‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 260 sur 332 · Ce Rhoclien · texte numérisé non relu

Ce Rhoclien

long espace de temps il y avoit place pour beaucoup d'espérances, mais pour se conformer aux lois et ne retrancher rien à ses amis du peu de temps qu'ils avoient à le posséder.

IV. Quelle contrariété d'opinions est-ce de mépriser la mort, et avoir peur de la prison? Scribonia, femme d'honneur, fut tante de Drusus Libo, jeune homme d'aussi petit jugement que de grande maison, qui se promettoit plus qu'en son siècle il n'étoil permis à personne d'espérer, et plus qu'en quelque siècle qu'il fût, un si malhabile homme que lui ne pouvoit jamais avoir. Comme il eut été rapporté du sénat dans une litière, tout mal fait*, et mal accompagné (parce que tous ses plus proches le tenant, non plus criminel, mais déjà mort, l'avoient malheureusement abandonné), il commença de prendre avis s'il devoit attendre la mort ou se la donner. Sur quoi Scribonia lui ayant demandé quel plaisir il auroit à faire la besogne d'un autre, il la crut; il se fit mourir, et fit bien ; car ayant à mourir, au bout de trois ou quatre jours, à l'appétit de son ennemi, c'étoit bien faire sa besogne que de vivre pour attendre sa commodité. Ce n'est donc pas chose qui se puisse universellement décider, si me voyant menacer de la mort par quelque violence extérieure, je la dois attendre ou prévenir. Il y a beaucoup de raisons d'une part et d'autre. Si de deux morts qui s'offrent l'une est douce et l'autre cruelle, pourquoi ne jetterai-je la main sur celle qui aura moins d'incommodité? Comme pour m'embarquer je choisirai le navire où je me dois mettre, et pour me loger je prendrai plutôt une maison que l'autre, j'en ferai de même de la mort. Avant à quitter le monde, je prendrai le chemin qui me semblera le plus beau pour en sortir. Et

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