‹ Œuvres complètesChapitre 210 sur 416 · nlin , furieux . et perdant tout espoir · texte numérisé non relu

nlin , furieux . et perdant tout espoir

Chez le cadi courut en diligence

Et lui conta son étrange ii;alheur.

Ce juge élait homme de sapieuce ,

De l'injuslice équitable vengeur,

El renfermait sous sa vasie moustache

L'esprit d'un sage et l'àine d'un Caton.

Très indigné d une action si lâche,

■ Osmin , dit-il, Achmet csl un Iripon,

Je le savais: mais garde le silence.

Feins d'oublier ce fourbe et ton argent ,

Je te dirai le jour et le moment

Où tu pourras réclamer ta créance.

Osmin promit exacte obéis.sance.

Huit jours après, le cauteleux cadi

Fit appeler le derviche chez lui ,

Lui dit : • Achmet , je connais ta sagesse,

Ton zèle ardent et ta délicatesse;

Chacun te loue et le ciel te sourit :

Dans riudoslan je vais faire un voyage;

Je partirai sans apprêt et sans bruit ,

Et je voudrais dans l'asile d'un sage

Mettre en dépôt quatre mille sequins;

C'est à toi-même, en tes fidèles mains.

Pour me les rendre, en cas que je revienne;

Mais si la mort me surprend en chemin

vLa >ie, helas! est chose peu certaine)

Tu verseras, d'une discrète main ,

Tout cet argent dans notre sainte ville

Sur le malheur et sur la pauvreté :

Fais pour le mieux.— Cher cadi . sois tranquille;

Ton or sera dans un secret asile

El sous la clef de la fidélité.

Vas , pars en paix , que les anges fidèles

Suivent les pas , te couM-ent de leurs ailes! »

Apres ces mots, ce sage et doux Achmet

Alla chez lui, conleni de sa journée.

Fumer sa pipe et boire le sorbet.

Lors le cadi fil savoir en secret

Au bon Osmin que sa cause est gagnée.

Qu'il peut aller demander son argent :

Sansdiférer il y cour! leslement.

Or le i^erv is , renard plein de finesse

Vit qu'il I allait agir avec adresse,

Abandonner un malheureux moineau

Pour prendre au piège un riche et bel oi.seau;

Et des qn'Osmin entra dans sa demeure,

Il s'écria : "Mon ami! que je meure,

Je t'atlendais, désirais Ion retour.

Comme eu hiver ou désire un beau jour.

J'ai reirouvé dans le fond d'une armoire

L'heureux dépôt à ma foi confivî,

ISe sais couiincnt je l'avais oublié :

Un rien de l'homme affaiblit la mémoire. •

Osmin lépond : ■ Chacun sait que Ion cœur.

Est le séjour, le temple de l'honneur. •

Il dit et part, semblable dans .sa joie,

A ce renard qui luit avec sa proi.'.

Quand le cadi sul qu'il était payé,

Il fil venir Achmet, lui dit ; ■ Écoute:

Un bruit t'accuse, et c'esl à tort sans doute,

D'oser nier un dépôt confié?

— Qui , moi ? cadi ; c'est une calomnie :

Mon cœur est pur comme un rayon du jour;

J'attesie ici l'ange de ma patrie

Et Mahomel ; qu'ils parlent à leur tour.

— Ils ont parlé : le prophète m'ordonne

De l'honorer de cent coups de bàlon. ■

De noirs, soudain, un grave bataillon

De lui s'empare et l'attache et lui donne.

Malgré ses cris, sur la plante des pieds.

D'un fort bàlou cent coups bien appuyés.

Apres qu'il eill subi ce doux supplice.

Chez les bons Turcs, je crois, assez fréquent.

Le fin cadi dans sa barbe riant ,

Lui dit : • Dervis, je l'ai rendu justice;

Vas-t'en gaimeiit,et loin de m'en vouloir.

Cours publier que j'ai fait mon devoir. »

Achmet sortit, le front triste, un peu blême.

Jurant loiil bas, maudissant les cadis,

Osmin, la Mec(|ue et Mahomet lui-même.

Aussi , pourquoi ce bienheureux dervis

rs'e venait-il au beau pays de France

CONTES

Pour exercer ses talens en finance; Là vainement Théniis l'aurail cilé Devant sa cour, an pied de sa balance: Les douze pairs l'auraient tous aci|uitlé.

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