LE LEGS
Le désir de couler est naturel à riionniic : t C'est un plaisir de roi, je crois trop peu connu ! Un cercle d'audileurs, l'œil lixe, cou lerxlu, Écoule , vous admire : il croil élre dans Rome , P^nlendanl discourir Ciccrou ou (Irassus. (loml)ien de voyageurs s'en vont courir le monde. Regardent en passani l'Apollon , la Venus, Le Tibre, l'Éridan et sa rive féconde.
Pour dire à leur relour : « Messieurs , je les ai vus, >
Mais abrégeons ce long adage ;
Je crains loujours le ris muqueur :
Plus d'un ici guette au passa(;e
De quoi pincei' un pauvre auteur!
L"n mnderne Thaïes qui , n'ayant rien à faire, Est allé changer d'air au pays mi les chats Adorés, embaumés, élaient dieux sur la terre. M'a fait un petit conle: un savant ne ment pas; Quand il ne sait que dire , il aime mieux se taire. 1/e fait est arrive dans la ville du Caire, Chez le bon peuple lurc, avant que les Français Leur eussent envoyé vingl mille philosophes Pour leur apprendre à vivre, à lisser nos éloffes, A mettre un grand chapeau sur leurs pelils toupets, Au lieu de ces turbans qui les rendent si laids.
Asseyons-nous sous < et ombrage ,
Dont le calme est délicieux :
Assis au frais , on parle , et l'on écoute mieux.
Un bey des bords du Nil, préparant son voyage Pour le gouffre inconnu, l'aulre monde nommé, Manda prè.s de son lit Usmin , son bien-aimé ,
Homme d'esprit, parlant un doux langage. Derviche par état, el cependant un sage. ' Mon ami , lui dit-il , je m'en vais dételer ; Soixante ans a duré le rêve de ma vie. Pendant ce long liajet, à ne vous rien celer. Tout en parlant raison j'ai fait niainle folie. Mais je laisse après moi , je pense, plus de fous Qu'il n'en faut pour peupler l'empire de la lune. Voici, njon cher ami , ce ipie j'altends de vous ; Vous voyez cet écrin plein de riches bijoux , Fruits de mes longs travaux el dons de la fortune: C'est un dépôt sacré que je mels dans vos mains , Afin que de ma part, dés mon heure dernière. Vous alliez le donner au plus fou des humains, Chrétien ou circoncis , il ne m'imporle guère. Parcourez nos climats, allez chez les Latins; Et d'un ami mourant exaucez la prière. •
Par Mahomet , et par Allah son dieu , O.sniin promit de chercher en tout lieu Ce maître fou, le phénix de la lerre, El de lui présenter l'écrin mystérieux.
Le bey, ravi de sa promesse , Fit le surlendemain ses éternels adieux , Et doucement s'envola dans les cieux ,
Où l'ange Gabriel , pom- prix de Sa sagesse , Lui donna vm(;t liouris, arbri.s.seau\ précieux. Qui perdaul chaque nuit la fleur qui les décore,
Refleuri.ssaieni au lever de l'aurore.
Pourquoi n'avohs-uuns pas ce secret merveilleux! Voili le sage Osiniu prêt à courir le luonde ; Quelqu'un lui conseilla de commencer sa ronde , D'abord par les Français. • Là, sans aller plus loin. Lui dit un renégat avec un faux sourire, Vous trouverez des fous, des milliers au besoin. »
Osmin le crut : on blâme la satire; Mais l'oreille l'ecoule, et le cœur dit : j'y crois. Le bien, c'est autre chose : on y pense à deux fois.
Osnnn partit dès l'aurore vermeille.
Sur un vaisseau d'.Uep destiné pour Marseille. Un vent frais .se jouant sur les tlols adoucis. Le mit en peu de jours dans ce port île Provence. Il n'y séjourna point : il savait que la France Kxislait loule dans Paris.
Il part , vole veis cet asile, Oii la folie , en vélemens divers.
Semble avoir fait de celle ville Le rendez-vous des Ions de l'univers.
Il eu vil là de toules les espèces :
Des pauvres laslueux , des riches indigens. Des en ans d'.ipollon amoureux saus maitre.sses, Plus amoureux encor de leurs vers innocens. Il aperçut, au fond d'un temple antique, Deux aulels dédiés, l'un à la Vanité F't l'aulre à la Frivolilé.
Le sexe en foule entrait dans ce portique, Pour iuunoler à chaque deité.
Son jugement, son temps et sa santé.
Osmin souril : c'était là son usage.
Lorsqu'un objet provoquait sa pitié; ÏA pour jouir d'un plaisir varié,
Il alla visiter un sage :
Il le trouva .sous un toit écarté.
Pâle , délaii , chiué sur yEiuyclopéiUe. ■ Je vois , lui dit Osmin , à votre air agile. Combien vcus jouissez. — !Non, monsieur, j'étudie. Pardon , je vous renvoie. — Un moment, je vous prie.
— >ou , le lemps est trop cher ; j'amasse des trésors, Et je fuis les vivans pour vivre avec les morts.
— Ah! mon cher, croyez- moi; .soyez plus raisonnable. Soulager le malhem', vivre avec son semblable, Cultiver l'auiilié, les arts, la douce paix,
Élre soumis au sort, jouir de ses bienfails. Voilà les vrais trésors de la philosophie. •
Le bon derviche, enfin, qui voit que la folie, Dans les cerveaux français différait de bien peu , Embarrassé du choix les recommande à Dieu, Et va chercher les fous de la belle Ausonie. Là s'offrirent à lui les faiseurs de sonnets.
Le monsignor, le prince, la prinres.se.
L'artisan , le bourgeois et les petils collets , Courant aux op.'ras, à l'église, à confesse. Et chantant tour a tour, dans leurs dévolions, Dieu , la Vierge, les îjaints, l'Amour et leurs mignon*. Osmin pouvait choisir parmi lout ce beau monde; Mais le désir de voir, l'espoir de trouver niicu? , Le fit partir pour la rive féconde
flONTES.
Où l'Élire roulp en paix SPs flots raprif'eux. <r.e séjour, frnillii Ira le h^rnsde rervanlé, Dollavoiidansjon sein p!ii< dererveaux perdus, yuede Vler'.esdeoireei de peliis.lésii». j Ainsi parlait O miii, et l'onde oh Ms^-aiile, Le moue en peu de ,0 rs dans le port d'Alicante. Il parcourt aiissiiôl ces Etats forliini's. Oii sous des h-ics divers les Hères de TF';!'''* , De Basile on d'Antoine, enTans prédestinés. Ré ;naiéni en petits dieux snr l'Esna ;ne soumise. Alors que l'un d'enir'éux chez .-a voisine enti ait ,
l.'épfHix d'al» id , puis sériante, va et. L'efiiiii'raieiil. le pre-^aierfi . et d'une àineingénne, A lem i lui b li-aii ni lai la robe on la main. .Ab! r'estdansres pavs (ju'il est doin d' ire saint!» S'erriail le dervis : mais il vo'l dans la rue . Mes,vienrs les hidal los, oui. la uies-e entendue. I.e net an vent , le thel d'un <;: and "eiilre ab. i!é, Promcna'fn! à pas lents leur fiéreoi ivelé: E .'uiie, quand la iinii s'e< happant dulénare, De son c; épe eu' <ouveri le< dernieis ir.iit.-< du jour, Ils allèrent en oule, armés cFuiie uiiare. Sous l'onibie d'un bal. on .«nu iirer leur amour. Et .se plaindre aiix eihos, en rham inelaHLOlique, Des cruautés de leur Venus.
(l.smin riail tout bas d'nn rire sardoniqi-e, El le> donnant an diable aiec leurs Angélus , El leur (ïiiilare el leurs -Igniis , Il s'embar |ua pour l'AnTlelerrej Se flânant de iinnver, sous leciil iiébii'eux,
El >\ l'erlileen son ie-i reux, L'homme qu'il lui fallaii. En ineHanl pied J terre, 11 alla s'établir dans un i afe lan:éux ; Celait un vi ai .sénat leluide Kome antique. Où inaiTbandset bonr^îeoi'i. ['.ravesct rnminans, Une pipe à la ina'n lo.r 'i lour s'en uinaus. Pesa ent les interéls de la chOve publique. De ret antre où inii',il l'au'.u-le politique, Ils <en ureiii leuiroi, balanent les impôts: A\ei- le bout du doi ;t. Arrhimédes noiiveauï, A iileril tour à lonr l'i-urope el l'Aineiique. ■ Consiriiiseiii eeni v.iis.'eanv, iiioin; hem .•■iir les mer,"!, Et OKI rouler cher eux toiil lor de luiiiiers.
D'autres, dou'^^s o'une la'e enerfjie, ' l'tmr s'ejjavfr aitatiiaient les passans. On le< vol . corps à cor >s , combailre avec furie. L'un sur l'aul-e acharnés; chacun, les veux ardens, Frappe d'un hias nerveux , reciiie, a\au'e, plie. Et pour se signaler par des exploits bi iilans, Brise à son coiiijiaç,Tirn la niiV lu i.eel les dents.
l'ii de.s témoins, robuste per.snnnai;e, S'citmivanl d'être oisif , propose au voyageur, En déplovani .ses bras, d'es.-aver leur courage. Et de voir qui des deux aiirail plus de vlijijeur. Lé bon derv is , peu tente de la fiMe , Très poliment -luda la requête, El dit i ce fier combaliani :
■ Mon cher, je vous •■onhaite autant de inijeinent , yiie vo 18 pouvez avoir de vi ;uéiir et d'adresie. » Il le salue et pan après cecomplimenl.
Un toininie devani lui mari hait a\ec vilesse,
L'air é;iaré, le chapeau sur les veux , Tautol ûïéa sur terre et tantôt vers les deux.
11 alla droit au pont qui dompte la Tamise , El sur le parapet s'arrêta tout révcnr. Osinin, qui lesnivaq . le prie avec franchisé
Pc lui confier «a douleur.
«J'ai, bii ré]«)nd rAn;;laisd une voix lam'-ntabte; ' " Beaucoup d'or, une remiiie aus^i belle qu'aimable; Je brille de santé , ie suis ne chevalier.
J'ai des ainis et point de dede; Mais l'ennni mecon unie, et je vais nie noyer.
— Ait lez un mon;ent, vous amez ma rassel le , • S'écrie O.vmin tronl'le : la> ! il n' lail plus temps! Notre homme était déj."! dans celle mer profonde,
^e déballant sous '.es Ho s écumans.
Et pour Ironiper l'ennui C' urantt l'antre monde,
"Je pourr.:is b'én, dil Osiniii à part lui,
Démo 1 ecrin me de aiie anjoind'hui.
Et Dillords et mes.'iieurs ont le droit d'y prétendre.
Cependant , pour jiipfer, on ne saurait trop voir;
Chez les tJei mains je vais me rendre: Peul-élrc qi el pi un d eus lemplira mon espoir. » L'espoir clail permis. Il aborda t ■> peine Qu'il faillit à donne!- le précieux écrin. Un baron é|H)iisaii la b' lie el saf;e H lène
Ile la main fîa irhe. « Kh qu.)i! demande Osmin, Po'u-qiioi cette ma n f;a:irhe. el quel esi ce uivsiére?
— L'est, répond un docteur qui .se renrnnirail là,
Que les en'ans que d'IIelme il au-a.
Ne meritf roni pas d'èire fils d'un !el père. • Ce4isrouiS, dil Osmin, me parait plein de sens;
Je \ ais au ciel ad. e scr ma prière
Pour le père el pour les en ai. s. « Le ^oir. quand de l'hil'bii-i les ( bevaux halelans Eurent pion ;é son char dans le- ondei vermeilles, Ledervis fut admis dans un br liant fe-tiii Où Bacihus pie-ida'l , versant de> (lois de vm : ( lia un boit à plein bord, o i vide cent b uTieille», Le rire (ïa^ne. au;menle, éclate en rri* aiijnS, Tous parlent à la ' is el l'im ne s'eiiiend plus. Tel l'a/piilon d'abord i are se le feuilaie. Puis saccroil, sou. tie. jj'ionde, el lai lo nerl'orafîe. Ils boivent au dieu Mars. }i la Vieriçe, aux beaux yeux ,
Aux doux appas de leur niailres^e, El buvant ei chaulant . ils lombent lous d'Ivresse. Ledervi- se croyait an >abliai des Hébreux; Mais ce qu'il obse. va d'un leil phis curieux ,
Ce fut la vanité )al)U^e, L'amiqne o jvucil du très noble (iermain ; L'homme aux seize r;uarliersdedai;;nail son voisin , Oui dans ses vieux papiers n'en elaiail que douze; Lbommeaux douze, à son tour tiaita'l avec mépris,
1. inlbnuiié ciui n'en comptait que si*. Ce deiuier se ven,!eait . et d une àme pareille , Reijadail en piiiele noble de la veille. Ainsi de l'un à l'autre ils se méprisaient tous.
l'auvres humains, à quoi donc pensez-vous? En vous irai:aiil ainsi vous rcnciez-ïons justice? Osmin mi re.s (;ens-li snr sa lisle des fous.
El vovani lasai.son nro|iice,
11 s'ehii>^,na des bords du Rhin,
El s'en alla devers la v.lle
On jaoïs le jjrand lionslantin .Associa Jésus au Jupiter romain; Où depuis Maboiuet plama sou évansilé,
CôrtftËs.
Perniii Vnifii* el niailrfsie, él défenrtit Xe vin.
I.e voil.) dont- .sur <e rivajje, Cluichaiil liii 1(111, sa lame ne à la main : rians Alhciies , jadis un toii cl.enliall un saye. Il va , NJeiil, evaujine, iibseï ve \es hiians, Le.s bâchas, leniu|.|ill, ra;)a, les janissares. Tout ce qui (jorie enhu babDuclies el lunbans. Mais iiotie voyaneur ne séionnaii plus jjueres,
Riail de loul : quel lieureux pas.se-lemps ! Je voudrais l'inillei-, el ri.e de nioi-ineme! Il ne vil cependani qu'avee coinpas.ion ,
Ces boiisMa.onieia s qu'il »'\t\e, Boii e de lfuip.s en kiM|i.s des doses d'opium , Pour é.ouidir l'espeie de laisoii
lloul les doua l'iiliesui r>'nie.
Fanl-il, loui-ilrc liiu-eux, avoir perdu le .«eus? Ma s parmi I es pachas, quel^soms! quels niou\eiSens!
Mou cl.t i-aii.i, que liitu \o:is K)il en aide! Il s'a ;il d'ob eulr du ( bet des Mu iMu.ans, Les lioniiei.rs d'u;ic queue : Ircuieux qui la po.ssède! Bien plus luureu^ celui l'e qui l'anibilum, l'eu 1 en elaler Iroisaii hjuld'un yrand bitoii!
Mais la déesse au vol ajjile, Qu s'iigile sans ces.se et riiuplil l'univers l'es .soiiises du jour cl du brun de u.es ve:s, Fait sonner sa liompeile, el lepaud dans la ville, Quesulian Musiapha, pour iharmec >o i lois?r, V enl de la're èlran",ler Aclin^el son jjr.iud-vizir. • C'eiaii, du audcrvicbeuu vieux pacbade Giece,
Le sixien.equesa lia lesse.
Dans l'espaie d'un au, de leur (are ennuyé, Au divin Maliomel avaii e\pedi^'. > Vn tel é" énemem , pendant buii jours , je pen,se, EiU fait loul  la fois parlei- Ion e la Kranre; L'Kspa;;nol , pour le mort , ei I dit des oicinit.i; L'An,, luis aujail eiril im roman pili.i.ue, Omra;;e bien moral it sur. ou bien dit us.
Le Tuic, un pru plu-. Ik';jmailque, Cria trois fois .Jt'iih! el puis n'en paila phi.s. Ce tut le joursuivani i;randbruil, superbe fête, Le nouveau yraml vizir venait d'eue nommé! C lait l'aya .Selon, vieux iiueriiei-, loiic Idv, De la .soi. des boni. en s el de l'or (onsmné. Dans .son vasie palais trop loHjs-ltmps solitaire, La joie el le p!a sird plot aient leur bannière; Mille cris repélaicnl le nom sai re li' Jl/iili! Ceiii feux , rivaux dUjOiir. repaida enl la lumière; Le ma tre prodijiuaii le sorbel , le mol>a. Et ceint de .ses Haiieurs, Iroupc a;live el riante, Huma t d'un doux encens la vapeur enivranie.
Témoin de ce fracas , Osmin tout ébahi ,
Coml à son logement , .s'a; me de .sa caael'Bj
El la pur e aussitôt au nouveau favori.
Le salue en enirani , se comie en a; baléle,
Et puis sur un coussin posant >es deux ijenoux ,
Lui dii . " .Seiijneiic, daijjnez accepter ces bijOUX ,
Que le fidf le O.smin of. re A votre excellence. »
Séliin, loul éloiiné, regarde, sourit, pense,
Admire la beaulc de clia(;iiedianianl.
Puis demande au dei vis par quel rare service
Il a pu mcriler un si noble présent.
• Puisque vous lordoiinez, dé| ouillanl l'artifice,
Je m'en vai.s devant vous lu expliquer librement.
Un bey devers le ciel médiiani sa retraite Confia re déjiôl à tues fidèles mains,
tu me priant, par noire saint prophète, De loi fi il' de sa pari au plus ou des humâ'tiS. J'ai beaucoup vova|;é, j'ai vu loule la Kratice, Les taapiisés de Rome et les nobles Germains, El loule ribérie avec ses capucins.
Et les Aii;;lo-Sa\ons qui e m queni de RoTiié; Mais, entre nous, pardon de ces mois indlsfréfi, bm- lani de ions divirs vous méritez la pommé. Le sultan, de sa giàic, au 'ordoii des mueLs A livre six vizirs dans le cours d'une ani'iêe, El v<iiis d'un <œur jo eux, bravaiil leur destinée, Vous aoeplez leur place! Aditu donc, bon succès; Tenez vo.is des deux ii.a n*, de peur d'Uiié «elOU.sse : Le cliemin est p,lissaul , et le diable (tous poussé. Je vais prier pour vos, et chez moi v ivre en pâlit,»
I e vizir fnt rappé d'une ICvOn si sa ;c.
Lue heur.- il v songea; ri. ais bientôt l'oKblîant,
Sur la foi des zé|ilivrs, il qu lia le rivaije,
Et crui que pour lui seul le verri serait consiant.
Londres. Vienne, Paris, et Napies, et RizancC Sont pleins (ie ces vizi s a. laines de pouvoir; J'en demande pardon à leur haute pni.ssance. Mais je rs .souvent d'eux dans mon petit manoir.
LE GliNlE ET LES DEIX FRÈRES.
V\\\e du ciel , aimable II iision i
C'usl oi ,c'e.sl loi dont P. euren e magie,
Ela lam les sens, et Irouipant la ra(,>on
^ous adiiiK il le senlier de la v le.
Eh! qui sans toi, le cerveau plein d'amoui',
S'allarPerail au (har d'une n:a. tresse,
Y ivveraitei laiiuit el le jour,
Les sens plonjyés dans une lon.'.ué ivresse?
C'esl ton ar. seul, Ion pre.sii,f,e erichafitenf,
Qnicoijvi riil les p«iilesen délices,
(Jui donne un diaine aot Irailsdc la laideur,
Ciian'ie en venus les iraver.< et les vices.
Par toi, L' Tajîse. en essuyant es pleurs,
U'un pied joveux moniali au Capilole;
Lin oriUïiédOvail voi. ses maliitur»
Emir au sein d'une féie rivole.
Qui Ile beau. é, sans ton presi ij je heureux ^
Irait de fleurs, de pierles couronnée,
E\irmtT des vuux .i l'autel d'hyméiiée?
Tu la séduis, tu inonires?i .«esyeux
Le beau lover d un jour délie leux >
Ton doux sourie Irompe même le sajé.
Au vif désir de l'imii.or.al lé,
A ce vain bruit , qui passe d'âge en âge,
Il sacrifie et jcunes.se el .sani \
l.ésar, épris d'un faiitonie de pili.ire,
Perd le repos, broie pour la Vicloirgj
Et des huma ns, ennemi déclaré,
Il les détruit pour en être admiré.
Par loi, l'iman, le dervis fanai i.-jue.
Dans la douleur irouve la volupté;
Enfin sans loi, l'Iiomme, désenchanté.
Serait I rappé d'un somiueil lélliaifilqae;
CONTES
Ce que je vais, avec fidélité.
Vous démonlrer dans mi conle authentique 0 dieu du Finde ! o div in Apidlon ! Et vous aussi vierjjes de THélicon, Laissez-moi boire aux sources d'Ilippocrène. Jean La Fontaine y but à tasse pleine; Pour moi , chélif , je n'en puis boire autant. Chacun sa pan , et la mienne est léjiere. Quoi qu'il en soit, je vais, à ma manière, Rimer ce fait, plus moral que plaisant.
Auprès d'Alep vivait un très bon père :
Ce cher papa , que l'on nommait Osman ,
Avait au ciel , dans Mars ou dans la lune ,
Pour protecteur le jjénie Onfalus ;
Chez les Persans cette race est commune;
Mais dans la Gaule , holas ! on n'en voit plus :
Ainsi tout passe. En e\halant sa vie,
Osman , en pleui'S, recommanda ses fils,
Ses chers cnfans, à ce puissant Génie,
Qui lui jura, par le dieu des houris,
Par Mahomet et par le Koran même,
De proléfier ses deux cnfans qu'il aime ,
Et d'exaucer le premier de leurs vaux.
Osman , plus calme, et n'aspirant qu'aux cieux,
Bientôt après délogea de ce monde,
Qui, malgré Pope, et Leibnilz, grand rêveur,
N'est pas, je crois, des mondes le meilleur.
Phébus encore avait les pieds dans l'onde.
Lorsque du ciel le léger habilant,
IN'ayanl pour corps nn'une télé et des ailes,
Se présenta devant les fils d'Osman.
0 vous, enfans du meilleur des fidèles,
Mes chers amis, leur dit-il lendrement.
Je suis chargé de voire destinée ,
Et je voudrais la rendie fortunée.
Formez un voeu , consultez votre cœur,
'Vos goùls divers, et surloul la sagesse.
L'ainé répond : -O mon cher bicnfailenr.
Qu'on est heureux lorsqu'on vous intéresse!
Voici le vd'u qui ferait mon bonheur :
Je veux goûter , et ce désir m'enllamme.
Tous les plaisirs de l'esprit et de l'àine.
Et l'amour pur, et la douce amitié,
La confiance et la tendre pilie;
Si l'apparence , ou quelque erreur m'abuse.
Ah ! lais,sez-ni i le bandeau sur les yeux.
L'homme est fragile, et c'est là son excuse :
Trop de clarté me rendrait malheureux.
— Mon cher enfant, vos désirs sont d'un sage;
Volie prière, ainsi qu'un pur encens,
De l'ïémen va monter en nuage
Aux pieds du Dieu , père des Musulmans.
Puis, d'un air doux , «'adressant à son frère :
«Hussan, dit-il ^Uussan élaitson nom),
A votre tour parlez-moi sans mystère :
Quels sont vos vœux ? • En inclinant son front,
Hu.s.san lui dit : «Suprême intelligence.
Frère chéri du prophète .Mahom ,
Je vous demande une hanle prudence ,
L'heureux talent de lire dans les cœurs,
De démasquer la soudjre hypocrisie,
Les faux discours, les visages trompeurs,
D'être à couvert de toute perfidie.
—Mon cher enfant, lui répond le Génie,
>ongez-y bien, vos vœux sont indiscrets,
D'un long ennui vous chargez votre vie.
Et vous serez consumé de regrets.»
Hussan persiste el rit de la menace.
< Vfius le voulez ; j'ai juré , j'y consen
Avec douleur. Prenez ce talisman ,
Que le chalon de celte bague enchâsse;
Voici comment il faut vous en servir :
Lnrsqu'en secret vous voudrez découvrir
D'un cœur suspect les désirs, la pensée.
Adroitement tournez vers lui l'anneau;
Vous y lirez , comme sur un tableau ,
Ses vœux présens, sa conduite passée.»
Après ces mots, s'élevant dans les airs,
Il se perdit dans ce vasie univers.
Le jeune Hus.san crut alors sur sa tétc
Voir s'élever léloile du bonheur.
Tel un amant, nar une douce erreur.
Croit d'une belle avoir fa t la conquête.
Si sur son front brille un souris flatteur.
Dans ce temps-là , Bagdad élait l'asile
Où les plaisirs, l'opulence et l'amour
Avaient fixé leur brillant domicile.
L'heureux Hussan partit pour ce séjour.
• Nul ne pourra, disait ce nouveau sage ,
M'en imposer. Pour moi plus de nuage;
Je percerai mus les replis du cœur.
L'homme aura beau, dans son hypocrisie.
Parer .son froni du masque de l'honneur.
Et nos houris, d'un voile de candeur
Couvrir le jeu de leur coquetterie;
A mes regards le masque tombera.
Vices, défauts, rien ne m'échappera. »
Rêvant ainsi, sur son grand dromadaire,
11 arriva vers la nuit, un peu isrd.
Dans la cité qni chéril et révère
Le vieux Ali , grand ennemi d'Omar.
Dans peu dejo irs il fil la connaissance
D'un jeune Arabe, ami des doux plaisirs,
Dont la bonté, la facile indulgence,
Par mille soins prévenait ses désirs.
Cet homme avait pour .sœur la belle Elmire,
Qu'ornaient la fleur, les grâces du printemps:
De grands yeux no'rs , un aimable sourire
Menaient en feu l'àme des Musulmans.
Le jeune Hussan , dans une joie extrême.
D'abord l'admire, el puis lendrement l'aime;
Deux jours après, cet objet attendri
Lui fait l'aveu qu'elle l'aimait aussi.
En lui jurant une flamme conslaiile.
Qui peut douter des sermens d'une amante?
La confiance est le nœud de l'amour :
Hussan crut voir naître le plus beau jour.
Mais, par malheur, la bague trop sincère
Lui révéla que le fils d'un cadi
Était aimé, bien plus aimé que lui.
Ce double amour , qui rarement peut plaire,
Du tendre Hussan éteignit les doux feux.
Il lui reslait l'attachement du frère.
Et pour chasser tout doule injurieux,
Au talisman il fil jouer son rôle.
11 reconmu, dieux! qu'il en fut surpris!
Que cet Arabe , aussi faux que frivole,
CONTES
Par inlértt rrcliercbait des amis :
Qu'il les qiiitlail comme oharoe importune,
Dès que loin d'eux s'envolait la fortune.
Hussan , instruit, alla sans diffêier,
Prendie congé de ce céuéreux frère.
Et de la sœur qui feignit de pleurer.
Le vieux hasard qui {;ouverne la terre
Lui fit bientôt trouver sur son chemin
.\chmet le riche, un ami de son père,
Lequel l'aborde, et lui serrant la main ,
L'embrasse et puis le mène à sa famille ,
Et le présente à sa femme, à sa fille.
On le caresse , ou le fête à l'envi ;
Soins et regards tout est fixé sur lui.
Soir et matin, une chère excellente;
Deux fois par jour il buvait le .sorbet;
Et, le dirai-je? oui , malgré Mahomet,
On lui servit la liqueur enivrante.
Présent de l'ile où Vénus se plaisait;
El bien souvent la jeune et belle Achmct,
En souriant, la versait elle-même;
Et sou regard lui disait ; Je vous aime.
Enfin, Hussan est heuieux comme un roi ,
J'admets qu'un roi le soit plus qu'un autre homme;
J'en doute un peu. J'aimerais mieux pour moi.
Un petit bien , bons livres qu'on renomme.
Douce moitié , que l'empire de Rome.
Mais son bonheur fut le songe d'un jour.
Hussan bientôt fut pressé de connaître
Ce vieux Aclimet dont le zèle et l'amour ,
En le flattant, le surprenaient peut-être.
L'anueau fatal ouvrit le cœur d'Achmet;
Hus.san y lut que ce sexagénaire
Si prévenant, tendre ami de sou père,
Avec humeur, dégoiU, le supportait;
Wé fastueux, mais rongé d'ararice,
Sa vanité luttait contre ce vice.
Et par orgueil, en gémissant tout bas.
Avec grand faste, il donnait des repas,
Et refusait des secours à son frère,
Qui , loin de lui, vivait dans la misère.
Ce n'étaient pas ses plus grandes erreurs
Hussan apprit qu'.Vchmet, danssa jenne.sse,
Avait par ruse et par subtile adresse,
A la fortune arraché ses faveurs.
Qu'ayant enfin bien arrondi la somme
De ses écus, il se fit honnèe homme.
Ah! que de gens, très brillans aujourd'hui
Et pleins d'honneur ont fait ainsi que lui !
Quanta sa fille, infante abandonnée.
Le cél bat beaucoup la fatiguait.
Et pour époux Hussan lui convenait ,
Espérant bien qu'à l'ombre d'hymenée.
Sous ses drapeaux elle pourrait un jour
Facilement se livrer à l'amour.
Le jeune Hussan , frappé de ce beau zèle.
Sans dire un mot , but un coup de sorbet
Et s'échappa quand la nuit commençait,
Kecommandant le mari de la belle
Et son vieux père au divin Mah')met.
Hussan avait, la chose était secrète,
Eu le bonheur d'obliger un émir.
Un descendant, uu fils du grand prophète,
De plus , l'ami , le parent du vizir.
C.H homme avait une vive éloquence, l'a) lait au mieux de la reconnai.ssance, Au cher Hu.ssan a.ssurait .sa faveur , Lui promettait et richesse et grandeur.
L'ambition est une maladie Du cœur humain difficile à guérir ; Suivant Platon, c'est sottise ou folie.
Mais à quoi bon là-dessus discourir?
Vouloir guérir des fous n'est pas d'un sage. L'heureux Hussan crut voir entrer chez lui Dame Fortune en pompeux équipage; Il est pacha , grand seigneur ajourd'hui , Demain vizir : six mois, et plus encore; Il voit en rêve un avenir si beau.
Enfin , lassé , ne voyant rien édore , Il a recours à son fidèle anneau.
Il découvrit que , sous un air honnête, Lu front riant, ce grand seigneur cachait L'orgueil d'un sot, fier d'avoir sur sa tête Le turban vert légué par Mahomet, Et que de lui sa grandeur se moquait.
Des turbans verts telle était l'insolence: J'ai vu poui- moins encor plus d'arrogance. Peu détrompé, rempli d'un vain espoir, Hussan chercha , fit d'autres connaissances, D'autres amis, trompeuses espérances!
Hélas ! il vit , ou du moins il crut voir Que l'égoisnie habitait sur la terre; Que l'amitié, l'amour, la bonne foi Étaient des mots qu'en public on révère, Mais qu'en secret chacun n'aime que soi. Enfin , la.ssé de tant de perfidie.
Plus las du monde, épris d'un vain courroux, Le triste Hussan alla finir sa vie Dans un désert, noir repaire des loups. Plus belle fut cent fois la destinée d'Osman l'aine ; la paix, la douce paix De son printemps fila chaque journée; Le dieu d'amour y mêla ses bienfaits.
Plus d'une lois il fut trompé, je pense; Les rois le sont, c'est le sort des humains; Mais confiant, enclin à l'indulgence.
Rien ne troubla ses jours purs et sereins Il prit ensuite une fennne fidèle, IN'ul doute au moins n'affligea ses esprits; Et naviguant dans sa douce nacelle, Il côtoya des bords toujours fleuris :
Tant il est vrai qu'amour et confiance Pour être heureux sont les meilleurs des lots. Le cœur humain ressemble à ces tableaux Qu'il ne faut voir qu'à certaine dislance. Mais que devint le fatal talisman ?
Je n'en sais rien : il est, dit un Per,san, Avec l'anneau de la belle Angélique, Avec celui qu'un beau jour dénicha L'heureux Gigès dans une tombe antique : Cherchez, messieurs, vous le trouverez là.