NOTICE BIOGRAPHIQUE
Jamais E.-F. de Lantier ne répondit aux feuilletonistes du Journal de l'Empire ; lui-même en donne le motif: « Je n'aurais pas manqué, dit- « il, de raisons, et surtout d'injures; mais j'aurais « troublé mon repos et échauffé mon sang ; et « lorsqu'on a le bonheur de se promener tout « doucement, par une belle soirée , dans un jardin « agréable , il ne faut pas s'inquiéter des cris « des hiboux et des crapauds. » — Il se vengeait pourtant, et en homme d'esprit; à chaque édition nouvelle, il envoyait un exemplaire à M. de Féletz, et à chaque nouvelle édition, le spirituel abbé écrivait un nouveau et injurieux feuilleton; le critique fut fatigué le premier.
E.-F. de Lantier publia successivement plusieurs ouvrages en prose : Les Voyageurs en Suisse , le Voyage en Espagne, la Correspondance de M'" Suzette Cézarine d'Jrly. « Ce premier « ouvrage, dit un biographe, est écrit de verve; « on y trouve des descriptions neuves et animées, « et des anecdotes racontées avec infiniment de « naturel et d'esprit. Ce genre de composition « a beaucoup perdu depuis qu'on a donné avec « profusion tant de voyages en Suisse. »
Nous ne manquons pas non plus de voyages en Espagne; mais tels sont la singularité des mœurs de ce beau pays , l'azur de son ciel , la variété de ses sites, l'intérôt inspiré par son histoire que tous les ouvrages qui en parlent se font lire. D'ailleurs, comme le dit l'auteur dans la préface la plus spirituelle et la plus décousue qui fut ja mais : « Pi'ui-on blâmer l'abondance des mets dans un festin ? »
E.-F. de Lantier a un style à lui , simple, coulant, limpide, d'une douceur, d'un moelleux bien rares aujourd'hui. Quelques épisodes pleins de grâce et de sensibilité, tels que celui de Cécile, celui de l'Ermite de Carthagène, une grande fidélité dans la peinture de la paresse, de la valeur, de la dévotion et des amours espagnoles, rendront toujours la lecture de ce roman agréable et intéressante. Don Manuel , qui promène sa bosse et supporte les maux de la vie avec tant de gaieté , son enthousiasme pour les femmes et la poésie , sa superstitieuse crédulité, jointe à son indévotion, forment un caractère vraiment original. Qui n'aimerait don Inigo, si bon, si éclairé, et sa fille Kosalie , si malheureuse , si douce et si sensible?
La Correspondance de M"' Cézarine d'Arly
est remarquable par l'intérêt jeté sur un fond très léger , fécondé par le charme des détails. Après Hamilton et Voltaire, de Lantier est l'homme qui a le mieux connu le badinage élégant , facile et de bon goût , la raillerie piquante , ces rapprochemens ingénieux, la vérité et la variété des portraits, cette critique fine et judicieuse dont /« Mémoires de Grammont sont le premier modèle. De Lantier mettait dans ses livres tout l'esprit de sa conversation, et personne ne causa mieux que lui. C'est à quatre-vingts ans qu'il écrivit cette correspondance, et jamais son style n'eut plus de fraîcheur et d'originalité '. C'est une
' C'est aussi à quatre-vingts ans que, dans une lettre à madame la priuccsse Constance de Salm , il improvisa
ces stances :
I.'âge me presse , et déjà dans mes veines Mon sang tiédi coule plus lentement.
Mon œil s'éteint , el la voix des Sirènes A mon oreille arrive lealement.
Sur ses appuis mon corps pesant ctiancelle. Mes sens lassés sont fermés au plaisir, Et chaque jour ma mémoire infidèle Du temps passé perd l'tieureux souvenir
La princesse de Salm lui adres.sa cette réponse :
Non, vous n'êtes pas, Anténor, A la fin de votre carrière.
Le poêle en son noble essor.
Au-delà du terme onlinaire Peut vivre et s'illustrer encor.