‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 133 sur 332 · LIVRE VU. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VU. CHAPITRE X

sure, sinon des noms sans substance, que les hommes ont recherchés pour donner quelque soubassement illusoh'e à leur insatiable cupidité ? La nature nous a certainement donné du sujet de nous plaindre d'elle, de n'avoir mis l'or et l'argent plus avant dans la terre, ou ne les avoir couverts de quelque chose si de pesant, qu'il n'y eût moyen de jamais les faire sortir au jour. Que sont-ce ces contrats, ces papiers décompte, cette invention de vendre le temps, et celte usure vraiment sanglante de bailler l'argent à douze pour cent, sinon des maux volontaires partis de notre forge, et chimères d'une vaine convoitise, où il n'y a rien qui puisse être objet ou de l'œil ou de la main? Oh! qu'un homme est misérable qui se glorifie de tenir un gros papier de rentes, de labourer de grandes campagnes par ses esclaves, d'avoir des troupeaux innombrables distribués à paître en toutes les provinces, de mener une suite qui semble une armée, et finalement d'avoir des palais de qui l'enceinte ait plus l'apparence dune ville que delà maison d'un particulier! Quand il aura bien considéré toutes ces particularités, qui sont les sujets ordinaires de sa dépense, et qu'il pensera bien avoir de quoi s'enfler, il confessera qu'il est pauvre s'il compare ce qu'il désire à ce qu'il a. Laissez-moi aller. Renvoyez- moi parmi mes biens. Je m'en vais eu mon royaume de sagesse , de qui l'étendue n'a point de limites, et d'où je sais bien que je ne puis jamais être dépossédé. Toutes ces choses sont miennes, mais c'est d'une façon que tout le monde en a sa part. >>

XI. Aussi comme Caïus César un jour lui* voulut donner deux cents talents, il fut si dédaigneux et si brave à ne les prendre point, que seulement il ne voulut pas qu'on sût qu'il les eût refusés. Aussi poui n'eu mentir point, à

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