A MADAME DE
Ce soir, dimauche, Au coin du feu , Je veux à Blanche Rêver un peu ; Un peu; que dis-je?
Ah! quel vertige!
Qui la connaît.
Dans le silence.
Tendre et discret, Beaucoup y pense.
On le conçoit.
Quoi qu'il en soit.
Je veux pour elle, De ma cervelle , Tirer des vers, Petits, légers.
Doux et faciles;
Peut-éire, hélas!
Un peu débiles ;
Mais si par cas
Son doux .sourire
Les applaudit.
J'aurai le fruit
Auquel j'aspire;
Et sans façon
Sur le l'amasse,
Près d'Apollon
Je prends ma place.
Mais en seciet
Ma main fidèle
Va, trait pour trait.
De celle belle
Faire un portrait.
S'occuper d'elle, El c'est jouir D'un vrai plaisir.
Blanche a l'allure
Et la tournure De ces trois sœurs Qui, pour leur frère, Ont, dit Homère, Le dieu des cœurs.
Fleur du bel âge , Frais coloris, Sont réunis Sur son visage.
On voit de plu» , Briller de.ssus.
Bonté, finesse.
Douce gai té.
Air de noblesse , De volupté ; Rare assemblage.
Dont l'attrait doux.
Peut mettre un sage Au rang des fous :
Qu'un ciel propice Et protecteur Vous garantisse D'un tel malheur!
Et moi de même; Car lorsque j'aime, Mon pauvie esprit Bienlcit s'enfuit.
Mais je m'amuse A babiller ; Allons, ma muse.
C'est trop parler.
Blanche m'invile; Et moins distrait.
Je reviens vite A son portrait.
Esprit aimable, Orné, fleuri.
Cœur doux, affable.
Bon sens mrtri , De son jeune âge Sont le par;age Et l'ornement.
Quelqu'un prétend.
A tort, je ga^e.
Qu'un peu d'humeur Ou de froideur.
Sur son visage Toujours charmant.
Parfois répand Léger ombrage :
Ainsi voit -on Sur l'horizon Faible nuage.
Dont le passage D'un soleil pur Ternit l'azur :
Ainsi sur l'onde.
On voit souvent Le flot qui gronde Au moindre venti Mais je I excuse, Et qui l'accuse A tort vraiment.
Tout cœur sensible
POÉSIES
ff?
Est inégal.
Très siisreplilile, Le bien , le mal, L'éineiit, l'agile Oii le dépite. L'indifierent, Oui rien ne sent , Toujours tranquille, Dans son ennui , N'aimant que lui, Reste immobile.
C'est par le cœur, Par sa chaleur Que tout s'enllamme :
Il donne aux traits Grâces, al traits, La vie et l'âme.
Mais le temp.s fuit ; Phébé .s'avance En dilif;ence; Il est minuit:
Je vai.s au lit.
Aimables son;;es.
Venez, .sans bruit.
De doux mensonges Charmer ma nuit.
Montrez-moi Blanche, Et fraîche et blanche Comme un beau lis ; Mais sans habits; Ferle ou rubis, Jeune et charmante, Belle sans fard, Moins elle a d'art, Plus elle eucbanle.
A DÉLIE
UN JODR DE l'an.
Qu'il est heureux , ô ma Délie , De couler ses rapides jours Auprès d'une tideleamie.
Et caressé par les amours!
Qu'il est doux , sur noire passage.
De .semer les fleurs des beaux ans , De naviguer, au gré des vents, Quand le plaisir est du voyage !
Il est vrai , qu'oiseau du printemps , Quand Progné luil , l'amour s'envole; Plus de chansons, plus de faveurs, Des jeux , des ris l'essaim frivole INe fait son nid que sur des fleurs.
Mais l'amil ié , la confiance , L'intimité, ce nœud pressant , Console encor notre existence, Égaie encor nuire couchant.
Hiver, été, l'homme sensible Est toujours auprès du bonheur; La voluplé pure et paisible , Est un fruit doux qui nait du cœur.
Déjà le dieu de la lumière A touché les bords du midi ;
Déjà , plus lent dans sa carrière.
Il lève un front moins obscurci.
Un an de plus presse notre âge:
Mais je l'ai passé près de loi :
Si j'eusse été ministre ou roi, Qu'aurais-je aujourd'hui davantage?
Tout est déjà bien loin de moi.
Si le passé n'est plus qu'un songe, Un enfant léger du .sommeil.
Ah ! que mon rêve se prolonge , Du moins il charme mon réveil !
Tel , dans la .saison fortunée.
Assis le .soir dans son jardin.
On voit jouir l'heureux Colin Du souvenir de la journée , Et de l'espoir du lendemain.
Filons ainsi , ma chère amie , Jusques au terme limité.
Le doux tissu de noire vie; Du temps trompons l'agilité :
Qu'Aiiiour toujours tienne la chaîne Des jours que nous devons remplir :
Soumis au sort qui nous entraine. De notre état sachons jouir.
On peut , dans uii vase d'argile, Quand on modère ses désirs.
Avec un cœur pur et tranquille , Boire le nectar des plaisirs.
Marchons gatment an noir rivage , Prêts i quitter, d'un œil serein.
Notre palais, notre ermitage; Mais jouissons jusqu'à la Qo.