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RÉFLEXIONS SUR LA COMÉDIE DU FLATTEUR

Loriiquc j'entrepris de traiter le earaitére du Flatteur, je sentis les difficultés qui deva eut naître d'un pareil sujet chez un peuple dont la polilesse est en quelque sorte le voile et le suppU^nient des mœurs. Je jujjeai bien qu',*! Londres ie Flatteur serait un caractère plus théâtral, plus piquant pour le public. La tialterie n'y est pas le lanfjajïe, le ton ordinaire de la .société, l'Iiabitude générale des esprits. Londres offre des caractères tiers , criginanx, tranchans, et quelquefois agrestes, propres à former les contrastes les plus heureux : de IJ naiiraient sans peine plus de jeu, plus d'effets et plus de bien\eillancepour l'auteur qui dénonce un fou. lie A la soiiété.

Un fourbe!... oui.j'o e le dire, malgré les cris de réclamation, qui m'ont élraiigeinei;t surpris. Si la flatterie est un mensonge autorisé par l'usage quand il peut être sans conséquence, commeril supposer de la droilure , de l'intégrité dans un homme qui se fait un jeu , une habitude de ses mensonges, qui les prodigue à tout ce qui peut lui être utile ,qni ose à tout moment tiahir la vérité et mentir à sa conscience? Un Hatleur par système n'est qu'un foui be , qu'un hypocrite. Le larlufe civil et religieux n'eut pour but que de tromper les hommes: l'un en abusant de leur crédulité, et l'autre de leur vanité.

Tel est le caractère que j'ai voulu traduire sur la scène; il lui fallait un théâtie. La cour était sûrement celui qui lui convenait le mieux : là, j'eusse, pour ainsi dire, mis en action ces deux vers de Racine :

DC'teslables flatteurs , présent le plus funeste Que puis.se faire aux rois la colère ct^leslc '.

J'avais même tracé mon plan d'après cette idée; mais quelques amis éclairés à qui je le confiai , en approuvant le projet , me dissuadèrent de l'exécution si j'aspirais aux honneurs de la représenlatioii.

Quoique je visse à regret disparaître de ma pièce les grands mouvemens et un intérêt de situation qu'il m'était impossible de conserver ailleurs, je persistai à tiaiter ce caractère. La flatterie , disais-je, se propage , empoisonne les sources publiques; et il serait à souhaiter qu'une bonne comédie, en nous dévoilant toute l'astuce et la bassesse des flatteurs, en purgeât la société, ou arrêtât du moins l'aclivité de leur poison.

Pour avilir ce caractère , et le couvrir de l'indignation publique , je lui refusai la bravoure. Saint-Firmin iiriié contre Dolcy, lui demandait raison de ses perfidies : Dolcy, poussé un peu vivement, avait l'air d'accepter le rendezvous; mais .son valet venait annoncer au jeune militaire que, retenu dans ce moment par Richard. Dolcy le priait

• Phèdre, acte iv, scène vi.

d'attendre jusqu'au lendemain. Le public s'est récrié contre ce signe de lâcheté, et il n'a pas voulu considérer qu'un auteur dramatique ne doit point ennoblir un caractère vicieux; qu'un flalleur par système n'est qu'un être vil et bas; et que, si l'on trouve parmi ce qu'on appelle aujourd'hui les roucx , gens sans mnurs et sans principes, et parmi les fripons des êtres braves et courageux, ils font exception à la règle. La ma.s.se de cette espèce ne peut qu'être lâche et rampante. Le vrai courage suppose l'élévation et la nobles.se de l'âme; et j'ose mettre en fait que tout homme qui aura reçu de la nature un caractère prononce, une âme énergique, élevée , ne sera jamais un flatteur par système.

Si ces principes sont vrais, si la donnée du Flatteur était exacte , j'étais fondé à présenter mon héros sous les couleurs les plus odieuses. Mais on n'a voulu voir dans le Flatteur qu'un homme de société, pare de toutes le* grâces de la politesse; de ces gens à qui l'on pardonne aisément un peu de fausseté en faveur de la siiaiilé de leur langage. O mes conlemporains, s'écrierait un philosophe, vous aimez la flatterie plus que la vérité!

Après avoir rendu compte, en général, du projet de ma pièce et de mes vues, je ne descendiai pas dans les détails; maison me permettra de dire un mol du person nage de Germain, que l'on a censuré peut-être avec trop de rigueur, ,1e sais qu'il aurait mieux valu tirer tout le comique de la pièce, de mon héros, plutôt que des personnages secondaires; mais le caractère du Flatteur .semble .se refuser â cette grande règle; il n'est ni as.sez comique ni assez théâtral par lui même pour n'avoir pas besoin d'être renforcé. Mais si ce Germain sert à développer et à prononcer le caractère du Flatteur en jeta t du comique dans l'ouvrage, j'ose dire que ce personnage n'est point hors d'œuvre. Le reproche qu'on fait au Flatteur de ne pas sentir que Germain peut être démasqué, me parait aisé â rcfuler. Dolcy lui doit vingt mille francs, et il est vivement pressé par une semence ; il ne peut reculer ni choisir ses moyens. H s'agit de s'acquitter, de conclure son mariage. Arrivé au terme de ses vœux, il s'inquiète peu que ses pièges soient découverts; il l'a dit au second acte ;

Mais si j'allcins le but , sur le rivage assis , Je renverse l'autel et méprise l'idole.

Et de plus, ce faux savant lui .sert encore à enivrer la sotte vanité du bel-esprit Richard.

Au reste, c'est moins l'ouvrage que je veux ju.stifier ici que mes inlenlions. S'il en est des ridicules et des vices comme des épidémies qui gagnent la société à certaines éporpies , par exemple dans les siècles de luse , à la décadence des mœurs, l'iiounne qui enireprend d'en esqui.«er le taljleau, pour en présenter la difformité, mérite au moins l'indulgence de ses concitoyens.

PERSONNAGES

rOICY, flattrnr, RICHARD, Hiaiicicr, MKI.COtrR, père de Sophie, SAliM-FIRMIN, diiianl de ^ophie, GbRMAIM, nureband bijoutier.

LE FLATTEUR

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