PRIÈRE POUR LE ROI HENRI LE GRAND, ALLANT EN LIMOUSIN
Henri IV, en septembre ifioS, au moment où il partait avec des troupes pour aller tenir les grands jours en Limousin, commanda ces vers à Malherbe , qui les lui présenta à son retour. Il est peut-être permis de croire , d'après un passage de l'Estoile , qu'ils parurent d'abord en feuille volante. En tout cas, ils furent imprimés en ifioy dans le tome U du Parnasse des plus excellents poètes de ce temps.
On peut voir dans l'Histoire de l'Académie françoise par Pellisson (édition Livet, toniel, p. 120 et suiv.) l'analyse de l'examen que l'illustre compagnie lit de la pièce de Malherbe, examen auquel elle consacra trois mois (du 9 avril au 6 juillet i638), sans pourtant achever sa besogne ; car elle ne s'occupa point des vingt-quatre derniers vers (il y en a en tout 126). Une seule strophe (^Quand un Rue fainéant') trouva grâce devant elle.
O Dieu , dont les Ijontés de nos larmes touchées
Ont aux vaines fureurs les armes arrachées ,
Et rangé l'insolence aux pieds de la raison ,
Puisqu'il rien d'imparfait ta louange n'aspire ,
Achève ton ouvrage au bien de cet empire, 5
Et nous rends l'embonpoint comme la guérison.
Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage,
3. L'insolence. L'édition de 1680 et les éditions postérieures portent l'innocence, ce qui n'offre aucun sens, et est évidemment une faute d'impression. Nous avons suivi, avec Ménage et Saint-Marc, la leçon que donnent les divers Recueils où la pièce avait paru antérieurement et un manuscrit dont nous parlons plus loin. Voyez p. 72, note sur les V. 80-82.
Et qui si clignement a fait l'apprentissage
De toutes les vertus propres à commander,
Qu'il semble que cet heur nous impose silence, i o
Et qu'assurés par lui de toute violence,
Nous n'avons plus sujet de te rien demander.
Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos tètes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis, i 5
Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paroître. En ce miracle seul il peut assez connoître Quelle force a la main qui nous a garantis.
Mais quoi? de quelque soin qu'incessamment il veilh', Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, 20
Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien ; Comme échapperons-nous en des nuits si profondes , Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes , Si ton entendement ne gouverne le sien?
Un malheur inconnu glisse parmi les hommes , 1 5
Qui les rend ennemis du repos où nous sommes;
La plupart de leurs vœux tendent au changement;
Et comme s'ils vivoient des misères publiques,
Pour les renouveler ils font tant de pratiques ,
Que qui n'a point de peur n'a point de jugement. 3o
En ce fâcheux état ce qui nous réconforte ,
C'est que la bonne cause est toujours la plus forte,
Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui,
Quand la rébellion plus qu'une hydre féconde
Auroit pour le combattre assemblé tout le monch- , \ ï