‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 132 sur 295 · Voyez dans Brantôme la vie du maréchal de Termes et · texte numérisé non relu

Voyez dans Brantôme la vie du maréchal de Termes et

Mais de chercher aux sépultures

Des témoignages de valeur ,

C'est à ceux qui n'ont rien du leur

Estimable aux races futures ;

Non pas à toi, qui revêtu S 5

De tous les dons que la vertu

Peut recevoir de la Fortune ,

Gonnois que c'est que du vrai bien ,

Et ne veux pas , comme la lune ,

Luire d'autre feu que du tien. 90

Quand le monstre infâme d'envie ,

A qui rien de l'autrui ne plaît,

Tout lâche et jierfide qu'il est ,

Jette les yeux dessus ta vie ,

Et te voit emporter le prix 9 5

Des grands cœurs et des beaux esprits

Dont aujourd'hui la France est pleine,

Est-d pas contraint d'avouer

Qu'il a lui-même de la peine

A s'empêcher de te louer ? 100

Soit que l'honneur de la carrière

T'appelle à monter à cheval ,

Soit qu'd se présente un rival

Pour la lice ou pour la barrière ,

Soit que tu donnes ton loisir io5

celle du maréchal de Bellegarde. Le premier contribua puissamment au gain de la bataille de Cérisoles, où il fut fait prisonnier

85-90. Voyez, comme contre-partie de ce panégyrique, l'historiette que Tallemant des Réaux a consacrée à Bellegarde.

ICI. Carrière. Ce mot se dit, suivant Nicot, oc de la course et tirée d'un homme à cheval, soit qu'il joute, soit qu'il coure pour plaisir tant que la longueur d'une haleine ou lice se peut étendre. »

A prendre quelque autre plaisir,

Eloigné des molles délices;

Qui ne sait que toute la cour ,

A regarder tes exercices ,

Comme à des théâtres accourt ? no

Quand tu passas en Italie,

Où tu fus quérir pour mon roi

Ce joyau d'honneur et de foi,

Dont TArne à la Seine s'allie ;

Téthys ne suivit-elle pas 1 1 5

Ta bonne grâce et tes appas ,

Comme un objet émerveillable ,

Et jura qu'avecque Jason

Jamais argonaute semblable

N'alla conquérir la toison ? 120

Tu menois le blond Hyménée ,

Qui devoit solennellement

De ce fatal accouplement

Célébrer l'heureuse journée.

Jamais il ne hit si paré ; 125

Jamais en son habit doré

Tant de richesses n'éclatèrent;

Toutefois les N}Tnphes du lieu ,

Non sans apparence , doutèrent

Qui de vous deux étoit le Dieu. 1 3o

De combien de pareilles marques , Dont on ne me peut démentir , Ai-je de quoi te garantir

ii4- L'^rwe, l'Arno. Bellegarde avait été envoyé à Florence pour y chercher Marie de Médicis.

POESIES, XXVIT. n'j

Contre les menaces des Parques ?

Si ce n'est qu'un si long discours i 3 5

A de trop pénibles détours ;

Et qu'à bien dispenser les choses ,

Il faut mêler pour un guerrier

A peu de myrte et peu de roses

Force palme et force laurier ? 140

Achille étoit haut de corsage ;

L'or éclatoit en ses cheveux ;

Et les dames avecque vœux

Soupiroient après son visage ;

Sa gloire à danser et chanter, i 4 5

Tirer de l'arc, sauter, lutter,

A nulle autre n'étoit seconde ;

Mais s'il n'eut rien eu de plus beau ,

Son nom , qui vole par le monde ,

Seroit-il pas dans le tombeau ? 1 5o

S'il n'eût par un bras homicide ,

Dont rien ne repoussoit l'effort,

Sur Ilion vengé le tort

Qu'avoit reçu le jeune Atride ;

De quelque adresse qu'au giron i 5 5

Ou de Phénix , ou de Chiron ,

Il eût fait son apprentissage ,

Notre âge auroit-il aujourd'hui

Le mémorable témoignage

Que la Grèce a donné de lui ? 160

C'est aux magnanimes exemples Qui sous la bannière de Mars Sont faits au mihcu des hasards, Qu'il appartient d'avoir des temples :

Malhf.kbi:. I 8

ii4 POÉSIES, XXVII.

Et c'est avecquc ces couleurs i fi 5

Que 1 histoire de nos malheurs

Marquera si bien ta mémoire,

Que tous les siècles à venir

N'aui'ont point de nuit assez noire,

Pour en cacher le souvenir. i 70

En ce long temps où les manies

D'un nombre infini de mutins,

Poussés de nos mauvais destins ,

Ont assouvi leurs félonies ,

Par quels faits d'armes valeureux , 175

Plus que nul autre aventureux ,

N'as-tu mis la gloire en estime?

Et déclaré ta passion ,

Contre l'espoir illégitime

De la rebelle ambition ? i 8u

Tel que d'un effort difficde

Un fleuve au travers de la mer ,

Sans que son goût devienne amer ,

Passe d'Elide en la Sicile ;

Ses flots par moyens inconnus i 8 5

En leur douceur entretenus

Aucun mélange ne reçoivent ;

Et dans Svracuse arrivant

Sont trouvés de ceux qui les boivent

Aussi peu salés que devant : 190

Tel entre ces esprits tragiques ,

1 81-190. Voltaire a imité cette comparaison clans les vers si connus de la Henriade :

Belle Aréthuse, ainsi ton onde fortunée....

On plutôt démons insensés, Qui de nos dommages passés Tramoient les funestes pratiques , Tu ne t'es jamais diverti De suivre le juste parti ; Mais lilâmant Timpure licence De leurs déloyales humeurs , As toujours aimé l'innocence, Et pris plaisir aux bonnes mœurs.

Depuis que pour sauver sa terre, Mon roi, le plus grand des humains , Eut laissé partir de ses mains Le premier trait de son tonnerre , Jusqu'à la fin de ses exploits.

Que tout eut reconnu ses lois, A-t-il jamais défait armée, Pris ville , ni forcé rempart , Où ta valeur accoutumée N'ait eu la principale part ?

Soit que près de Seine et de Loire Il pavât les plaines de morts , Soit que le Rhône outre ses bords Lui vît faire éclater sa gloire, ]Ne l'as-tu pas toujours suivi?

Ne l'as-tu pas toujours servi?

Et toujours par dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort Que sait imprimer aux courages Le soin de vivre après la mort?

19J. Diverti, détourné.

ii6 POÉSIES, XXVII.

Mais qiioi ? ma barque vagabonde

Est dans les S\Ttes bien avant ;

Et le plaisir la décevant

Toujours l'emporte au gré de l'onde,

Beliegarde , les matelots 225

Jamais ne méprisent les flots ,

Quelque phare qui leur éclaire ;

Je ferai mieux de relâcher,

Et borner le soin de te plaire ,

Par la crainte de te fâcher. 280

L'unique but ou mon attente

Croit avoir raison d aspirer,

C'est que tu veuilles m'assurer

Que mon offrande te contente;

Donne-m'en d'un clin de tes veux 2 35

Un témoignage gracieux ;

Et si tu la trouves petite,

Ressouviens-toi qu'une action

Ne peut avoir peu de mérite ,

Ayant beaucoup d'affection . 240

Ainsi de tant d or et de soie

Ton âge dévide son cours ,

Que tu reçoives tous les jours

Nouvelles matières de joie ;

Ainsi tes honneurs florissants , 245

De jour en jour aillent croissants ,

Malgré la fortune contraire ;

Et ce c{ui les fait trébucher ,

De toi ni de Termes ton frère

249- César-Augiiâte de Saint-Lari , baron de Termes, tué au siège de Clérac le 9.2 juillet ifisi.

Ne puisse jamais approcher. 2 5 o

Quand la faveur à pleines voiles ,

Toujours compagne de vos pas ,

Vous feroit devant le trépas

Avoir le front dans les étoiles ,

Et remplir de votre grandeur 2 5 5

Ce que la terre a de rondeur ,

Sans être menteur , je puis dire

Que jamais vos prospérités

N'iront jusques où je désire ,

Ni jusques où vous méritez. 260

A la fin c'est trop de silence

En si beau sujet de parler;

Le mérite qu'on veut celer

Souffre une injuste violence.

Bellegarde, unique support 5

Où mes vœux ont trouvé leur port,

Que tarde ma paresse ingrate.

Que déjà ton bruit nonpareil

Au bord du Tage et de l'Euphrate

N'a vu l'un et l'autre soleil? i o

Les Muses hautaines et braves

Tiennent le flatter odieux ;

Et comme parentes des Dieux

Ne parlent jamais en esclaves :

Mais aussi ne sont-elles pas i 5

De ces beautés dont les appas

Ne sont que rigueur et que glace,

Et de qui le cerveau léger.

Quelque service qu'on leur fasse ,

Ne se peut jamais obliger. 2 o

,iS POÉSIES, XXVII.

La vertu, qui de leur étude

Est le fruit le plus précieux,

Sur tous les actes vicieux

Leur fait haïr l'ingratitude ;

Et les agréables chansons 2 S

Par qui leurs doctes nourrissons

Savent chaimer les destinées ,

Récompensent un bon accueil

De louanges que les années

Ne mettent point dans le cercueil. 3o

Les tiennes vivront, je le jure

Touchant de la m£iin à l'autel,

Sans que jamais rien de mortel

Ait pouvoir de leur faire injure;

Et l'éternité que promet 3 6

La montagne au double sommet

N'est que mensonge et que fumée,

Ou je rendrai cet univers

Amoureux de ta renommée

Autant que tu l'es de mes vers. 4 o

Comme en cueillant une guirlande

On est d'autant plus travaillé

Que le parterre est émaillé

D'une diversité plus grande,

Tant de fleurs de tant de côtés 4 !»

Faisant paroître en leurs beautés

L'artifice de la nature.

Que les yeux troublés de plaisir

Ne savent en cette peinture

Ni que laisser ni que choisir : 5 o

Ainsi quand pressé de la honte

Dont me fait rougir mon devoir,

Je veux une œuvre concevoir

Qui pour toi les âges surmonte.

Tu me tiens les sens enchantés .5 S

De tant de rares qualités

Où brille un excès de lumière.

Que plus je m'arrête à penser

Laquelle sera la première.

Moins je sais par où commencer. 6'»

POÉSIES, XXVII. iif)

Par combien de semblables marques

Dont on ne peut me démentir,

Ai-je de quoi te garantir

Contre les outrages des Parques?

Mais des sujets beaucoup meilleurs 6:)

Me font tourner ma route ailleurs,

Et la bienséance des choses

M'avertit qu'il faut qu'un guerrier

En sa couronne ait peu de roses

Avecque beaucoup de laurier. 7 o

Achille étoit haut tle corsage,

L'or éclatoit en ses cheveux,

Et les femmes avec des vœux

Soupiroient r.prt s son visage ;

Sa gloire à danser et chanter, 7 S

Tirer de l'arc, sauter, lutter,

A nulle autre n'étoit seconde ;

Mais s'il n'eût rien eu de plus beau.

Son nom rui vole par le monde

Fût-il pas clos dans le tombeau ? s a

(l'est aux magnanimes exemples

Qui dessus la scène de Mars

Sont faits au milieu des hasards,

Qu'il appartient d'avoir des temples ;

Et c'est là que je veux trouver 8 5

De quoi si dignement graver

Les monuments de ta mémoire,

Que tous les siècles à venir

N'auront point de nuit assez noire

Pour en cacher le soutenir. yo

En ce long temps où les manies

D'un nombre infini de mutins

Poussés de nos mauvais destins

Ont assouvi leurs tyrannies,

Qui se peut vanter comme toi y •>

D'avoir toujours gardé sa foi

Hors de soujîçon comme de crime?

Et d'une forte passion

HoJi l'espoir illégitime

De la rebelle aml)ition? t 00

Tel que d'un effort difficile

Un fleuve par-dessous la mer,

Sans que son flot devienne amer,

Passe de Grèce en la Sicile;

Il ne sait lui-même comment i © 5

Il peut couler si nettement ,

Et sa fugitive Aréthuse,

Coutumière à le mépriser,

De ce miracle est si confuse

Qu'elle s'accorde à le baiser : i i o

Tel entre ces esprits tragiques,

Ou plutôt démons insensés ,

Qui de nos dommages passés

Tramoient les funestes pratiques ,

Tu ne t'es jamais diverti i i 5

De suivre le juste parti,

Mais blâmant l'impure licence

De nos déloyales humeurs.

As toujours aimé l'innocence

Et pris plaisir aux bonnes mœurs. 120

Si nommer eu son parentage

Une longue suite d'aïeux

Que la gloire a mis dans les cieux.

Est réputé grand avantage ,

A qui peut-il être inconnu i 2 5

Que toujours les tiens ont tenu

Les charges les plus honorables

Qu'espèrent avecque raison

Sous des monarques favorables

Ceux qui sont d'illustre maison? i 3o

Qui ne sait de quelles tempêtes

Leur fatale main autrefois,

Portant la foudre de nos rois,

Des Alpes a battu les tètes ?

Qui n'a vu dessous les combats i 35

Le Pô mettre ses cornes bas?

Et les peuples de ses deux rives

Dans la frayeur ensevelis,

Laisser leurs dépouilles captives

A la merci des fleurs de lis ? 140

Mais de chercher aux sépultures

Des témoignages de valeur,

C'est à ceux qui n'ont rien du leur

Estimable aux races futures ,

Non pas à toi qui revêtu 145

De tous les dons que la vertu

Peut recevoir de la Fortune,

Connois ce qui vraiment est bien,

Et ne veux pas, comme la lune,

Luire d'autre feu que du tien . i 5 o

Quand le monstre infâme d'envie,

A qui rien de l'autrui ne plaît.

Tout lâche et perfide qu'il est.

Jette les yeux dessus ta vie.

Et voit qu'on te donne le prix 155

Des beaux cœurs et des beaux esprits

Dont aujourd'hui la France est pleine.

N'est-il pas contraint d'avouer

Qu'il a lui-même de la peine

A s'empêcher de te louer? i go

De quelle adresse incomparable

Ce que tu fais n'est-il réglé?

Qui ne voit s'il n'est aveuglé

Que ton discours est admiraljlc?

Et les charmes de tes bontés i 6 5

N'ont-ils pas sur les volontés

Une si parfaite puissance.

Qu'une âme ne peut éviter

D'être sous ton obéissance.

Quand tu l'en veux solliciter? i ^o

Soit que l'hoimeur de la carrière

T'appelle à monter à cheval ,

Soit qu'il se présente un rival

Pour la lice ou pour la barrière.

Soit que tu donnes ton loisir 175

A faire en quelque autre plaisir

Luire tes grâces non])areilles.

Voit-on pas que toute la cour

Aux spectacles de tes merveilles

Comme à des théâtres accourt? i 80

Quand il a fallu par les armes

Venir à l'essai glorieux

De réduire ces furieux

Aveuglés d'appas et de charmes,

Qui plus heureusement a mis i 8 à

La honte au front des ennemis?

Et par de plus dignes ouvrages

Témoigné le mépris du sort ,

Dont sollicite les courages

Le soin de vivre après la mort ? 190

Dreux sait bien avec quelle audace

Il vit au haut de ses remparts

Ton glaive craint de toutes parts

Se faire abandonner la place,

Et sait bien que les assiégés ig5

En péril extrême rangés

Tenoient déjà leur perte sûre,

Quand demi-mort, par le défaut

Du sang versé d'une blessure.

Tu fus remporté de l'assaut. 200

La défense victorieuse

D'un petit nombre de maisons.

Qu'à peine avoit clos de gazons

Une hâte peu curieuse ;

Un camp venant pour te forcer, a o 5

Abattu sans se redresser,

Et le repos d'une province

Par un même effet rétabli,

Au gré des sujets et du Prince,

Sont-ce choses dignes d'oubli ? 210

Sous la canicule enflammée

Les blés ne sont point aux sillons

Si nombreux que les bataillons

Qui fourmilloient en cette armée,

Et si la fureur des Titans 2 i 5

Par de semblables combattants

Eût présenté son escalade,

Le ciel avoit de quoi douter

Qu'il n'eût vu régner Encelade

En la place de Jupiter. 220

POÉSIES, XXVII. i.i3

Qui vers l'épaisseur d'un bocage

A ^u se retirer des loups

Qu'mi berger de cris et de coups

A repoussés de son herbage ,

Il a vu ces désespérés î 2 5

Par ta gloire déshonorés

S'en revenir en leur tranchée,

Et ne rester de leurs efforts

Que toute la terre jonchée

De leurs blessés et de leurs morts. 2 3o

La paix qui neuf ans retirée,

Eaisoit la sourde à nous ouïr,

A la iin nous laissa jouir

De sa présence désirée.

Au lieu du soin et des ennviis 2 3 5

Par qui nos jours sembloient des nuits,

L'âge d'or revint sur la terre,

Les délices eurent leur tour.

Et mon roi lassé de la guerre

Mit son temps à faire l'amour. 240

Le nom de sa chaste Marie

Le travailloit d'une langueur

Qu'il pensoit que pour sa longueur

Jamais il ne verroit guérie,

Et bien que des succès heureux 2 4 5

De ses combats aventureux

Toute l'Europe sût l'histoire.

Il croyoit en sa royauté

N'avoir rien, s'il n'avoit la gloire

De posséder cette beauté. 2 5 o

Elle auparavant invincible

Et plus dure qu'un diamant,

S'apercevoit que cet amant

La faisoit devenir sensible.

Les doutes que les femmes font 2 5 5

Et la conduite qu'elles ont

Plus discrète et plus retenue,

Contre sa flamme combattant,

Faisoit qu'elle étoit moins connue,

Mais elle étoit gi-ande pourtant. 260

En l'heureux sein de la Toscane,

Diane aux ombres de ses bois

La uourrissoit dessous ses lois,

Qui n'enseignent rien de profane.

Tandis le temps faisoit mûrir a 65

Le dessein de l'aller quérir,

Et ne restoit plus que d'élire

Celui qui seroit le Jason

Digne de faire à cet empire

Voir une si belle toison. 270

Tu vainquis en cette dispute ,

Aussi plein d'aise dans le cœur

Qu'à Pise jadis un vainqueur

Ou de la course ou de la lutte ;

Et parus sur les poursuivcuits ' 2-5

Dont les vœux trop haut s'élevants

Te donnoient de la jalousie,

Comme dessus des arbrisseaux

Un de ces pins de Silésie

Qui font les mâts de nos vaisseaux. a go

Quelle prudence inestimable

Ne fis-tu remarquer alors?

Quels ornements d'àme et de corps

Ne te firent trouver aimable?

Téthys, que ta grâce ravit, a 8 5

Pleine de flamme te suivit

Autant que dura ton passage ,

Et l'Arno cessa de couler.

Plein de honte qu'en son rivage

n n'avoit de quoi t'égaler. 290

Tu menois le blond Hyménée,

Qui devoit solennellement

De ce fatal accouplement

Célébrer l'heureuse journée.

Jamais il ne fut si paré, a 9 5

Jamais en son habit doré

Tant de richesses n'éclatèrent ;

Toutefois les Nymphes du lieu

Non sans apparence doutèrent

Qui de vous deux étoit le Dieu. 3 00

POÉSIES, XXVII. ia5

Mais quoi? ma barque vagabonde

Est dans les Syrtes bien avant ;

Et le plaisir la décevant

Toujours la pousse au gré de l'onde.

Bellegarde, les matelots 3 o 5

Jamais ne méprisent les flots,

Quelque pbare qui leur éclaire ;

Je ferai mieux de relâcher,

Et borner le soin de te plaire

Par la crainte de te fâcher. 3 t o

Toute la gloire où mon attente

Croit avoir raison d'aspirer,

C'est qu'il te plaise m'assurer

Que mon offrande te contente.

Donne-m'en d'iui clin de tes yeux 3 i 5

Un témoignage gracieux.

Et si tu la trouves petite.

Considère qu'une action

Ne peut avoir peu de mérite

Ayant beaucoup d'affection. 32 o

Ainsi toujours d'or et de soie

Ton âge dévide son cours ;

Ainsi te naissent tous les jours

Nouvelles matières de joie.

Et les foudres accoutumés 3^5

De tous les traits envenimés

Que par la fortune contraire

L'ire du ciel fait décocher.

De toi, ni de Termes ton frère.

Ne puissent jamais approcher. 3 3 o

Quand la faveur à pleines voiles,

Toujours compagne de vos pas,

\ous feroit devant le trépas

Avoir le front dans les étoiles.

Et remplir de votre gi-andeur 3 3 5

Ce que la terre a de rondeur,

Sans être menteur je puis dire

Que jamais vos prospérités

N'iront jusques où je désire.

Ni jusques où vous méritez. 3/» o

a monsieur de fieuraxce, sï!r so\ art p'embellik.

Cette pièce se trouve en tète du livre intitulé : l'Art d'embellir, tiré du sens de ce sacré Paradoxe : La sagesse de la personne embellit sa face, étendu en toute sorte de Beauté et es moyens de faire que le corps retire en effet son embellissement des belles qualités de l'Ame. Par le sieur de Flurance Rivault. A Paris, chez Julien Bertaut, 1608. — David de Rivault, sieur de Flurance, né à Laval ou dans les environs, vers 1571, mort à Tours au mois de janvier ifiifi, fut successivement sous-précepteur, lecteur aux mathématiques, puis précepteur de Louis XIII, et conseiller d'Etat. Le plus connu de ses ou'STages a pour titre : les Elémens d'artillerie, 2' édition, ifioS, in-8.

Caliste est la vicomtesse d'Auchy, dont nous allons parler a la page 128.

Le sonnet est irrégulier (voyez la notice de la pièce xxv).

Voyant ma Caliste si belle , Que Ton n'y peut rien désirer , Je ne me pouvois figurer Que ce fût chose naturelle.

J'ignorois que ce pouvoit être 5

Qui lui coloroit ce beau teint , Où l'Aurore même n'atteint Quanti elle commence de naître,

Page 1