‹ Œuvres complètesChapitre 199 sur 416 · LE PROCÈS · texte numérisé non relu

LE PROCÈS

Qui n'a d'amrur porté les douces chaînes ?

Qui n'a pavé son tribut à ce Dieu?

Un seul, dit on, un seul pr védu eu,

Du leu sacré qui coule dans nos veines,

Brava Vénus. Cesa;;e é ail d'Athmes.

Il vivait seul , sans hyini n , sans amour,

Fludiant, li.-ani la nuit , lejuiir.

Cherchant, cherchant d'ui.c ardeur peu commune,

Ce que fait Mars, comment marche la Lune.

Je ne voudrais être sa ;e j ce prix.

J'aime bien m eux , franchement je le dis,

Ce fils des aris , ce su; cesseur d'App elle

Qui lisait peu ; mais ;.u plai ir fidèle ,

Fai-ait l'amour, el lorsqu'il le pouvait

Fêlait Bachus: on le nommait Brunel.

Dans ses loisirs, une Iris jeune et bflle

Fixa ses \œux. Qi\e di-je? il l'adora I ,

Brûlait d'anioii-.du ii oins jcle suppoie;

Car emporte par le feu de- désirs,

De cet aibnsie, après bien des soupirs,

Bien des serncn.", il fil tiimbi r la rose.

Et chacun sait qutlle épine souvent

Reste au i osier après ccl accident.

( elle beaut^ se vova it couronnée

Desdunsd'a 1 oiir, invoqia l'Hyinénée,

Et son amant , atin qu'il lui permit

De se parer d'un nom qu'elle <hérit,

El d'aiouer .'■a tlamine cnror seci ele.

Bruiiet trouvant la demande indiscrète,

La repnu.S'a, s'expliqua s; ns détour;

Il aimait mieux |;laiicr aux champs d'amour.

Que moissonner dans ceux du maria;|e.

De le blâmer je n'ai pas le cou; âge.

Aimer est un , Cila dure deux jours ;

Mais épou.ser ! ma foi , c'est pour loujour».

Cette beauté, très vivement blessée De ce refus, était d'un autre avis; Et pour venger sa pudeur ollensre.

Elle implora le tecours deTbéinis.

Elle lit choix d'un avoial cpaljle, Homme disert, dont la dextérité Donnait au vice une (ouleur aimable, Au vil menson;;e, un air de \érité.

Quoique bavard, son bavardage impose; Car au barreau, parlez beaucoup, dit-on, Et .soyez sOrque ions aurez raisc p.

Arrive enfin le grand jour de la cause ; Notre avocat .s'anime, et se propose Un gland ■ ucccs, un triomphe certain.

^ous allons voir s'il .'e tlallait en vain. Il parle , parle , el sa bouche éloquenle Peint à grai ds traits l'amour intéres,sailt , Le triste état de sa jeune cliente , Et la noirceur . le crine de l'amant , Qui, .sans pilié.srduil fille innocente, Dans ses filets l'a tire adroiiemcnl.

• Un petit peintre Ose iiniier Thésée, S'ccriaii-il, en style de pathos, Abandonner dans l'île de iNaxos , Vil séducteur , une amante abusée !.. •

CONTES

Après ces mois difines de Cicéron ,

Il tenniiia sa brillarile oraison.

Celavocal avait un advcr aire,

Le défenseur du volage Bruiiel;

Or, ce'ui ri, d'un Ir puI calme cl discret,

avait laissé disrourrr son co frfre.

Biais des qu'il vit la fin de son di cours,

lise leva , dil d'une voiv t.csclaiie:

«Maitie Cornard, messieurs, vient de vous faire

Vu beau réc t qui n'est pas des plus couils;

H a cité , savant tort raisomialile ,

Très à propos les héros de la table,

Parle de crime, et de sédutiion.

Je ne sai:rais inrter sa faconde;

Je n'eus jamai» son art, son onction ,

Et ce.)endaiit il faut (;ue je réponde;

Je dois dé.'endie un client maltraité.

Je serai bref; deux moti doi\ent suffire:

Mail re Cornard , que faut-il pour séduite?

Par quels moyens elia: ine-t-oii la beauté :'

II en est trois , à ce que l'on assure .

Trois .seuls: l'arjenl , l'esprit , ou la fijjure.

Or, mou client, parlons sans embarras.

Est laid , lort laid , ju,';e7.-en par vous-même : Voyez, messieurs, je n en imno.sc pas.

Quant .i larjcnt, ce mobile .suprême.

Celte clef d'or qui peut oiiv. ir un coeur ;

Mon homme est peintre, et peintre b,u'bouilleur. Pour son esprit, je n'ai rien à vous dire; Ouvrez l'oreille, et faites-le parler:

D'où je conclus, sans lien di^silnulel■,

Que mon client, loin de pouvoir séduire, Est trop heureux d'avoir été séduit. »

A ce discours, tous éclaieut de lire; El qui fait riie à coup sûr rrussii.

I.a lendre inere, bêlas! perdit sa cause; Cela m'afllifse, elle était bonne en anl. Quant au poupon qui lui coil a sa rose, Il fut forcé, dapiTS ce ju,^,euient , D'allerchercher ailleurs un anire père.

Mais ramoureu.v, que dit-il de l'affaiie? Du plaidoyer? le tioiiva-t-il plaisant?

Il ne dit rien, et fil bien de se taire.

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