Il y a par erreur car^'emes dans l'édition de i^jo
AU ROI HENRI LE GRA.ND , SUR l'hEUREUX SUCCÎS DU VOYAGE DE SEDAN.
Cette j)ièce fut imprimée pour la première fois, en 1607, dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. On voit dans l'Estoile qu'elle courait manuscrite dès le mois de décembre de l'année précédente. Suivant Ménage, qui le tenait de Racan, c'était une de celles que Malherbe estimait le plus.
Henri IV partit de Paris le i5 mars ifiofi, à la tète de son armée, pour aller assiéger le duc de Bouillon dans Sedan, qui se rendit le •X avril.
Enfin après les tempêtes
Nous voici rendus au port;
Enfin nous voyons nos têtes
Hors de l'injure du sort.
Nous n'avons rien qui menace 5
De troubler notre bonace ;
Et ces matières de pleurs ,
Massacres , feux , et rapines ,
De leurs funestes épines
Ne gâteront plus nos fleurs. i o
Nos prières sont ouïes ,
Tout est réconcilié ',
Nos peurs sont évanouies ,
Sedan s'est humilié.
A peine il a vu le foudre i 5
Parti pour le mettre en poudre ,
Que faisant comparaison
De l'espoir et de la crainte ,
Pour éviter la contrainte
Il s'est mis à la raison. i<>
Qui n'eût cru que ses murailles ,
Que défendoit un lion ,
N'eussent fait des funérailles
Plus que n'en fit Ilion ;
Et qu'avant qu'être à la fête a 5
De si pénible conquête ,
Les champs se fussent vêtus
Deux fois de robe nouvelle ,
Et le fer eût en javelle
Deux fois les blés abattus ? 3 o
Et toutefois , ô merveille !
Mon roi, l'exemple des rois,
Dont la grandeur nonpareille
Fait qu'on adore ses lois,
Accompagné d'un Génie , 3 i
Qui les volontés manie ,
L'a su tellement presser
D'obéir et de se rendre ,
Qu'il n'a pas eu pour le prendre
Loisir de le menacer. 4 '^
Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux , De qui les neiges fondues
aa, U/i lion. La maison des seigneurs de la Marck, ducs de Bouillon, portait dans ses armes un lion ijsant de gueules en chef. 23. Vah. (F, M, O) : Eussent fait....
Rendent le cours furieux ;
Rien n'est sûr en son rivage; 4 5
Ce qu'il trouve il le ravage;
Et traînant comme buissons
Les chênes et les racines ,
Ote aux campagnes voisines
L'espérance des moissons. 5o
Tel, et plus épouvantable,
S'en alloit ce conquérant ,
A son pouvoir indomptable
Sa colère mesurant.
Son front avoit une audace 5 5
Telle que Mars en la Thrace ;
Et les éclairs de ses yeux
Etoient comme d'un tonnerre ,
Qui gronde contre la terre ,
Quand elle a fâché les cieux. 60
Quelle vaine résistance
A son puissant appareil ,
N'eût porté la pénitence
Qui suit un mauvais conseil?
Et vu sa faute bornée 6 5
D'une chute infortunée,
Comme la rébellion ,
Dont la fameuse folie
Fit voir à la Thessalie
Olympe sur Pélion ? 70
Voyez comme en son courage, Quand on se range au devoir, La pitié calme l'orage Que l'ire a fait émouvoir.
A peine fut réclamée ^ 5
Sa douceur accoutumée ,
Que d'un sentiment humain
Frappé non moins que de charmes ,
Il fit la paix , et les armes
Lui tombèrent de la main. Sc
Arrière, vaines chimères
De haines et de rancueurs ;
Soupçons de choses amères ,
Eloignez-vous de nos cœurs ;
Loin , bien loin , tristes pensées , 8 5
Où nos misères passées
Nous avoient ensevelis ;
Sous Henri , c'est ne voir goutte ,
Que de révoquer en doute
Le salut des fleurs de lis. 90
O Roi, qui du rang des hommes
T'exceptes par ta bonté ,
Roi, qui de l'âge où nous sommes
Tout le mal as surmonté ;
Si tes labeurs , d'où la France 9 5
A tiré sa délivrance,
Sont écrits avecque foi.
Qui sera si ridicule
Qui ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi ? t o o
De combien de tragédies ,