qu'on peut en général comprendre seus le nom de physique ; et ces vérités sont tous les phénomènes qu'on découvre par l'observation , et dont on s'assure par l'expérience. Si on soumet ces phénomènes au calcul , alors on a toutes les vérités qui se dâbontrent dans les mathématiques mixtes.
Mais, sans parcourir toutes les sciences, il est évident que nous pouvons connaître les choses sous les rapports qu'elles ont à nous , et sous ceux qu'elles ont entre elles d'après ce qu'elles nous paraissent, puisque nous ne pouvons pas obser^ ver de pareils rapports ; et il est Clément évi* dent que nous ne pouvons pas connaître ce que les choses sont en elles-mêmes , puisque sous ce point de vue nous ne les saurions observer.
Voilà les distinctions que les philosophes auraient faites, s'ils avaient saisi la génération de nos connaissances. Alors le mot vérité aurait eu dans leur bouche une signification déterminée.
ANCIEJCYNE. 567
Ils n'auraient donc p^ deinandé, s'U yad^ vérités ^ si nous les potfifons connaître y s'il e^t d$s moyens pour nous en assurer. Plus de sophist^^ par conséquent plus de dialecticiens , plus d'aça^ démiciens, plus de sceptiques , plus de sectes, en un mot. On n'aurait pas cherché ce quç les cho^çs ^nt en elles -]3[)émes; on n'aurait pa3 élevé des ' systèmes sur des suppositions gratuites,, ou sur des princip^es. abstraits. Qp axu*ait observé , on aurait multiplié les expériences , et on se serait épargo^ bien des absurdités. Ces grands philosophes ^ oe^ génies sublimes, cç3 e^its divins, xxf^ mot les a tro^ipés.
Pourquoi a-t-on compté deui^ cent quatre-vingt- ,.«5^"*'*"^ huit opinions sur le bpnheur? Ce n'est pas qu'on puisse à ce sujet peqser de deux cent quatre-vingt? huit manières réellement différentes; c'e^t parce qu'il y a bien des manières ^t parler d'une chose, sans savoir ce qu'on dit.
Que par le bonheur on entende ce qui noqs satisfait , et qu'en conséquence on le mette dans la jouissance des choses nécessaires à nos besoins, on n'imaginera pas de dire que nous somme^ heureux par la seule contemplation. Un pareil besoin n'est pas général : il est facticjs dans ceuç qui l'ont; il ne saurait être un des premiers j et, quand on y aurait satisfait , il en resterait beaucoup d'autres, qui suffiraient pour rendre malheureux.
extmpl*.
On ne dira pas non plus que le bonheur oon* siste à connaître l'essence des choses , et à découvrir comment Tunivers a été formé , puisque ces connaissance ne nous sont pas nécessaires, et que d'ailleurs. nous li'aTons pas de moyen pour les acquérir.
On ne placera pas davantage le bonheur dans une tranquillité parfaite; parce que la jouissance des choses nécessaires à nos besoins suppose des désirs , des passions , et , par conséquent , des inquiétudes.
On dirait plutôt ^ avec l'abbé de Saint-Pierre : ceci est bon pour moi cagoiircChui; et cette opinion, qui est peut-être la deux cent quatre-vingt-neuvième, est la plus raisonnable de toutes, pourvu qu'on pense avec cet écrivain que les devoirs sont toujours bons.
La multitude des opinions sur le bonheur vient donc d'un mot, auquel on n'a pas attaché des idées assez déterminées.
^lî!"*^^"* Il semble que Tétymologie seule animait pu garantir de bien des erreurs. J'ai peine à croire que ceux qui les premiers ont employé, par exemple, les mots substance y essence y nature y se soient imaginé avoir une idée des choses dont ils parlaient. Ils voulaient dire par substance j ce qui est dessous certaines qualités; par essence y ce qui fait qu'une chose existe avec telles propriétés; et par nature y^ ce qui fait qu'elle est née, pour ainsi dire, avec
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les qualités qu'elle a. Or cette expression ce qui faisait assez entendre qu'ils ne savaient pas ce que la substance, l'essence et la nature sont en ellesmêmes: Si cette étymologie avait donc toujours été présente à l'esprit , combien de mauvais raitonnemens n'aurait - on pas évités ! Platon , par exemple V aurait -il imaginé ses essences? en aurait-il fait des êtres, des dieux?
Le feu brûle, parce qu'il est de son essence , de sa nature de brûler : cela veut dire qu'il brûle parce qu'il existe , qu'il est né pour brûler; en un mot , qu'il brûle parce qu'il brûle. Cette réponse n'est pas bien satisfaisante : mais enfin c'est une réponse; et quand on s'est rendu ce tangage familier, OR entrevoit quelque chose confusément, et on juge la réponse bonne.
Les philosophes anciens me fourniraient bien des exemples de l'influence des langues sur les opinions. Mais, parce qu'il faut'se borner, je n'en donnerai plus que trois , que je prendrai dans les mots âme, dieu et athée.
On se représente naturellement la vie par le ouirièm»
1 r^ 11 extmple.
mouvement du corps. Or comme dans le repos, dans le sommeil , la respiration est le seul mouvement sensible; vivre, respirer, être animé n'ont été qu'une même chose. On s'est donc fait une habitude de regarder l'âme comme un souffle , et ce jugement n'a point paru absurde, parce que l'habitude a tenu lieu de raison.
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Mais qu'est-ce que ce souffle? Une matière sub* tile. De quelle ualure encore est cette matière ? C'est un air , un feu , etc.
Après avoir aussi bien satisfait à ces <|UQ6tiofi|s, on a dit : si un soufQe, qui anime Thoiacime, meut son corps , un pareil souffle sera répai:>du dans tout ce qui se meut, ce sera l'âme du nioade, ce sera, le principe de tout mouvaspent. H y a donc une àme unirerselle , dont les âmes pi^culières ne sont que des parcelles , des émaoïr tions j etc.
Si par le mot âme on ii'eût jan^is enteods que ce qui sent ; si on eut remarqué que nqtis ne pouvons pas observer l'âme dans sa substance même, que nous ne l'observons que dans les sensations qu'elle éprouve, et que p^ conséquent il ne nous est pas possible de découvrir pourquoi le sentiment se produit en elle , lorsque certaîos mouvemens se passent dans le corpt^.; alors pou& nous serions contentés de dire , nous avanf une âme, elle est capable de seiUir^ elle sen( à rQQçasion des impressions qui se font sur nos organes : nous nen sauons pas davantage^ Nous n'aurions pas dit, c^est un souffle , une parcelle d'air ^ une parcelle de feu; et nous n'aurions pas feût des systèmes pour en expliquer Tessençe ou la nature.
Il en est de même du mot dieu. C'est parce que la signification en était ipal déterminée , que
les philosophes, comme les |)e«:^le9 , ont eu sur la Divinité un grand nombre d'opinions.
Nous dépendons de tout ce qui nous environne, et il y a des effets que nous ne pouvons ni empêcher, ni produnre. Certaînenent quelque chose en est la cause, et ce quelque chose agit. Or cette notion vague de cause agissante parait avoir été la première idée qu'on s'est faite de ce qu'on a nommé dieu.
Mais comment cette caust agit-elle? Pour répondre à cette question , on s'est fait une seconde idée vjigue, en se représentant toute espèce d'action par une espèce de mourement. Comme toute action que nous observons dans les corps n'est et ne peut être qu'un mcni cément , on a jugé que toute cause qui agit est une cause qui se meut et qui meut , et dieu n'a signifié que ce que nous entendons par moieur.
Quand on voyait que le vent agitait les arbres, on disait , c'est le vent. Quand au contraire on observait un mouvement, et qu'après en avoir cherché la cause, on ne la découvrait pas, on disait, c'est un dieu, c'est-à-dire un moteur quelconque.
Si alors on demanda d'bù venaient les biens et d'où venaient les maux, il fut naturel de répondre, ce sont des dieux , ce sont des moteurs qui les pro^ duisent; et on reconn.ut autant de dieux ou de moteui^ qu'on distingua d'espèces de biens et d'espèces de maux.
Des dieux qui produisent les biens et les maux, devinrent naturellement autant d'obj ets de crainte, d'espérance et de respect. On ajouta donc ces idées à la notion confuse de moteurs.
On y ajouta enore difïérentes figures , et plus ordinairement la Sgure humaine, parce qu'on voulut se représcLter les dieux d'une manière sensible. Or dès qu'on eut imaginé qu'ils ressemblaient aux hommes par la figure, on imagina qu'ils leur ressemblaient aussi par les passions ; et on leur supposa tos vertus et nos vices.
C'est ainsi qu'en observant contment d'une première idée confuse plusieurs autres naissent successivement , on Toit sortir d'un seul mot le polythéisme et toutes les absurdités du paganisme.
Ce qui est particulier aux philosophes , c'est d'être remonté , de moteur en moteur , jusqu a im premier qu'ils ont nommé principe ; et eo le nommant ainsi , ils n'ont vouhi dire autre chose , sinon qu'il est le premier ou celui qui commence.
Ils ont encore considéré l'action de ce moteur ou {WPÎncipe par rapport à l'univers entier; au lieu que les peuples ne considéraient guère l'action des dieux , que dans les phénomènes plus relatif à l'homme. D'ailleurs la notion des mots dieu , moteur et principe^ était confuse pour les pihlosophes comme pour les peuples.
Pour S en convaincre , il suffit de remarquer que le premier principe , selon Thaïes , est l'eau; selon Anaximène , l'air ; selon Heraclite et Zenon, le feu ; et, selon Épicure , les atomes- Or ces philosophes auraient-ils imaginé que l'eâu , l'air , le feu , ou les atomes se meuvent d'eux-mêmes , et donnent le mouvement à tout, s'ils avaient songé à se rendre un compte exact de leurs idées ? et lorsqu'ils voient ce premier principe partout où ils le veulent voir, n'est-ce pas une preuve qu'ils ne s'en font que des idées bien vagues ?
S'ils se sont servis du mot de dieu , c'est parce qu'ils l'ont trouvé établi parmi les peuples . Mais en général ils ne s'en sont pas fait une idée plus saine , puisqu'ils ont nommé dieu ce qu'ils nommaient premier principe. Ainsi l'eau fut dieu , Tair fut dieu , le feu fut dieu.
Zenon aurait pu dire que le feu n'est qu'une cause matérielle , qui a produit par hasard le monde , et supposer , comme Épicure , que le monde est une des combinaisons qui résultent de tous les mouvemens possibles ; il évita de tomber dans cette absurdité , parce qu'il reconnut la nécessité d'une cause intelligente. Mais il tomba dans une autre, et il donna l'intelligence au feu , *sans se mettre en peine d'expliquer comment le feu est intelligent.
Épicure , avec autant de fondement , aurait pu
mettre laDivinké et l'intelUgenoe dans les atomes: mais , parce qu'il se fit des idées pjus vagues encore que celles de Zenon , il jugea que le hasard suffisait seul à la formation de Tunivers.
Il me paraît donc hors de doute que tant d opinions sur la Divinité sont venues du aiot diem , c'est-à-dire de là notion d'un premier moteur; notion si mal déterminée , que chacun y ajoutait à son gré , ou en retranchait quelque accessoire. Les philosophes et les peuples ont été des polythéistes, parce qu'ils ont raisonné d'après la même idée con&ise , et qu'ils ont été conséquens. Tous ont dit : Tout ce qui meut est dieu , ou pcurcdk de dieu : donc il y a plusieurs dieux.
Anaxagore , Socrate et peut-être quelques autres encore ont eu des idées plus saines. De ce qu'il y a quelque chose qui se. meut , ils ont conclu qu'il y a quelque chose qui ne se meut pas ; qui n'est par conséquent ni corps ni matière ; qui a une essence , une manière d'exister toute différente ; qui est tout-'puissant , tout intelligent ; qui a , en un mot , toutes les perfections que l'univers démontre devoir être dans le principe qui Ta produit. Vous concevez que si tous les philosophes avaient raisonné d'après une idée aussi bien déterminée , ils ixe se seraient pas égarés dans la opinions que j'ai exposées.
^Dtriiiere«em. J)^^ ^^^ J^ j^^^ ^^^ U'ofifrait qu'UI^e OOtlOQ
vafgiie ,éelui ^ athée ne pouvait pas avoir uq sens bien précis. H est arrivé de là que lorsqu'on a voulu juger si un philosophe était ou n'était pas athée , on a sdatenu ;é^alOTaent le pour et le contre* En partent des peuples^ on a même pris le mot athée dïins un sens; et on l'a pris dans un autre, en parlant des philosophes.
G>mme il serait dur d'accuser d'athéisme des nations entières, on les juge peu sévèrement ; et sur l'apparence d'.un culte quelconque , on ne balance pas d'assurer qu'elles reconnaissent la Divinité. Mais comme les philosophes sont en petit nombre , qu'ils sont dispersés , et qu'ils ne forment pas un corps de nation , on les sacrifie sans scrupule. Ainsi , parce que les stoïciens adorent le feu, ils sont athées ; et les idolâtres croient en Dieu , parce qu'ils adorent le soleil , la lune , des statues , tles chats , etc. Il est évident que des opinions aussi contradictoires ne peuvent naître que de l'abus d'un mot.
En montrant l'influence du langage sur les principales opinions , nous avons réfuté la philosophie des anciens , et même une partie de celle des modernes. Mais , Monseigneiu* , si l'abus des mots a produit chez les Grecs des opinions qui ont troublé les écoles , il en produira dans la suite qui troubleront le monde. On disputera sur des mots , en croyant disputer sur des choses , et
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on s'égorgera pour des mots qu'on u^çateodra pas. Telle est l'influence du langage '.
■ Les chapitres les phis instractifs de ce livre sont les i^, 3^*-^': 2, i, 9, 10, 17, a4, 26 et 27. Ile développent, d'après fei-
périenee^ les prmdpei ée Tart de mison^er, et ils £nnlîanseront avec la méthode qae j'ai expliquée dans ma logique
FIN DE CE yOLDMJC.
M INTRODUCTION A L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE. P. i.
HISTOIRE ANCIENNE. Page 5.