V. Donc cette merveille des cinitx
Je crois pouvoir les classer ainsi , d'après les renseignements que je trouve dans les lettres de Malherbe à Peiresc :
Le 19 octobre 1(109, i' parle de vers composés pour le Roi, qui les a a exactement loués. » Le 28, il aimonce qu'il a, ce soir même, donné de nouveaux vers au Roi. Ces deux passages ne peuvent
s'appliquer qu'aux pièces I et II , écrites évidemment avant la fuite du prince deCondé, laquelle eut lieu, comme je viens de le dire, le 29 novembre.
Le 5 janvier 1610, il envoie à son ami les vers Que d'épines, Amour, qui a. ont été extrêmement agréables. » Le 18 février, Henri IV reçoit de lui une chanson {Que n'êtes-vous lassées), et lui commande luie élégie que le poète (comme il l'écrivait le 24 mars) espérait avoir finie avant Pâques, c'est-à-dire avant le 11 avril. Voilà donc les cinq pièces mentionnées plus haut. L'élégie dont il est question est celle que je place au cinquième rang , et que Saint- Marc a mise la première.
Les noms d'Alcandre et d'Oranthe, qui désignent dans ces poèmes le Roi et Charlotte de 3Iontmorency, signifient, le premier (il se trouve dans Homère) « homme fort, courageux, » le second « celle qui a la fleur de jeunesse, de beauté. » On connaît les Amours du grand Alcandre , espèce de roman historique publié en ifiSa et souvent réimprimé.
Quelque ennui donc qu'en cette absence
Avec une injuste licence
Le destin me fasse endurer,
Ma peine lui semble petite ,
Si chaque jour il ne Firrite 5
D'un nouveau sujet de pleurer.
Paroles que permet la rage
A l'innocence qu'on outrage.
C'est aujourd'hui votre saison;
Faites-vous ouïr en ma plainte ; i o
Jamais l'âme n'est bien atteinte,
Quand on parle avecque raison.
O fureurs, dont même les Scythes
N'useroient pas vers des mérites
Qui n'ont rien de pareil à soi, i.^
Ma dame est captive , et son crime
C'est que je l'aime , et qu'on estime
Qu'elle en fait de même de moi.
POÉSIES, XLIII. i53
Rochers , où mes inquiétudes
Viennent chercher les sohtudes, ao
Pour blasphémer contre le sort,
Quittez la demeure où vous êtes,
Je suis plus rocher que vous n'êtes,
De le voir, et n'être pas mort.
Assez de preuves à la guerre , 2 5
D'un bout à l'autre de la terre ,
Ont fait paroître ma valeur ;
Ici je renonce à la gloire ,
Et ne veux point d'autre victoire
Que de céder à ma douleur. 3o
Quelquefois les Dieux pitoyables
Terminent des maux incroyables;
Mais en un lieu que tant d'appas
Exposent à la jalousie ,
Ne seroit-ce pas frénésie 3 5
De ne les en soupçonner pas ?
Qui ne sait combien de mortelles
Les ont fait soupirer pour elles ,
Et d'un conseil audacieux,
En bergers, bêtes, et Satyres, 40
22. Ce vers, qui rime trop bien avec le suivant, manque dans les éditions de ifi3o, i63r et i635,où, à l'exception des deux premières lettres, il est resté en blanc. Je le trouve pour la première fois dans l'édition de Troyes, 1647 > in-S", qui porte le titre de troisième, comme celle de i635. — Ménage, qui n'avait peut-être pas consulté l'édition de i647> ^ comblé la lacune par le vers suivant :
Quoique insensibles aux tempêtes ,
reproduit sans observation par Saint-Marc et tous ses successeurs. J'ignore si le vers est de Ménage.
i54 POÉSIES, XLIII.
Afin d'apaiser leurs martyres.
Les ont fait descendre des cieux ?
Non , non , si je veux un remède ,
C'est de moi qu'il faut qu il procède;
Sans les importuner de rien , 4 5
J'ai su faire la délivrance
Du malheur de toute la France ,
Je la saurai faire du mien.
Hâtons donc ce fatal ou\Tage;
Trouvons le salut au naufrage ; 50
Et multiplions dans les bois
Les herbes dont les feuilles peintes
Gardent les sanglantes empreintes
De la fin tragique des rois.
Pour le moins la haine et Tenvie 5 5
Ayant leur rigueur assouvie
Quand j'aurai clos mon dernier jour,
Oranthe sera sans alarmes ,
Et mon trépas aura des larmes
De quiconque aura de l'amour. 60
A ces mots tombant sur la place , Transi d'une mortelle glace , Alcandre cessa de parler; La nuit assiégea ses prunelles;
52-54. Allusion à l'hyacinthe des poètes, née du sang du jeune Hyacinthe et de celui d'Ajax. On y croyait lire les exclamations de douleur AI, AI, qui rappelaient, dit Ovide [Metam., XIII, Sgj), le nom d'Ajax et les plaintes d'Hyacinthe. Le nom de rois appliqué à ces deux héros grecs est un souvenir de Virgile [Ed., HI, 106) : Inscripti nomina regum flores.
POÉSIES, XLIII. i55
El son âme étendant les ailes 6 5
Fut toute prête à s'envoler.
« Que fais-tu, monarque adorable,
Lui dit un Démon favorable ,
En quels termes te réduis-tu ?
Veux-tu succomber à l'orage , 70
Et laisser perdre à ton courage
Le nom qu'il a pour sa vertu?
« N'en doute point, quoi qu'il advienne,
La belle Oranthe sera tienne ;
C'est chose qui ne peut faillir; 73
Le temps adoucira les choses ,
Et tous deux vous aurez des roses ,
Plus que vous n'en saurez cueillir. »
POUR ALCANDRE AU RETOUR d'oRA>'THE A FOTVTAIIN'EBLEAU.