I. Premier ifue, ii\i\i\t
lo TRAITE DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.
ne devenions faciles mal à propos , et que de l'autre par Tobservation que nous y apporterons nous ne nous restreignions, mais gardions en cette action vertueuse un tempéiament qui ne soit ni défectueux ni superflu. Il faut tout de même instruire ceux qui reçoivent, de le faire de bon cœur, rendre de même, et se proposer une contention généreuse de n'égaler pas seulement, mais s'il est possible vaincre en affection ceux qui les ont obligés en effet ; car en matière de revancbe , qui ne passe n'atteint point. 11 faut enseigner les uns à ne rien mettre en ligne de compte, les autres à penser devoir plus qu'ils ne doivent. Les belles raisons que Chrysippus amène pour nous mettre en cet honorable duel, c'est qu'il faut craindre que pource que les Grâces sont filles de Jupiter l'ingratitude ne soit un sacrilège, et qu'on ne fasse ovitrage à de si belles filles , ne reconnoissant pas dignement un plaisir qu'on a reçu. Mais, je vous prie, au lieu de toutes ces baies*, dites-nous quelque chose qui nous rende capables de donner et de prendre , et qui mette les obligeants et les obligés en une louable dispute, les uns d'oublier tout à l'heure, et les autres de se souvenir éternellement. Toute cette manière de fables est du gibier des poëtes, qui n'ont autre but que de dire quelque chose de bonne grâce. Mais si vous voulez guérir les âmes, retenir la foi au commerce des hommes , et graver dans les cœurs la mémoire des bienfaits, tenez-nous un autre langage , et vous efforcez d'autre façon; sinon que peut-être il vous soit avis qu'avec ces contes de vieille il vous soit possible de remédier à la plus pernicieuse chose qui soit au monde : La carte blanche^ des bienfaits.
I . Baies, a. Baye, tromperie qu'on fait à quelqu'un pour se divertir, » dit l'Académie dans son Dictionnaire de 1694; dans celui de i835, elle ajoute que le mot est familier et qu'il vieillit.
3. Cette expression, par laquelle Malherbe traduit nov.f tabula: