LA DÉVOTION A SAINT JOSKPH
Combien de (;ens voudraient, en dépéchant leur vie, De l'amour, des plaisirs, savourer l'ambiosie, Reposer mollement sur de riches tapis.
Et puis après leur mort monter en paradis! Ces messieu: s n'ont pas tort, et je pense de même ; Mais saint Pierre li-haut est bien d'un autre avis. Ce saint ne laisse entrer, dans le séjour supi éme, Que ces rares humains qui, priant et jeilnant, Et fidèles au ciel, ont d'un bras pénitent Repoussé les p'aLsifs, l'amour et la nature. ■Vraiment enir'eux et Rome un homme un peu sensé, Épris de son salut , est bien embarrassé. Rome promet beaucoup; mais la cho.se est future: L'amour et le plaisir mettent tout au présent. Ah! des bords du Bétis que j'aime l'habiiaul! Le malin tout à Dieu , le soir à sa maitres,se, Il sait d'uu triple naiid unir avec adres.se
Dieu, la Vierge, l'amour et son culte charmant. Vous allez en juijer par la petite histoire Que e vais vous conter et que vous f o:ivez prpire; Car je 'a tiens de l'av.uat L iifiuet , Qui Ions les .soirs, dans sou élude, A ses amis la rai ou ait , El la contait fort bien, parla gijvande habitude. Or voici son récit , .'i peu de cho e pies ; Dan^ rà;;e de l'am' ur et des brillans succès, Uii jeune coiniiier. ant des bords de la Garoiiiie Avait perdu .son père ; a,;res les jusles pleur,s D )unés i son tr.^pas, ii pail l pour L\>\ onne Pour eau e de ( omnierce cl voie ses débiteurs. Le vo 1 1 donc sur le dos d'Amphilrite, Vojuant ai (ji-é des a.iiaiis et des finis: Le dieu des mers, les triions j sa suite. En se jouant, aplanis.'aient les eau».
Avec un tei .secuurs le voya;;e est fai ile: Aussi da:is peu de temps il entra dans la ville. On , d:t on , aborda jadis L'b ritier de.- armes d'Achile, Qui cher.hail sur les mers sa femme et son pays. Un canot mit soudain Aniiand sur le rivage; Du jeune vi>ya;',eur Armand était !e nom. Aussitôt il courut, emportant son ba ;a,';e, Chercher un lo;;emeu! en lionnéle maison.
Déjà la nuit comiiien; ait >acarrére.
Appelait les liuniaius aux douceurs du repos, Alors qu'Armand, qui sentait les pavots Du doux .sommeil peser sur sa paupière. Se jette sur sa couche el dorl paisiblement Jusqu'au reloue de la lumière.
A son réveil habillé promplenient.
Il va voir cette ville oii l'active industrie
Appelle sous ses étendards L'abondance, les jeux , le commerce et les arts. Contemple, ob.serve mut , 1 1 la jeune fillette Qui loijïue les pa.ssans .sous sa mante discièle, Et la mère qui suit le roai.e à la main. Il voit à chaque pas cordelier, malhurin. Et le vieux capucin fier de sa barbe g: ise. Tous soldats bi^jarrés du pape et de l'église. Je dois vo;is dire ici suci inctement Qu'un chapelier, bizarre personnage, Honnête homme d'ailleurs, riche petitement, Deuieurait vis-à-vis de l'auberiie d'Armand. Or cet homme naïf et d'iuineur peu sauvage, Sitôt que son voisin ou sortait ou rentrait, En le suivant des yeux , éclatait d'un gros rire. Deux fois . trois fois, Armand de ce rire indiscret Méprisa l'insolence et passa sans riin diie. Mais cet ho;ume un mal n renfor^anl ses grands ris, Armand sentit enfin bouillonner ses esprits. Ei1l-on le fort cerveau de leu Caton de Rome, Si nous sommes piqués du plus faible aiguillon, Kolre amour-pnipre est Ij qui n'entend pas raison. Armand , l'œil courroucé, s'approche de cet hoinnie, El demande pourquoi ces ris hors de saison. • Veuillez me pardonner, monsieur, je vous supplie,
Répond le facile rieur; Entrez, asseyez-vous [\ sanscérémnnie.
Je vous dirai p iur.|uoi je ris de si bon cœur. J'ai le lio.iheur davo r une fille assez btlle. Assez riche d'esprit, inoins riche de cervelle;
COMES
Soii caiir vaut beaucoup niiciix, il estseMsibleel doux. Par iiiallieursa fcnélre csl vis-à-iis Je voiis, Et pour vous voir, niadôuie y passe la journée. Elic a le diable au corps, pour mieux dire 1 amour.
Elle se flalte, csp're qu'un beau jour Monsieur l'allaciiera des nœuds de l'hyménée; Et dans ce doux espoir, dimanche elle acheta Un saint Joseph de plilre, un saint de bonne mine; Lui fit un bel habil d'une étoffe très fine,
Et de roses le couronna; Convertit une armoire en |ieuse chapelle, Où la paui relie vient le prier chaque jour De percer votre cœur des traits du même amour. En vain je la raisonne et je me moque d'elle. Quel grand prédicateur, ou bien qud inédecin D'une femme en amour peut guéi ir la cervelle?
Le diable même y perdrait son lalin.
Hélas! ma pauvre enfant, trop crédule peut-être, Vous voyant tous le jours passer sous sa fenêtre, Sans recevoir de vous un seul regard flatteur, Pii le moindre souris qui rassure son cœur. S'en prend à saint Joseph , le nomme ingrat , perfide, Et dans un vif dépit, dune main parricide, Elle l'a, ce matin, pilé dans un mortier. J'entendais sur ma tête un bruit fort singulier; Je monte pour savoir ce qu'elle pouvait (aire ; Grand Dieu! le pauvre saint n'éi ait plus que poussière,
A cet aspect , un fou rire m'a pris.
Et je riais encor d'assez belle manière, Quand vous avez passé devant notre logis. « Armand ra\ i, flallé de cet amour extrême; Car, même sans amour, nous a inons qu'on nous aime, Demande au bon papa s'il pourrait aujourd'hui Voir cet objet charmanl qui s'intéresse à lui. • Très volontiers, di!-il, je vais ch':rcher la belle; Gardez-moi mes chapeaux : je reviens à l'instant. » 11 part, court, vole et revient avec elle: «La voici! la voilà! criait-il en entrant. Elle ne voulait pas paraître ainsi velue; Maison est toujours i)icn lorsqu'on est propre.ueut.i A cet aspect le jeune Aimand Crut voir du ciel la vierge descendue.
Ou l'a ge Gabriel qui s'o frait à sa vue Marie était sou nom , et quatorze printemps Avaient développé cette rose naissan:e; Ses yeux pleins de d uceur. ses simples vêtemens, Et ses cheveux êpars la rendaient plus touchante. Armand, à cet aspect, ému , silencieux. Paraissait interdit, et la jeune Marie
Rouge d'amour, rouge de modestie, S'avançait à pas lents , n'osant lever les yeux , Et parler encor moins; mais par malheur son père.
Homme excellent, mais railleur peu discret. Lui demanda comment saint Joseph se portait. Souvent vous avez vu quand la nuit solitaire Commence de son crêpe à voiler l'horizon , La lune en se levant aux bornes de la terre. Se rouviii- en montant du plus beau vermillon ,
Ainsi du leu de la confusion Se colora le teint de la jeune Marie.
Armand la rassura par un discours Hatleur; Il loua ses beaux yeux , sa mine si jolie. Marie en rougissait; mais, malgré sa pudeur, L'éloge pénétrait dans sou Ame attendrie;
Il fallut se (|uitter : tout fin't , finira.
Hélas! peut-ctie un jour, terminant sa carrière,
Le soleil n'aura plus ni chaleiu' ni lumière.
Armand fait ses adieux, mais demande au papa
Le plaisir de la voir , de i evenir encore.
Ce que le bon papa permet de bien bon cœur.
« Elle est bien , mais très bien ; c'est l'image de Flore,
Disait en s'eloignaut le eune voyageur.
Mais que m'importe? Elle est d'une fraîcheur!
Quelle âme dans ses yeux ! sous un miroir de gaze
S'élevait, s'abaissait nu sein dont les beaux lis
Et les lieurcux contours ra\ iraient en extase lin ange, un saint et tout le paradis.
Tant inieuxpoursi népoux;moi je n'en ai que faire. » Amsi, sans lermerla paupière,
Armand rêva, parla pendant toute la nuit.
Il redouta t l'amour et l'hymen qui le suit.
L'hymen, sedisail-il, est bien triste à mon âge; On sait qu'ini an de mariage Vieillit un homme , et de plus de dix ans.
D'après ces grands pensers , pleins de philosophie,
Il conclut son dépari , le fixe aux jours suivans.
Mais son de\ oir l'oblige à prévenir Marie , El dès que le soleil sortit du sein des eaux, Il alla , tout pensif , chez l'homme des chapeaux'. Marie, en ce moment, à cité de son père. Les yeux baissés, .son ouvrage i la main, Rêvail , en ,'igilant .son aigui le légère. Au maiire de son cœur, hélas! trop inhumain. Dès qu'elle l'apeicul, étonnée, elle jette Un très grand cri , se trouble et tressaillit; Puis se remet , et confuse, inquiète, Avant d'avoir parlé, craint d'eu avoir trop dit. Son vainqueui- cependant la regarde en s lence; Son air timide et doux, son humble vêlement. Parure de l'honneur , de la noble indigence. Ajoute à ses attraits un charme plus louchant. Armand, à son aspect, sent mollir son courage; Il doute, il craint , il veut différer son voyage; !\lais enfin la raison triomphant de l'amour. Il annonce qu'il pari demain au point du jour. Comme du feu du ciel , à ce d scours frappée, La sensible Marie et fri.ssonne et pâlit; A ses yeux une larme esta peine échappée,
Qu'elle tombe et s'évanouit.
Son père à cette vue, épouvanté, s'écrie: « Au .secours ! au secours ! ô ma pauvre Marie ! C'est vous qui la tuez , vous êtes sou bourreau. Un peu d'eau, dépê(hez! « Émuju.sques aux larmes, Leicune Armand saisit un vieux vase plein d'eau. Court, vole vers Marie , en arrose ses charmes, La soutient , la relèv e et tombe à ses genoux , Presse , baise sa main , et l'appelle et soupire ,
Lui donne les noms les plus doux.
Marie enfin revient ouvre les yeux, respire.
Voit son amant à se-s pieds : > Ah ! c'est vous? Dit-elle en soupirant. -Oui, ma très chère amie,
Daigne jeter les yeux sur moi ; Regarde ton époux , doux charme de ma vie ; Accepte avec ma main et mon cœur et ma foi. » Marie, â ce discours, inlerdi:c, confu.se. Et le cœur oppressé du poids de son bonheur , Croit ce bonheur un songe, une erreur qui l'abuse. Le bon père qui voit sou uouble et sa rougeur,
CONTES
Prend la parole et dit : « Vous êtes un brave homme,
Mon fiendre; toiichez-là ; moi, Jeaii-Fraiiçois Jérôme,
Je vous donne ma fille, et c'esl un joli don :
Elle n'a rien, d'aicord, mais elle est belle et sage;
Elle est folle de vous, que faut-il davantage?
Et loi, ma chère enfant , rends grùce à Ion patron.
Tu l'as délrull , brisé dans la furie : Je le remplacerai par un Joseph d'argent. • Ainsi finit mon conte, et je vous remercie De l'avoir écoulé, messieurs, sans bâillement.
Et vous jeunes beautés, que l'ardeur d'hj menée Éveille lort souvent au milieu de la nuit, Suppliez saint Joseph, implorez son crédit; Il sait ce qu'il vous faut, \ous l'aurez dans l'année.