SCÈNE V
RICHARD, DOLCY, GERMAllV.
DOLCY , à Germain.
Avancez donc.
(^ Richard.) Le respect l'intimide.
ii/aut.) Voilà monsieur Germain , le successeur d'Ovide, Ce savant peu connu , mais votre adniiraleur.
RICHARD
J'aime les gens d'esprit ; leur commerce est utile. Et ma maison fut toujours leur asile.
CERIHAIN.
Vous êtes leur Mécène.
DOLCY.
Et même leur rival.
CERMAl^.
L'Hypocrène est pour vous une plaine fertile.
RICHARD, lya-i à Doky.
11 a bien d'un savant le trait original ; Le teint pâle, l'œil creux.
DOLCY, à Richard.
De plus il est modeste.
RICHARD , à Germain.
Je connais vos malheurs ; mais un appui vous reste.
CERMAIN.
Je sais que monsieur le marquis,
Protecteur éclairé des arts et du génie
DOLCY, à Germain.
Oui , monsieur le marquis a mille dons exquis. Mais apprenez surtout qu'il hait la flatterie.
{Bas A Richard.) Lui trouvez-vous un peu d'esprit ?
RICHARD , bas à Dolcy.
Sans contredit :
Il me plait.
DOLCY, bas à Richard.
Je le crois ; l'esprit séduit l'esprit. RICHARD , à Germain.
ttes-vous occupé de quelque grand ouvrage? Jouirons-nous bientôt du fruit de vos talens ?
CERUAIN.
Oui, monsieur le marquis ; je fais quelques enfans : Nous autres geus d'esprit , c'est là notre apanage.
DOLCY.
La gloire fut toujours la chimère du sage, il compose un pocme.
CERMAIN.
En vers.
RICHARD
En vers libres ?
CEBMAIIV.
Oh ! non ; je n'ai pas ce travers :
J'ai l'oreille trop chaste ; et loujours la décence
RICHARD
En vers alexandrins?
CERMAIIV.
Non ; c'est en vers français.
LE FI,ATTEIIU.
Si je parlais b(iii , qui m'entendrait en France? Pas même les abbés.
DoicY, bas à Ocnnain.
Bravo.
eERMMN , bas A Doit y.
Ouand je m'y mets....
RICHARD , bas à Dolcy.
Il est malin.
BOLCV, bas à Richard.
C'est un autre vous-même.
Peut-on savoir le sujet du poëme?
GERMAIiy.
Oui , monsieur le marquis ; ce n'est point un secret. {Bas à Dolcy.) Aidez-moi donc.
DOIXY.
11 est sur la richesse.
RICHARD, bas <l Dolcy.
On ne le dira pas rempli de son sujet.
DOLCY.
Le mot est très heureux ; il est plein de finesse.
RICHARD , ^î Germain.
yue diles-Tous d'Homère et de ses vieux écrits?
CERMAIIN.
Ma foi , je n'en dis rien, .l'ai toujours pour maxime De parler peu , de taire mon avis.
DOicY , (I Germain.
Avouez-le pourtant , vous le trouvez sublime , Divin?
GERMAIN
Parbleu ! je le crois bien.
Cet homme assurément n'était pas Grec pour rien.
DOLCY , bas à Richard.
Et ce bon mot ?
RICHARD , bas à Dolcy.
Charmant ; l'épigramme est subtile :
Je voudrais l'avoir faite.
DOLCY , bas A Richard.
Elle est digne de vous.
RICHARD , à Germain.
Lequel préférez-vous de Lucain ou Virgile?
CERMAIN.
Mais vous m'embarrassez. Cependant entre nous....
{A Dolcy.) Que diable !
DOLCY, bas A Germain.
Allez toujours ; il en sait moins que vous.
GERMAIN
Lucain n'est pas un sot ; Virgile n'est pas bête.
DOLGY.
Virgile est son héros.
GERMAIN
C'est qu'il e.st très honnêlc.
Bibendo castigat mores.
RICHARD
Que direz-vous de sa Didoii ?
GERMAIN
Mais.... que c'est une femme. Elle est morte , dit-on ?
DOLCY , à Germain.
Étes-vous partisan de la scène tragique?
GERMAIN
Beaucoup: les cris, le sang, les soldats, tout le train ; Cela me fend le cœur ; j'aime le pathétique.
Je reconnais le sensible Germain.
RICn.lRD.
De Crébillon j'admire !e génie ; Il est sombre et tragique.
GKRiiAir;.
Oui , dans la tragédie.
RICHARD
C'est lîoileau qui l'a dit ; il ne peut s'égarer ; Pour arracher des pleurs, il faut faire pleurer.
DOLCY.
Ah ! monsieur le marquis, quelle heureuse mémoire! (A Germain.) Et l'épitredédicaloire Que vous devez nous lire, il en est temps.
GERMAIN
Si monsieur le marquis le permet?....
RICHARD
J'y consens.
Et je vais vous prêter une oreille attentive.
DOLCY, à Richard.
Son style vous plaira, sa manière est naïve.
GERMAIN, lisant.
«Épiire dédicatoire à très haut et très puissant sei- • gncur, mo.:sieur le marquis de La Mésangerie. »