Alfronteur, irompeur
ii8 TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉISÈQUE.
personnes, de la façon que nous en vo>ons quelqu un éminent en quelque particulier; mais qu'il n'y a sorte de vice dont un fol et un mauvais se puisse dire exempt; si bien qu'à ce compte-là le plus hardi même peut avoir de la couardise, et le prodigue de l'avarice. Comme un homme a tous les sentiments, mais ce n'est pas à dire que tous les hommes aient des veux de Lvncée ; aussi celui qui est fol n'a pas tous les vices en son extrémité*, comme quelques vices se voient en quelques-uns. Tous vices sont en tous hommes^, mais tous ne sont pas extrêmes en un homme seul. L'un aime l'argent, l'autre les femmes, et l'autre le vin. Ainsi, pour revenir à mon propos, quiconque est mauvais, est ingrat; car il n'y a point de méchanceté dont le mauvais n'ait quelque semence. Toutefois celui s'appelle proprement ingrat, qui penche plus à ce vice qu à nul autre ; et c'est à lui que je me garderai bien de faire plaisir. Comme un père n'a guère de soin au bien de sa fille, qui la marie avec un fâcheux que déjà plusieurs femmes ont rejeté; comme un pense mal à ses affaires, qui en baille la conduite à quelqu'un qui a fait cession ; comme un père ne sera pas en son bon sens, qui par testament laissera pour tuteur à son fils un brigandeur' ordinaire de pupilles : ainsi dirons-nous que celuilà sait très-mal comme la libéralité doit être exercée, qui choisit un méchant pour lui bienfaire, et ne considère pas qu'il y perd ce qu'il v met.
XX\TII. \'ous me direz que les Dieux font du bien aux ingrats comme aux autres. Il est vrai; mais les choses qu'ils leur donnent sont envoyées pour les gens de bien, et ce que les méchants y participent, c'est pource qu'ils
1. Il faut lire sans doute : a en leur extrémité, » ou a tout vice en son extrémité. »