LIVRE VI. CHAPITRE XIII. i8i
d'obligation? Cependant ce que j'en ferai sera pour l'amour de moi. Ma réponse est qu'en cela vous faites quelque chose pour l'amour de vous, et quelque chose aussi pour l'amour de moi. Le rachet * est pour l'amour de vous (car pour ce qui vous touche , il vous suffisoit de racheter les premiers venus), l'élection pour l'amour de moi. Ainsi l'obligation que je vous ai n'est point de ce que vous m'avez racheté, mais de ce que vous m'avez choisi, parce qu'en l'affaire que vous aviez, je n'étois pas plus nécessaire que tout autre que vous eussiez voulu racheter. Vous avez voulu que j'eusse ma part en une chose qui vous devoit profiter. Mais en ce que vous me préférez aux autres, vous ne faites rien que pour l'amour de moi. C'est pourquoi si pour être préteur il vous falloit nécessairement payer la rançon de dix prisonniers, et que nous ne fussions justement que dix, pas un de nous ne vous auroil de l'obligation, parce qu'en nous délivrant vous ne pouviez avoir autre égard qu'à votre commodité particulière. Or je ne suis pas si déraisonnable , que je n'avoue que vous m'ayez fait plaisu', mais je dis que vous v avez participé.
XJV. Et quoi donc^ ? si je vous eusse fait ballotter, et que votre nom se fût trouvé du nombre de ceux qu'il m'eût fallu racheter , ne me penseriez-vous rien devoir.' Si ferois, mais peu de chose; et je vous dirai quoi. Vous avez fait quelque chose pour moi de m'avoir fait ballotter. Ce que mon nom a rencontré, je le dois au sort; ce qu'il a pu l'encontrer, je le vous dois. Vous m'avez fait ouverture à recevoir votre bienfait. Je sais bien que j'en dois la meilleure part à la fortune, mais je vous suis obligé de ce