Vau. (F, L, O) : Nous n'ayons pas
i^oÉsiKS, xvin. 71
Tout le inonde assemblé s'enfuiroit devant lui.
Conforme donc, Seigneur, ta grâce ù nos pensées,
Ote-nous ces objets qui des choses passées
Ramènent à nos yeux le triste souvenir;
Et comme sa valeur, maîtresse de Forage, 40
A nous donner la paix a montré son courage ,
Fais luire sa prudence à nous Tentretenir.
Il n'a point sou espoir au nombre des armées,
Etant bien assuré que ces vaines fumées
N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités; /, î
L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles;
Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles,
Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.
Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes.
Quand il les poursuivra n'auront point de cachettes; .io
Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés;
Il verra sans effet leur honte se produire ,
Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire
Aussitôt confondus comme délibérés.
La rigueur de ses lois, après tant de licence, 5 5
Redonnera le cœur à la foible innocence,
Que dedans la misère on faisoit envieillir.
A ceux qui l'oppressoient, il ôtera l'audace;
Et sans distinction de richesse , ou de race ,
Tous de peur de la peine auront peur de faillir. fio
(io. C'est la trarluction du vers :
Oderunt peccare inall formidine pœnip, rjui est lui-niénie une imitation de ce vers d'Horace (^Ej)ist. 1, xvi, b-j.): Oderunt peccare l)oni virtutis aniore.
La terreur de son nom rendra nos villes fortes,
On n'en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront au sommet de nos tours ;
Le fer mieux employé cultivera la terre ,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre, 6 5
Si ce n'est pour danser, n'aura plus de tambours.
Loin des mœurs de son siècle il l)annira les vices ,
L'oisive nonchalance, et les molles délices.
Qui nous avoient portés jusqu'aux derniers hasards;
Les vertus reviendront de palmes couronnées , : o
Et ses justes faveurs aux mérites données ,
Feront ressusciter l'excellence des arts.
La foi de ses aïeux , ton amour et ta crainte , Dont il porte dans l'âme une éternelle empreinte , D'actes de piété ne pourront l'assouvir; 75
Il étendra ta gloire autant que sa puissance; Et n'ayant rien si cher que ton obéissance , Où tu le fais régner il te fera servir.
Tu nous rendras alors nos douces destinées;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années 8 o
66. On trouve dans deux recueils (N et P) de 1610 et 1620, la variante n'orra (futur du verbe ouïr), qui me semhle bien préférable, c Cette stance est fort belle, » dit Ménage, et il a raison. « M. de Racan, ajoute-t-il, y trouve pourtant à dire qu'on y parle de danser au son des tambours , dans un poëme adressé à Dieu : ce qui lui semble peu respectueux. Mais à cela on peut répondre qu'on dansoit devant le tabernacle, etc., etc. »
80-82. Un manuscrit de la Bibliotbèque impériale [Suppl. fr., u° 297) contient de cette pièce une copie du temps qui nous donne ici les variantes suivantes :
Nous ne reverrons plus ces fàcbeuses années Qui d'une âme de roche eussent tiré des pleurs. Toute félicité comblera nos familles.
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs. Toute sorte de biens comblera nos familles , La moisson de nos champs lassera les faucilles, Et les fruits passeront la promesse des Heurs.
La fm de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie 8 5
Nous ravira les sens de merveille et de joie; Et d'autant que le monde est ainsi composé Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise , Ton pouvoir absolu, pour consei-ver notre aise, Conservera celui qui nous l'aura causé. 90
Quand un roi fainéant , la vergogne des princes , Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces , Entre les voluptés indignement s'endort , Quoi que l'on dissimule, on n'en fait point d'estime, Et si la vérité se peut dire sans crime , g ,ï
C'est avecque plaisir qu'on survit à sa mort.
Mais ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire,
Qui de notre salut est l'ange tutélaire ,
L'infaillible refuge, et l'assuré secours ,
Son extrême douceur ayant dompté l'envie , 100
De quels jours assez longs peut-il borner sa vie ,
Que notre affection ne les juge trop courts?
Nous voyons les esprits nés à la tyrannie.
Ennuyés de couver leur cruelle manie ,
Tourner tous leurs conseils à notre affliction ; i o 5
Et lisons clairement dedans leur conscience ,
Que s'ils tiennent la bride à leur impatience.
9i-9(). Cette stroplie fait évicloiniaont allusion à Henri iil. io3. Var. (N) : Nous voyons ces esprits....
Nous n'en sommes tenus qu'à sa protection.
Qu'il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre; Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre ; 1 1 o
Et rendant l'univers de son heur étonné , Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais couronné.
Cependant son Dauphin d'ilne vitesse prompte i i 5
Des ans de sa jeunesse accomplira le compte; *j
Et suivant de l'honneur les aimables appas ,
De faits si renommés ourdira son histoire ,
Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire
Ignorent le soleil , ne l'ignoreront pas. 1 20
Par sa fatale main qui vengera nos pertes ,
L'Espagne pleurera ses provinces désertes ,
Ses châteaux abattus, et ses champs déconfits.
Et si de nos discords l'infâme vitupère
A pu la dérober aux victoires du père , 125
Nous la verrons captive aux triomphes du fils.
la'i. Var. (F, L, O) : Et ses camps
124. Vitupère signifie à proprement parler a blànie, reproclie, » et
le vers assez obscur de 3Ialherbe veut dire : Si nos discordes dignes
de tant de blâme ont pu empêcher Henri IV de dompter l'Espagne.
I2f). Le manuscrit cité plus haut donne une dernière strophe que
voici :
Il est temps, ô grand Dieu, que les fléaux de ton ire
Lui fassent confesser qu'en vain elle désire
De voir le monde entier à son empire joint.
La paix en apparence a nos guerres bornées ;
Mais puisque tous nos maux viennent de ces menées,
Nous pouvons nous aimer et ne la haïr point.
SUR l'attentat commis en la personne de HENRI LE GRAND, LE ig DE DÉCEMBRE l6o5.
« Le lundi 19 décembre i6o5 , dit l'Estoile , comme le Roi revenant de la chasse passoit à cheval sur le pont Neuf, environ les cinq heures du soir, se rencontra un fou qui, avant un poignard nu sous son manteau, tâcha d'en offenser Sa Majesté; et l'avant saisi par le deiTière de son manteau , que le Roi avoit agrafé , le secoua assez longtemps, jusques à ce que, chacun étant accouru au secours, étant pris et interrogé sur ce qu'il vouloit faire, dit qu'il vouloit tuer le Roi, pour ce qu'il lui détenoit injustement son bien et la plupart de son royaume, et plusieurs autres folies; puis, en riant, dit que pour le moins il lui avoit fait belle peur. Ce fou s'appeloit Jacques des Isles, natif de Senlis, praticien et procureur audit lieu, et transporté dès longtemps de son esprit; lequel, à cette occasion, selon la déposition des procureurs mêmes dudit Senlis, avoit été chassé de leur siège , et l'en avoient ôté comme fou et furieux. » Malgré une folie aussi bien constatée , les juges voulaient l'envoyer au gibet; a mais le Roi ne le voulut jamais permettre, disant qu'il en faisoit conscience. »
La pièce de Malherbe parut en 1607 dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. Le P. Lelong en indique une édition in-8° que je n'ai pu rencontrer.
Que direz- vous , races futures , Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours?
i. Quelques exemplaires de l'édition de i()'î(> cl l'édilioii de i(ij£ portent :
De nos misérables jours,
vers trop court d'une syllabe.
Lirez-vous , sans rougir de honte , 5
Que notre impiété surmonte
Les faits les plus audacieux ,
Et les plus dignes du tonnerre ,
Qui firent jamais à la terre
Sentir la colère des cieux ? i o
O que nos fortunes prospères
Ont un change bien apparent !
O que du siècle de nos pères
Le nôtre s'est fait diffèrent !
La France devant ces orages , i 5
Pleine de mœurs et de courages
Qu'on ne pouvoit assez louer,
S'est faite aujourd'hui si tragique ,
Qu'elle produit ce que l'Afrique
Auroit vergogne d'avouer. %o
Quelles preuves incomparables
Peut donner un prince de soi ,
Que les rois les plus adorables
N'en quittent l'honneur à mon roi ?
Quelle terre n'est parfumée 1 5
Des odeurs de sa renommée?
Et qui peut nier qu'après Dieu ,
Sa gloire qui n'a point d'exemples ,
N'ait mérité que dans nos temples
On lui donne le second lieu? 3o
Qui ne sait point qu'à sa vaillance
11 ne se peut rien ajouter?
Qu'on reçoit de sa bienvedlance
Tout ce qu'on en doit souhaiter?
Et que si de cette couronne , 3 5
Que sa tige illustre lui donne ,
Les lois ne l'eussent revêtu ,
Nos peuples d'un juste suffrage
Ne pouvoient sans faire naufrage
Ne l'offrir point à sa vertu? 40
Toutefois , ingrats que nous sommes ,
Barbares , et dénaturés ,
Plus qu'en ce climat où les hommes
Par les hommes sont dévorés,
Toujours nous assaillons sa tête 4 5
De quelque nouvelle tempête ;
Et d'un courage forcené ,
Rejetant son obéissance ,
Lui défendons la jouissance
Du repos qu'il nous a donné. 5o
La main de cet esprit farouche
Qui sorti des ombres d'enfer
D'un coup sanglant frappa sa bouche,
A peine avoit laissé le fer ;
Et voici qu'un autre perfide , 5 5
Où la même audace réside,
Comme si détruire l'Etat
Tenoit lieu de juste conquête ,
De pareilles armes s'apprête
35-4o. La môme idée est exprimée clans ces vers de Ronsard sur Charles IX :
Et quand il ne seroit héritier de l'Empire, Sur ses rares vertus on le devroit élire. 5i. Jean Chatel, qui, le 27 décemhre ij94> s'introduisit dans la chambre deGabrielle d'Estrées, où le Roi venait d'arriver, et le frappa d'un coup de couteau qui lui fendit la lèvre. Dès le surlendemain, l'assassin était tenaillé, écartelé et lirùlé.
A faire un pareil attentat. 60
O soleil, ô grand luminaire,
Si jadis riiorreur d'un festin
Fit que de ta route ordinaire
Tu reculas vers le matin ,
Et d'un émerveillable change 6 5
Te couchas aux rives du Gange,
D'où vient que ta sévérité.
Moindre qu'en la faute d'Atrée ,
Ne punit point cette contrée
D'une éternelle obscurité ? 70
Non, non, tu luis sur le coupable,
Comme tu fais sur l'innocent ;
Ta nature n'est point capable
Du trouble qu'une âme ressent.
Tu dois ta flamme à tout le monde ; 7 5
Et ton allure vagabonde ,
Comme une servile action
Qui dépend d'une autre puissance,
N'ayant aucune connoissance ,
N'a point aussi d'affection. 80
Mais , ô planète belle et claire , Je ne parle pas sagement ; Le juste excès de la colère
71, 72. « .... Patris vestrl qui.... solem suum oriri facit super a bonos et malos, et pluit super justos et injustes, » dit IVhajigile de saint Matthieu (chap. v, verset 45).
Sénèque, de son côté, a dit (je cite la traduction de Malherbe, Des Bienfaits, liv. IV, chap. xxv) : « Les méchants voient le soleil comme les bons, et les mers ne font point meilleure mine à la l)arquc d'un marchand qu'à la frégate d'un écumeur. »
M'a fait perdre le jugement;
Ce traître , quelque frénésie 8 5
Qui travaillât sa fantaisie,
Eut encore assez de raison ,
Pour ne vouloir rien entreprendre ,
Bel astre, qu'il n'eût vu descendre
Ta lumière sous l'horizon. 90
Au point qu'il écuma sa rage ,
Le dieu de Seine étoit dehors
A regarder croître l'ouvrage
Dont ce prince embellit ses bords;
Il se resserra tout à l'heure 9 5
Au plus bas lieu de sa demeure ;
Et ses Nymphes dessous les eaux ,
Toutes sans voix et sans haleine ,
Pour se cacher furent en peine
De trouver assez de roseaux. i 00
La terreur des choses passées
A leurs yeux se ramentevant,
Faisoit prévoir à leurs pensées
Plus de malheurs qu'auparavant;
Et leur étoit si peu croyable i « 5
Qu'en cet accident effroyable
Personne les pût secourir.
Que pour en être dégagées ,
Le ciel les auroit obligées
S'd leur eût permis de mourir. 1 i o
Revenez, belles fugitives;
De quoi versez-vous tant de pleurs?
1)3, p/J. Tia grande f^alrric du T. ouvre.
8o POÉSIES, XIX.
Assurez vos âmes craintives ;
Remettez vos chapeaux de fleurs ;
Le Roi vit , et ce misérable , 1 1 5
Ce mionstre \Taiment déplorable ,
Qui n'avoit jamais éprouvé
Que peut un visage d'Alcide ,
A commencé le parricide ,
Mais il ne l'a pas achevé. isso
Pucelles , qu'on se réjouisse ;
]Mettez-vous l'esprit en repos ;
Que cette peur s'évanouisse ;
Vous la prenez mal à propos ;
Le Roi vit , et les destinées 1 2 5
Lui gardent un nombre d'années ,
Qui fera maudire le sort
A ceux dont l'aveugle manie
Dresse des plans de tyrannie
Pour bâtir quand il sera mort. 1 3o
O bienheureuse intelligence ,
Puissance, quiconque tu sois.
Dont la fatale diligence
Préside à l'empire françois;
Toutes ces visibles merveilles, i 3 5
De soins , de peines , et de veilles .
Qui jamais ne t'ont pu lasser,
N'ont-elles pas fait une histoire ,
Qu'en la plus ingi^ate mémoire
L'oubli ne sauroit ejSacer? 140
Ces archers aux casaques peintes Ne peuvent pas n'être surpris , Ayant à combattre les feintes
POÉSIES, XIX. 8i
De tant d'infidèles esprits ;
Leur présence n'est qu'une pompe ; 145
Avecque peu d'art on les trompe;
Mais de quelle dextérité
Se peut déguiser une audace ,
Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face
Tu n'en lises la vérité ? 1 5 o
Grand démon d'éternelle marque ,
Fais qu'il te souvienne toujours
Que tous nos maux en ce monarque
Ont leur refuge et leur secours ;
Et qu'arrivant l'heure prescrite , i 5 5
Que le trépas , qui tout limite ,
Nous privera de sa valeur,
Nous n'avons jamais eu d'alarmes
Où nous ayons versé des larmes
Pour une semblable douleur. 160
Je sais bien que par la justice ,
Dont la paix accroît le pouvoir,
Il fait demeurer la malice
Aux bornes de quelque devoir,
Et que son invincible épée 1 6 h
Sous telle influence est trempée.
Qu'elle met la frayeur partout,
Aussitôt qu'on la voit reluire ;
Mais quand le malheur nous veut nuire ,
De quoi ne vient-il point à bout? i 70
Soit que l'ardeur de la prière Le tienne devant un autel , Soit que l'honneur à la barrière L'appelle à débattre un cartel ,
Malheruk. I <i
8a POÉSIES, XIX.
Soit que dans la chambre il médite , 175
Soit qu'aux bois la chasse l'invite,
Jamais ne t'écarte si loin ,
Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre
Tu ne sois prêt à le défendre ,
Sitôt qu'il en aura besoin. i 8 o
Garde sa compagne fidèle ,
Cette reine dont les bontés
De notre foiblesse mortelle
Tous les défauts ont surmontés.
Fais que jamais rien ne l'ennuie ; i 8 5
Que toute infortune la fuie;
Et qu'aux roses de sa beauté,
L'âge, par qui tout se consume.
Redonne, contre sa coutume,
La grâce de la nouveauté. i 9 c.
Serre d'une étreinte si ferme
Le nœud de leurs chastes amours ,
Que la seule mort soit le terme
Qui puisse en arrêter le cours.
Bénis les plaisirs de leur couche, 1 9 î
Et fais renaître de leur souche
Des scions si beaux et si verts ,
Que de leur feuillage sans nombre
A jamais ils puissent faire ombre
Aux peuples de tout l'univers. 200
187. L'édition de i(i3o porte par erreur honte. J'ai adopté le texte (les Recueils.
193. Dans les éditions de iTjBo et de i')3i, on lit : Que sa seule mort, ce qui est évidemment une faute d'impression ; aussi j'ai cru devoir suivre la leçon que donnent les Recueils.
Surtout pour leur commune joie Dévide aux ans de leur Dauphin, A longs filets d'or et de soie , Un bonheur qui n'ait point de fin ; Quelques vœux que fasse l'envie, Conserve-leur sa chère vie ; Et tiens par elle ensevelis D'une bonace continue Les aquilons , dont sa venue A garanti les fleurs de lis.
Conduis-le sous leur assurance Promptement jusques au sommet De rinévital)le espérance Que son enfance leur promet ; Et pour achever leurs journées, Que les oracles ont bornées Dedans le trône impérial , Avant que le ciel les appelle , Fais-leur ouïr cette nouvelle Qu'il a rasé l'Escurial.
31 3. Texte des Recueils :
De l'indubitable espérance.