‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 124 sur 295 · Var. (K · texte numérisé non relu

Var. (K

Qu'il ne confesse....

Sans ton assuré secours ,

Étoieut les trames ourdies

Pour ensanglanter nos jours?

Et qu'auroit fait l'innocence , i o 5

Si Toutrageuse licence ,

De qui le souverain bien

Est d'opprimer et de nuire,

N'eût trouvé pour la détruire

Un bras fort comme le tien ? 1 1 o

Mon roi, connois ta puissance,

Elle est capable de tout ;

Tes desseins n'ont pas naissance

Qu'on en voit déjà le bout;

Et la fortune amoureuse 1 r 5

De la vertu généreuse

Trouve de si doux appas

A te servir et te plaire ,

Que c'est la mettre en colère

Que de ne l'employer pas. 1 2 o

Use de sa bienveillance.

Et lui donne ce plaisir,

Qu'elle suive ta vaillance

A quelque nouveau désir ;

Où que tes bannières aillent , 125

Quoi que tes armes assaillent ,

11 n'est orgueil endurci.

Que brisé comme du verre ,

A tes pieds elle n'atterre ,

S'il n'implore ta merci. 1 3o

1 16. Vab. (F, K, M, O) : De ta vertu..

92 POESIES, XXL

Je sais bien que les oi'acles

Prédisent tous qu'à ton fils

Sont réservés les miracles

De la prise de Memphis ;

Et que c'est lui dont l'épée , i 3 6

Au sang barbare trempée ,

Quelque jour apparoissant

A la Grèce qui soupire ,

Fera décroître l'empire

De l'infidèle Croissant. 140

Mais tandis que les années

Pas à pas font avancer

L'âge où de ses destinées

La gloire doit commencer ,

Que fais-tu , que d'une armée, 1 4 s

A te venger animée,

Tu ne mets dans le tombeau

Ces voisins dont les pratiques

De nos rages domestiques

Ont allumé le flambeau ? i 5 o

Quoique les Alpes chenues

Les cou^Tcnt de toutes parts ,

El fassent monter aux nues

Leurs effroyables remparts ;

Alors que de ton passage i 5 5

On leur fera le message ,

Qui verront-elles venir.

Envoyé sous tes auspices,

i3i. Les oracles. Allusion aux nombreux horoscopes faits et publiés à l'époque de la naissance du Dauphin. 148. Ces voisins. Le duc de Savoie.

POESIES, XXI. gi

Qu'aussitôt leurs précipices

Ne se laissent aplanir ? 1 6 o

Crois-moi, contente l'envie

Qu'ont tant de jeunes guerriers

D'aller exposer leur vie

Pour t'acquérir des lauriers ;

Et ne tiens point ocieuses 1 6 5

Ces âmes ambitieuses ,

Qui jusques où le matin

Met les étoiles en fuite ,

Oseront sous ta conduite

Aller quérir du butin. i 70

Déjà le Tessin tout morne

Consulte de se cacher,

Voulant garantir sa corne,

Que tu lui dois arracher ;

Et le Pô , tombe certaine 1 7 5

De l'audace trop hautaine ,

Tenant baissé le menton ,

Dans sa caverne profonde

S'apprête à voir en son onde

Choir un autre Phaéton. i 8 o

Va , monarque magnanime , Souffre à ta juste douleur, Qu'en leurs rives elle imprime

i65. Ocieuses, oisives.

173. Les poètes de l'antiquité ont en général représenté les dieux des fleuves avec une tête de taureau. Corniger Ilcspcr'ulum ftuviiis regnator aqitaium , dit Virgile {Énc'ule y VIII, 77), en parlant du Tibre.

Les marques de ta valeur.

L'astre dont la course ronde 1 8 5

Tous les jours voit tout le monde,

N'aura point achevé l'an ,

Que tes conquêtes ne rasent

Tout le Piémont, et n'écrasent

La couleuvre de Milan. 190

Ce sera là que ma lyre ,

Faisant son dernier elTort ,

Entreprendra de mieux dire

Qu'un cygne près de sa mort ;

Et se rendant favorable 1 9 »

Ton oreille incomparable,

Te forcera d'avouer,

Qu'en l'aise de la victoire

Rien n'est si doux que la gloire

De se voir si bien louer. 200

Il ne faut pas que tu penses

Trouver de l'éternité

En ces pompeuses dépenses

Qu'invente la vanité ;

Tous ces cliefs-d'œuvres antiques a o 5

Ont à peine leurs reliques ;

Par les Muses seulement

L'homme est exempt de la Parque ;

Et ce qui porte leur marque

184. Il V a ici une faute dans les éditions de iGSo et de ifi3i : douleur, comme deux vers plus haut , au lieu de valeur.

190. Le duché de Milan avait pour armes une couleuvre dévorant un enfant.

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