LE PROCÈS
Qui n'a d'amrur porté les douces chaînes ?
Qui n'a pavé son tribut à ce Dieu?
Un seul, dit on, un seul pr védu eu,
Du leu sacré qui coule dans nos veines,
Brava Vénus. Cesa;;e é ail d'Athmes.
Il vivait seul , sans hyini n , sans amour,
Fludiant, li.-ani la nuit , lejuiir.
Cherchant, cherchant d'ui.c ardeur peu commune,
Ce que fait Mars, comment marche la Lune.
Je ne voudrais être sa ;e j ce prix.
J'aime bien m eux , franchement je le dis,
Ce fils des aris , ce su; cesseur d'App elle
Qui lisait peu ; mais ;.u plai ir fidèle ,
Fai-ait l'amour, el lorsqu'il le pouvait
Fêlait Bachus: on le nommait Brunel.
Dans ses loisirs, une Iris jeune et bflle
Fixa ses \œux. Qi\e di-je? il l'adora I ,
Brûlait d'anioii-.du ii oins jcle suppoie;
Car emporte par le feu de- désirs,
De cet aibnsie, après bien des soupirs,
Bien des serncn.", il fil tiimbi r la rose.
Et chacun sait qutlle épine souvent
Reste au i osier après ccl accident.
( elle beaut^ se vova it couronnée
Desdunsd'a 1 oiir, invoqia l'Hyinénée,
Et son amant , atin qu'il lui permit
De se parer d'un nom qu'elle <hérit,
El d'aiouer .'■a tlamine cnror seci ele.
Bruiiet trouvant la demande indiscrète,
La repnu.S'a, s'expliqua s; ns détour;
Il aimait mieux |;laiicr aux champs d'amour.
Que moissonner dans ceux du maria;|e.
De le blâmer je n'ai pas le cou; âge.
Aimer est un , Cila dure deux jours ;
Mais épou.ser ! ma foi , c'est pour loujour».
Cette beauté, très vivement blessée De ce refus, était d'un autre avis; Et pour venger sa pudeur ollensre.
Elle implora le tecours deTbéinis.
Elle lit choix d'un avoial cpaljle, Homme disert, dont la dextérité Donnait au vice une (ouleur aimable, Au vil menson;;e, un air de \érité.
Quoique bavard, son bavardage impose; Car au barreau, parlez beaucoup, dit-on, Et .soyez sOrque ions aurez raisc p.
Arrive enfin le grand jour de la cause ; Notre avocat .s'anime, et se propose Un gland ■ ucccs, un triomphe certain.
^ous allons voir s'il .'e tlallait en vain. Il parle , parle , el sa bouche éloquenle Peint à grai ds traits l'amour intéres,sailt , Le triste état de sa jeune cliente , Et la noirceur . le crine de l'amant , Qui, .sans pilié.srduil fille innocente, Dans ses filets l'a tire adroiiemcnl.
• Un petit peintre Ose iiniier Thésée, S'ccriaii-il, en style de pathos, Abandonner dans l'île de iNaxos , Vil séducteur , une amante abusée !.. •
CONTES
Après ces mois difines de Cicéron ,
Il tenniiia sa brillarile oraison.
Celavocal avait un advcr aire,
Le défenseur du volage Bruiiel;
Or, ce'ui ri, d'un Ir puI calme cl discret,
avait laissé disrourrr son co frfre.
Biais des qu'il vit la fin de son di cours,
lise leva , dil d'une voiv t.csclaiie:
«Maitie Cornard, messieurs, vient de vous faire
Vu beau réc t qui n'est pas des plus couils;
H a cité , savant tort raisomialile ,
Très à propos les héros de la table,
Parle de crime, et de sédutiion.
Je ne sai:rais inrter sa faconde;
Je n'eus jamai» son art, son onction ,
Et ce.)endaiit il faut (;ue je réponde;
Je dois dé.'endie un client maltraité.
Je serai bref; deux moti doi\ent suffire:
Mail re Cornard , que faut-il pour séduite?
Par quels moyens elia: ine-t-oii la beauté :'
II en est trois , à ce que l'on assure .
Trois .seuls: l'arjenl , l'esprit , ou la fijjure.
Or, mou client, parlons sans embarras.
Est laid , lort laid , ju,';e7.-en par vous-même : Voyez, messieurs, je n en imno.sc pas.
Quant .i larjcnt, ce mobile .suprême.
Celte clef d'or qui peut oiiv. ir un coeur ;
Mon homme est peintre, et peintre b,u'bouilleur. Pour son esprit, je n'ai rien à vous dire; Ouvrez l'oreille, et faites-le parler:
D'où je conclus, sans lien di^silnulel■,
Que mon client, loin de pouvoir séduire, Est trop heureux d'avoir été séduit. »
A ce discours, tous éclaieut de lire; El qui fait riie à coup sûr rrussii.
I.a lendre inere, bêlas! perdit sa cause; Cela m'afllifse, elle était bonne en anl. Quant au poupon qui lui coil a sa rose, Il fut forcé, dapiTS ce ju,^,euient , D'allerchercher ailleurs un anire père.
Mais ramoureu.v, que dit-il de l'affaiie? Du plaidoyer? le tioiiva-t-il plaisant?
Il ne dit rien, et fil bien de se taire.