‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 1 sur 295 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Les œuvres de Malherbe n'ont point été réunies de son vivant. La première édition, publiée seulement prcs de deux ans après sa mort, est de l'année i63o. Elle contient en un volume in-4", et sans la moindre note, les traductions du Traité des Bienfaits, de Sénèque, et du XXXIII' livre de Tite Live , quatre-vingt-dixsept lettres , et six livres de poésies. De ces écrits les uns avaient été imprimés séparément ou disséminés dans des recueils du temps; les autres étaient inédits. Sept ans plus tard, en lôSy, parut la traduction des Epitres de Sénèque, qui n'a jamais été jointe aux autres œuvres.

Le texte de l'édition de i63o fut reproduit fidèlement dans les vingt-huit réimpressions complètes ou partielles que l'on en fil jusqu'en 1723. A partir de cette dernière époque, les traductions furent entièrement laissées de côté et l'on ne réimprima plus que les vers et un choix des lettres.

En 1666, Ménage donna des poésies une édition qu'il Malherbe, r a

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accompagna de commenlaires curieux, mais d'une prolixité pédante, où Ton retrouve les qualités et les défauts du maître de Mme de Sévigné. Il conserva le texte et la division en six livres de l'édition de i63o, et ajouta quelques vers qui n'avaient point encore été recueillis. Son travail fut réimprimé, pour la sixième et dernière fois, en 1^23.

Quatre-vingt-onze ans après Ménage, en 1737, Lefebvre de Saint-Marc publia la seconde édition annotée, et, on peut le dire , la seule édition véritablement critique que l'on possède des poésies de Malherbe. Il ne se borna pas à reproduire le texte de i63o et à le commenter longuement ; il le compara soigneusement à celui des recueils de vers et des ouvrages où la plupart des poésies avaient paru antérieurement, et put ainsi relever de nombreuses variantes. Il rejeta avec raison le classement arbitraire suivi jusqu'à lui, rangea autant quil put les pièces chronologiquement et en ajouta de nouvelles. Son texte a été depuis adopté dans toutes ou presque toutes les éditions ; dans quelques-unes on a préféré à l'ordre chronologique la division par genres : odes, sonnets, chansons, épigrammes, etc.

Quelque précieux qu'il soit, le résultat des recherches de Saint-Marc, qui nous ont été très-utiles, ne saurait aujourd'hui satisfaire les amateurs de notre littérature classique. D'abord une révision des textes était nécessaire : car, ainsi qu'il Va reconnu lui-même, il s'est glissé dans son travail un certain nombre de fautes et d'incorrections; en outre les documents mis au jour depuis une quarantaine d'années permettent maintenant d'an-

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noter les pièces d'une manière plus précise et souvent de leur assigner des dates différentes de celles qu'il leur avait données.

Qu'on nous permette de citer deux exemples à l'appui de ce que nous avançons :

Ménage a le premier réuni aux œuvres de Malherbe un quatrain sur le portrait de Gassandre, maîtresse de Ronsard, et il l'a publié ainsi :

L'art, la nature exprimant, En ce portrait m^a fait telle; Si n'y suis-je pas si belle Qu'aux écrits de mon amant.

Saint-Marc et tous ses successeurs sans exception ont reproduit le texte de Ménage. S'ils avaient recouru à l'édition de Ronsard, où il a été publié pour la première fois, ils se seraient aperçu que de ces quatre vers deux sont estropiés, et qu'il faut les rétablir ainsi :

L'art, la nature exprimant, En ce portrait me fait belle ; Mais si ne suis-je point telle Qu'aux écrits de mon amant.

Malherbe a adressé Sur lui livre de fleurs^ à un peintre nommé Rabel, un sonnet que Saint-Marc avait placé à l'année i6o3, parce qu'à cette date il avait rencontré dans \e Journal de P. de l'Estoile la mention de la mort d'un peintre nommé J&an Rabel. Nous avons retrouvé au cabinet des Estampes le livre de fleurs en question. A côté de la signature Daniel Rabel, il porte l'indication de

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Tannée 1624- Nous avons donc pu reculer de vingt ans la date que Saint-Marc avait attribuée à la pièce.

L'édition de Malherbe que nous donnons aujourd'hui sera aussi complète qu'il est possible. Elle comprendra non-seulement tout ce qui se trouve dans l'édition de i63o, mais la traduction des Epîtres de Sénèque, qui n'en faisait point partie, sa correspondance avec Peiresc, \ Instruction à son fi/s, un certain nombre de pièces en vers ou en prose et de lettres, inédites ou qui n'avaient point encore été recueillies, et ses commentaires sur Desportes, dont Saint-Marc avait le premier fait connaître des extraits.

Pour les poésies, nous avons adopté le système de Saint-Marc, et nous les avons rangées, autant que nous l'avons pu, par ordre de dates. Le texte en a été collationné soit sur quelques autographes et anciennes copies que nous sommes parvenu à nous procurer, soit sur les imprimés antérieurs à l'édition de i63o. On trouvera au bas des pages les variantes que nous y avons relevées.

Une notice placée en tète de chaque pièce explique où elle a paru pour la première fois, à quelle occasion et vers quelle époque elle a été composée. Enfin les notes sont assez nombreuses pour qu'aucun passage , aucune expression ne puisse arrêter le lecteur.

Quant aux traductions, qui ont une très-grande importance pour l'histoire de notre langue classique, car elles montrent quelle grande part a eue Malherbe à la création de la prose française, nous avons procédé de la même manière. Chacune d'elles est accompagnée d'une nolice, et nous avons mis au bas des pages, outre l'indi-

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cation des variantes qui peuvent offrir quelque intérêt, des notes où, sans avoir l'intention de relever toutes les inexactitudes et les licences de l'interprétation, nous avons cru devoir signaler quelques-unes de ces infidélités (jue se permettaient sans scrupule les traducteurs du dixseptième siècle.

La partie la plus curieuse de la correspondance de Malherbe est celle qu'il entretint depuis 1606 jusqu'à sa mort avec le savant Peiresc. Elle offre un véritable intérêt historique et fut publiée pour la première fois en 1822, d'après les originaux conservés à la Bibliothèque impériale. Malheureusement cette édition est bien défectueuse. L'éditeur a d'abord supprimé un certain nombre de lettres ; puis tantôt il a réuni en une seule deux lettres distinctes , tantôt il a retranché ou ajouté des mots et des phrases entières. Les noms propres ont été étrangement défigurés : on a lu Bagarrus pour Bogarris; Valvez pour Vnlcwez; Biennes pour Brèves; le comte de la Ceppede pour le président de la Ceppede; Bressioti pour Bressieu; Pujet pour Puget ; Saint-Paul pour Sault; Canos pour Carces, etc. Le reste du texte n'a pas été plus respecté. A chaque page on trouve des altérations comme celles-ci : Juger ^onr penser ; impatiente pour importune; pensé pour parlé ; enthousiasmé pour emhesogné ; avec votre ami pour avec votre congé ; prison pour preuve; aux Landris pour aux jardins; etc., etc., etc. Tout cela n'est tiré que des trente premières pages, et il y en a cinq cents dans le volume, qui contient à peine une quarantaine de notes.

Le texte que nous donnerons de ces lettres sera colla-

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