SCÈNE IV
MILADY, MADAMK BLAINVILLE.
MVDAMK BLAmviLI.E.
Mille pardons, vous m'attendiez peut-être?
MILADY
On l'oublie aisément dès qu'on aous voit paraître.
MADAME BLAl.WlLLi:.
(J part.) Je ne le connais pas. Il se trompe, je crois.
MILADY
Daignerez- vous, madame, excuser mon audace?
MADAME BLAlKiVILI.E.
J'en sais peu le motif. Kxpliquez-vous, de grâce.
MILADY
Peut-être, il vous .sou vient du bal de l'antre jour?
MADAME BLAIMVILLE.
Oui , monsieur.
MILADY
Mais pardon ; vous so',ivicnt-il , madame, D'un jeune homme empressp , qui vous y fit la cour Et qui br,.lail pour vous de la plus vi\c flanii'.ie?
M Vn>ME BLAINVILLE.
Oui , j'en ai quelqu'idee , et vous le connaissez ?
M.LADY
Oui , c'est moi-même.
SIADAMI! BLAINVILLE.
Vous?
MILADY
Dans mes vœux insensés, Agité par l'amour, la cra-nte, rcS|ii:rance, Mon cœur ose compter sur un peu d'indulgence.
M\D\ME BLAlfiVILLE.
Un amour si rapide animé dans un bal Touche des sa uaissance à son tenue fatal.
MILACY.
Je m'en vais vous parler, madame, avec franchise. J'entre au bal, vous dan-iez , souffrez que je \o;isdise, On n'a point dans cet art plus de grâce que vous. Je regarde . j'admire ; un charme des plus doux M'enlraine, mesiduil; tout mon être s'enflamme: Bientôt j'ai le bonheur de vous entretenir : Que l'esprit a d'aiti ait , rie pouvoir sur une âme ! Vos grâce.s, vos appas venaient de ni'eblouir; Votre esprit pour jamais assura ma défaite.
MADAtiE BLAIINVILLE, li //ar<.
Sa conquête est brillante et ma gloire complète.
MILADY
Daignez-vous pardonner à ma témérité ?
MADAME BLAI .VILLE.
On excuse votre âge et sa naïveté.
J'espère le ravir 5 la tendre Emilie.
A propos, ma cousine , elle est vraiment jolie. Au bal vous lui jetiez des regards assez doux , Et \os yeux paraissaient s'animer auprès d'elle-
MILADY
Il se peut : mais elle a , quoique jeune , assez belle , Un très grand tort.
MADAME BLAl.^ViLLE.
Lequel?
MILADY
C'est d'être auprès de vous. Selon moi, la beauté qui commence d'édore Ke parle point au cœur, c'est le ji ur de l'aurore; 11 brille sans chaleur. Pour lixer les amours 11 faut qu'un doux objet dans le sein des beaux jours Ait orné son esprit d une culture aimable ; Que ru'a;;e du monde c. son urbanité , Répande sur ses ira Is ce charme inexprimable, La grâce , ce piquanl , plus doux que la beauté ; Enfin, il faut unir a-nsi que vous, madame. Les dons de la fi ;nre aux dons heureux de l'âme.
MADAME BLAirVVILLE.
Vous savez avec art dessiner les portraits.
Mais , vr.iiment , i ons m'a\ ez envoyé dis couplets ,
Ils sont tendres, gal.uis, vous êtes donc poète?
MllAÛY.
Oui, grâces à l'amour, Apullon n'en sait rien.
UADAMK BLAmVILIE.
J'en voudrais saMiir l'air : peut-être je m'abuse. Mais vous devez chauler?
MIIADY.
^oll , ma voix s'y refu.se.
Je me crois, cependant , assez musicien Pour pouvoir vous iio'er un air aus.>i facile.
MAD.iME BLAI>' VILLE.
Ce sera ni'obliger.
LES RIVALES
MlîADY.
J'ohéis aiissilot.
Le premier de mes vœux esl de vous élre ulile.
MADAME BL\IN' 1[.IE
J'ai sur moi, jiist'iiieiil le papier qu'il vons faut, Et I;) tout pi-ès de vous, vous avez une table.
[M lai y va écrire.) [Â pwt.) Il est délieieux, on n'est pas plus aiuiable.
(Hwil.) A propos, Emilie , hi'las! la cIk re en''ant, Elle garde la cliauiljie ; inie lo;ix fiii-l cruelle.... Mais vous pourrez la voir, elle reeoit chez elle.
mi: ADÏ.
Je la plains. J'ignorais te fatal accident.
MADAME Bt\m\iLi.E â pari , penilant que Milaity
acheté l'air noié.
Et si i'allais l'aimer? si le trait qui le blesse ... INon, lepou.ssons l'amour, di'daignoiissa faiblesse. Mais voir aulour de soi des Ilots de soupirans, Épier uu regard , nous enivrer d'eu(ens. D'un caur tel que le mien , c'est le bonheur suprême. Oui..