LIVRE CINQUIEME
I. Je pensois aux quatre premiers livres avoir achevé ce que je m'étois proposé de traiter, pource que j'y avois discouru de la façon de faire plaisir, et de le recevoir, qui sont les deux points où la cliose consiste. Ce que je fais de plus, le sujet ne le demande pas, je le lui baille. Je sais bien que je devrois aller où il me mène, et non pas où il me convie , parce qu'autrement il ne cessera de naître quelque chose, plutôt non nécessaire que superflue, de qui la douceur me provoquera l'esprit. Mais puisque vous le voulez*, allons de long, et après la matière principale dépêchons ce qui en approche, bien qu'il n'y soit pas attaché. Si nous ne gagnons notre peine, au moins il y a de l'apparence que nous ne la perdrons pas. Et puis vous êtes d'une humeur que vous ne voudriez jamais ouïr parler d'autre chose que de bienfaits , tant vous y êtes porté par l'inclination de votre bon naturel. Je ne vis jamais honmie, ni si disposé à faire plaisir, ni qui fasse plus de cas de ce qu'on lui donne, pour petit et considélable^ qu'il soit. Votre bonté vous a fait venir à ce point, qu'il vous est avis qu'on vous oblige quand on fait plaisir au premier venu. Si vous étiez reçu à payer pour les ingrats , ce seroit votre ambition de les acquitter ; tant vous avez peur que quelqu'un ne se repente d'avoir fait