‹ Œuvres complètesChapitre 340 sur 416 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MILADY, DUBOIS

DUBOIS

Votre projet, madame, est singulier, unique.

iniLADY.

On ne m'offensera jamais impunément.

Comment! Anglaise el femme, et mon âme apathique Dévorera sans bruil un affront si sanglant ! Mais j'ai besoin de toi : je compte sur ton zèle , Sur la discrétion d'un fidèle témoin.

DCBOIS.

Miladv doit savoir qu'au-dessus du besoin , C'est mon attachement qui me fi\e auprès d'elle. Mais pour mieux vous .servir daignez me mettre au fait, Me confier les plans de monsieur de Florville.

MILADY

Écoute et sois discret. Lord Charles Sakerville,

Depuis plus de six mois, m'offrait ses vœux, m'aimait,

El je l'aimais aussi ; deux perfides coquettes ,

Déployant à l'cnvi leur art insidieux,

L'ont surpris , enlacé dans leurs chaînes secrètes.

On m'en instruit : soudain, l'air calme et sérieux.

Je lui défends de voir ces beautés qu'il adore;

Il s'excuse, il promet. Un mois après ou deux ,

On m'apprend qu'en secret il les voyait encore :

Alors sans m'expliquer, sans vouloir rien ouïr

Je lui défends ma porte.

DUBOIS

Eh ! quoi , sans rien entendre ?

MILADY

Tel est mon caractère , il devait m'obéir. Mais voici mon projet : il pourra te surprendre. Je veux le supplanter et le chasser d'ici , Et punir à la fois l'une et l'autre coquette.

DCBOIS.

Ce plan est magnifique. Et comment ?

MILADY

Le voici.

En feignant de briMer d'une flamme secrète, . .L En prodiguant l'encens, les soupirs tour à tour. Caressant leur orgueil et leur parlant d'amour.

DCBOIS.

Que fera Milady de l'amour de ces dames?

MILADY

Tu le sauras. Apprends que déjJi dans leurs âmes, Quoiqu'inconnue encor, j'ai fait de grands progrès. Sans doute que tu sais la fêle magnifique. Que donna l'autre jour l'envoyé de Belgique, Ce bal masqué?...

DCBOIS.

Vraiment oui, je le sais.

MIIADT.

C'est là qu'adroitement je tendis mes filets. D'un domino vêtue et sous un faux visage

LES RIVALES

J'cnrensai , j'ai'oiai ces belles tour à loiir :

On me trouva cliarmaiil : o!i reçut mon hommage;

re(|iii vaiil mieux encore, ou crut à mon amour.

Hier pour assurer ma ;;l(Mre et lenj' ileraile,

A chacune en secret j'envoyai calamiiienl

Des couplets amoureux reniés par un poète.

DUBOIS

Mais, madaine, nialii;ré votre déjïui.sement, Vous ne craignez donc pas d'être ici reconnue?

MH.ADÏ.

Non , ces daines deux (ois au plus m'ont aperçue Au Thi'âtre-Français et 1res rapidement.

D'ailleurs, elles croiront , me sachant élrangère Qu'i peine tout au plus j'ànonne le français : Depuis peu seulcmeiii j'ai quitté l'Anjjleierre, Un an après la mort d'un mari quej'aimais. Il est vrai qu'à Paris j'ai passé mon jeune âge El dix ans de couvent ont lormé mon langage.

UlIBOIS.

Mais milord , dites-vous , vient ici tous les jours , ■Vous vous rencontrerez, vous ne pourrez toujours...

aiii.AEï.

11 est à la campagne , au château de Bernage. Te connail-il?

DUBOIS

Lui ? non. .le ne suis à Paris Que depuis quinze jours... j'arrive de voyage...

MIL.IOÏ.

Tant mieux. Rappelle- toi mon nom et mon pays Je suis mousieur Florville, un ci-devant d'Alsace.

DUBOIS

Qui vous présentera?...

MiLADY.

Moi. J'aurai cette audace.

DUBOIS

Conduit par l'amour.

MILADY

Sors. C'est elle que je vois.

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