STANCES
Imprimées pour la première fois en 1620 dans les tomes I et II des Délices de la poésie française.
Le prince de Condé , qui s'était absenté de la cour en juillet , après son mariage, comme nous l'avons dit plus haut, v revint avec sa femme, mais il n'y séjourna guère, a En ce mois de septembre (1609), dit l'Estoile, M. le prince de Condé ayant été malmené du Roi se retira fort piqué et mal content en sa maison,
n'avant été possible à Sa Majesté de retarder son partement setdement d'un jour. » — Les vers 3o et 3i de la pièce ci-dessous indiquent suffisamment qu'elle fut composée après le second départ du prince. On sait que Malherbe ne travaillait pas vite, et, pour qu'il pût être un poète de circonstance, il fallait que les circonstances marchassent bien lentement.
Revenez , mes plaisirs , ma dame est revenue ; Et les vœux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux, Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue , Ont eu grâce des cieux.
Les voici de retour ces astres adorables, Où prend mon Océan son flux et son reflux ; Soucis, retirez-vous, cherchez les misérables; Je ne vous connois plus.
Peut-on voir ce miracle , où le soin de nature A semé comme fleurs tant d'aimables appas,
POÉSIES, XLIV. i57
Et ne confesser point qu'il n'est pire aventure Que de ne la voir pas?
Certes l'autre soleil d'une erreur vagabonde Court inutilement par ses douze maisons; C'est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde 1 5 Le change des saisons.
Avecque sa beauté toutes beautés arrivent ; Ces déserts sont jardins de l'un à l'autre bout; Tant l'extrême pouvoir des grâces qui la suivent Les pénètre partout.
Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle ; 2 o
L'orage en est cessé , l'air en est éclairci ; Et même ces canaux ont leur course plus belle Depuis qu'elle est ici.
De moi, que les respects obligent au silence, J'ai beau me contrefaire, et beau dissimuler; a 5
Les douceurs où je nage ont une violence Qui ne se peut celer.
Mais , ô rigueur du sort ! tandis que je m'arrête A chatouiller mon âme en ce contentement , Je ne m'aperçois pas que le Destin m'apprête 3o
Un autre partement.
Arrière ces pensers que la crainte m'envoie; Je ne sais que trop bien l'inconstance du sort , Mais de m'ôler le goût d'une si chère joie ,
C'est me donner la mort. 3 5