‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 64 sur 332 · LIVRE IV. CHAPITRE XXII. ii · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE XXII. ii

indubitables de ma bonne foi. Reprenons à cette heure un argument dont nous nous sommes déjà servis. D'où nous vient, quand nous sommes prêts à mourir, le soin de reconnoître ceux qui nous ont fait plaisir, et envoyer notre mémoire à la recherche de notre vie passée, afin que pas un qui nous ait obligés n'ait occasion de se plaindre qu'il ne nous soit pas souvenu de lui ? Nous sommes alors en un point où les espérances ne sont plus de saison, et toutefois en cette extrémité nous prenons peine de laisser tout le monde content. Ne cherchons point la cause de cette considération ailleurs qu'en l'excellence de la chose, qui est elle-même sa récompense , et aux appâts qu'ont toutes choses honnêtes pour gagner les âmes, et par l'admiration d'une splendeur à qui rien n'est comparable les assujettir à se ranger à leur amour. Vous me direz que c'est chose qui apporte beaucoup de commodités. Il est vrai. Aussi est -il raisonnable que la meilleure vie soit la plus assurée, et que ceux de qui la conscience est bonne aient l'esprit plus en repos. Nature n'eût pas été juste , si la gratitude n'avoit et son fruit et ses récompenses, comme les autres vertus. Mais tant s'en faut que je croie qu'elle ait besoin de promettre quelque chose pour être suivie , qu'au contraire quand, au lieu que le chemin y est sans péril et sans peine , il faudroit traverser des rochers et des montagnes de qui le coupeau * seroit dans les nues, et à la merci de tout ce que les lieux solitaires ont de serpents et de bêtes sauvages, je serois d'avis de passer, et de l'aller trouver.

XXIII. Si une chose a des commodités extérieures , ce n'est pas à dire qu'elle ne soit désirable de soi. On ne voit guère de choses belles qui n'aient quelque mérite d'ail-

i . Couprau, sommet.

Mai-herbe. II 8

leurs. Mais elles vont devant, le reste les suit. Qui doute que le tempérament de tout cet univers ne se fasse par les révolutions et vicissitudes du soleil et de la lune? que 1 un ne nourrisse les corps, relâche les terres, resserre les humeurs superflues et rompe ce que la rigueur de rhiver a trop étreint ? que l'autre par la vertu pénétrante de sa tiédeur ne fasse mûrir les fruits, et par sa croissance et décroissance ne donne renfle à la fécondité de toutes choses? que le cours du soleil ne fasse Tannée, comme celui de la lune le mois, parce qu'elle n'a pas à faire tant de chemin? INIais quand tout cela ne seroit point, n'ont-ils pas l'un et l'autre de quoi nous retenir les veux, et se rendre adorables, encore qu'ils ne fissent que se montrer ? Quand tout ce nombre infini d'étoiles se lève au soir, et que tant de flambeaux inextinguibles s'allument en toutes les parties du ciel, qui est le stupide que la beauté d'un tel spectacle n'élève à la contemplation? Tout le monde les regarde, et pas un ne pense à la commodité qui lui en revient. Voyez-les couler doucement, sans faire bruit, et sous une contenance de ne bouger d'une place faire une diligence incrovable. Combien pensez -vous qu'en cette nuit où vous n'imaginez autre chose qu'une simple distinction des jours pour les séparer, elles dépèchent d'affaires de conséquence? combien en ce silence elles préparent de sujets de parler? et combien par leur même sente, il marche de destinées avec elles, pour être portées à leur période par la certitude infaillible de leur mouvement? De tous ces feux, qui ne semiîlent avoir été mis au ciel que pour l'embellir, il n'v en a pas un qui ne fasse quelque chose. Si vous croyez qui! n'y en ait que sept qui marchent, et que le reste soit immobile, vous vous trompez. Le nombre est petit de celles de qui nous connoissons les mouvements, mais il en est une infinité qui, pour être loin de

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