Voyez à la fin du volume, p. 3()i
SUR MALHERBE. xvn
uniquement ma fille; j'en Aeux aimer le regret uniquement. Le mal qui me Fa ôtée ne m'ôlera pas le contentement que j'ai de m'en affliger. Mais que fais-je, ma chère âme? je me devrois contenter de ne vous consoler point, sans vous donner, par ces discours si tristes et si mélancoliques, sujet de vous attrister davantage. A la nouveauté de cet accident, un de mes plus profonds ennuis, et qui donnoit à mon âme des atteintes plus vives et plus sensibles, c'étoit que vous n'étiez avec moi pour m'aider à pleurer à mon aise, sachant bien que vous seule, qui m'égalez en intérêt, me pouviez égaler en affliction. Plût à Dieu, mon cher cœur, que cela eût été ! je serois relevé de cette peine de vous écrire de si déplorables nouvelles, et vous hors de ce premier étonnement qui faut' que les âmes les plus roides ei les plus dures sentent au pi-emier assaut que leur donne cette douleur. Mais puisqu'il en faut sortir, et que vous différer davantage cette lamentable histoire, c'est différer votre résolution, je vous dirai que le dimanche^.... »
Six mois après, au mois de décembie iSgg, Malherbe repartit pour Aix où, Tannée suivante, sa femme le rendit père d'un troisième enfant, d'un fils auquel tous deux, nous lavons dit, devaient aussi survivre. Il semble n'avoir plus quitté la Provence qu'en août i6o5, quand il alla faire a en France » un voyage qui décida de son sort *.
Sauf la mort de ses deux enfants, on ne sait rien ou presque rien de la vie de Malherbe pendant 1 intervalle qui s"'COula entre son premier voyage de iXormandie et son dernier retour en Provence (i 586-1399). Suivant Huet^, il fit partie d'une députation envoyée à Henri IV pour l'assurer de la soumission et de la fidélité de la ville de Caen (iSSg); d'après un autre document °, on le voit chargé en juin i agS, avec trois autres de ses concitoyens, de préparer « quelques gentilles inventions et quelques vers françois » pour fêler l'entrée à Caen de la sœui-