‹ Œuvres complètesChapitre 226 sur 416 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MÉTASTASE, PERNETTl.

PEBNETTI.

Elil bonjour, notre ami; dans l'élude déjà? Quel zèle surprenant ! si malin à l'ouvrage? Vous allez enchanter le docteur Bourrasca. Vous ne répondez rien ? qu'a»ez-vous? Quel nuage?

MÉTASTASE

Mon ami , je suis mort, allerré , confondu I

PFRJIETTl.

Et qui vous a tué , si plein encor de vie?

MÉTASTASE

IJn esprit infernal nommé la Poésie.

PEBNETTl.

C'est mourir, mon très cher , comme l'on a vécu.

MÉTASTASE

.Te vous crois très discret.

PERNETTl.

Vous me rendez justice.

Ainsi, parlez sans crainte.

[métastase.

Helas ! pour mon supplice.

En secret, dans vingt jours, j'ai fait un opéra.

PEBNETTl.

Un opéra! qui! vous? malgré voire parole! O crime! 6 trahison ! que dira Bourrasca ? Que diront .^Ipien , l'ombre du grand Barthole? Et votre père aussi . lui qui , sage el prudent. Vous envoya de Rome ici très promplement , Pour guérir votre tète, hélas ! 1res peu guérie. Des vapeurs de l'amour el de la poésie !

MÉTASTASE

Il est trop vrai !

PERNETTl. ,

Rimer à la barbe des gens!

Malgré Minerve , soit ; mais malgré ses parens !

MÉTASTASE

Pour affaiblir mes tons , j'ai peut-être une excuse.

Écoulez ce récit , voyez si je m'abuse.

Le deux du mois dernier, notre cher vice-roi,

Désirant, pour fêter sa fille la marqui.se,

Avoir un opéra . jela les yeux sur moi.

11 me fil appeler. .lugez de ma surpri.se !

J'y courus en tremblant ; son aimable souris.

Son accueil gracieux calmèrent mes esprits ;

Mais mon sang se glaça lorsque son excellence

De ses desseins sur moi me fit la confidence.

Moi , des vers , monseigneur ! m'écriai-je effrayé ;

i\on , non . je ne Iwis plus des eaux de l'Hypocrène ;

J'étudie aujourd'hui , d'.\pollon oublié.

Les pandecles, les lois el de Rome el d'Athène!

Ab! si vous connaissiez ce Cujas d'aujourd'hui,

Le seigneur Bourrasca , sa mine sombre et blême,

.Son horreur pour les vers; ah ! monseigneur, vous-même

Vous n'oseriez citer un .seul vers devant lui.

Le prince , en souriant , me promit son appui ;

A des piopos flatteurs ajouta la prière ;

Comment lui résister ? J'étais srtr du secret;

Il tlallail mou penchant, ma verve s'échauffait ;

.le cédai ; je promis que ma muse légère Remonterait .sa lyre et tâcherait de plaire. Oserai-je ajouter ce qui me décida?

Ce fut le doux plaisir de chanter la marquise, L'heureux espoir de plaire à l'aimable Rosa !

PERNETTl.

A sa fille?

MÉTASTASE

Oui , mon cher , mon âme en est éprise.

PERNETTl.

Vous la connaissez donc ?

MÉTASTASE

Je sais qu'elle chérit , Protège les beaux-arl.s ; qu'au charme de l'esprit , Elle unit la fraîcheur , les grâce» du bel âge ; Je sais que je l'adore , en dépit de son rang , El cependant jamais je n'ai vu son visage.

PERNETTl.

Je vois que vous pourriez , heureux et tendre amant , Avoir tous les huit jours nne bonne fortune. Aimer une princesse en Chine ou dans la lune.

MÉTASTASE

Non , non , je n'aime point un objet idéal ;

Vous allez en juger. Elle clail dans un bal ,

Avec art de gui.sée , et vêtue en bergère.

Moi , d'un gros procureur, j'avais l'air et l'habit.

Le bal était charmant. Quel tumulte ! quel bruit !

Les femmes , à mes yeux, étaient toutes jolies ;

J'allais de l'une 5 l'autre, et di.sais des folies.

Je soupçonne un Romain de m'avoir reconnu ,

Et d'avoir dit mon nom à la jeune marquise.

Elle vint m'agacer ; el d'un air ingénu ,

Me parla de mes vers, de Rome et d'une Lise

PERNETTl.

Que vous aviez aimée ?

MÉTASTASE

Un peu ; tout un été.

Je réponds , je m'anime , et tendre avec galté , Je prodigue l'encens, lui dis que je l'adore : Elle était ravissanle , et pétillait d'esprit; Enfin quelqu'un tout bas , un masque que j'ignore. Vint me dire son nom ; un te! nom me surprit ; Mais bientôt ras.suré , peut-être plus .séduit , Je redoublai d'ardeur, d'enjoi^ment et d'audace. Hélas! le bal finit , et depuis , ô disgrâce ! Je ne l'ai plus revue.

PERNETTl.

El vous l'aimiez déjà ?

MÉTASTASE

Comme un fou.

PERNETTl.

Je vous plains, vraiment.

MÉTASTASE

Pourquoi cdai

PERNETTl.

Vous , simple citoyen , fils obscur de la rime.

MÉTASTASE

Un enfant d'Apollon peut adorer \"énus.

PERNETTl.

C'est un beau privilège.

MÉTASTASE

Oui , sans doute. De plus, Deux jours a|)rès ce bal , sous un voile anonyme, Je lui fis des couplets qui lui sont parvenus.

LE JEUNE MÉTASTASE A NAPLES

Enfin , voici comment vous pouvez m'étre utile ; ' On a représenté mon dianie cette nuit ; J'avais pour spcclateurs et la cour et la ville, Tout Naple ; et sur mou sort je ne suis pas instruit. Jugez de mou état, si mou âme est tranquille ! Je suis sur un brasier : rendez-moi le repos ; Allez , interro;;ez la vai;ue renommée; Entrez dans les cafés , écoulez les propos Desallans, desvenans, des beaux-esprits, des sols. Courez, mon cher, volez ; de mon âme entlanunée Satisfaite les vœux : surtout cachez mon nom.

PEKBÎETTI.

Je vais donc , iiour savoir le succès de vos veilles , Aux bavards des cafés prêter mes deux oreilles ; Mais le mal qu'on dira , dois-je le taire ou non .'

BJÉTASTASE.

Soyez vrai : la critique est utile à mon âge ; C'est l'astre qui conduit le nocher incertain.

PERNETTI

Il suffit. {Il sort.)

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