‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 148 sur 295 · C'est le mot d'Énée dans Virgile {Enéide, II · texte numérisé non relu

C'est le mot d'Énée dans Virgile {Enéide, II

Quis talia fando

MjTmidonum Dolopumve aut duri miles Ulyssei

Tempcrct a laci-\mis?

19, 20. Yak. (jns. et yiirs de cour) :

Les vents en l'Océan tant de vagues n'irritent ,

Comme j'ai de pensers

afi. Var. (^ Airs de différents auteurs):

Qu'il monte, et qu'il descend

i6o POESIES, XLV.

Comme la nuit arrive, et que par le silence, Qui fait des bruits du jour cesser la violence,

L'esprit est relâché , Je vois de tous côtés sur la terre et sur Tonde, Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde , 3 5

Et n'en suis point touché.

S'il m'advieut quelquefois de clore les paupières , Aussitôt ma douleur en nouvelles matières

Fait de nouveairx efforts ; Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge , 4 o

Il ne me trouble point comme le meilleur songe

Que je fais quand je dors.

Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparoît à l'autel , où comme une victime

On la veut égorger ; 4 5

Tantôt je me la vois d'un pirate ravie; Et tantôt la fortune abandonne sa vie

A quelque autre danger.

En ces extrémités la pauvrette s'écrie :

« Alcandre, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie, 5o

Du malheur où je suis. » ^ La fureur me saisit , je mets la main aux armes ; Mais son destin m'arrête , et lui donner des larmes ,

C'est tout ce que je puis.

Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure, 5 5

Sa. Var. (Airs de cour) : Les tempêtes du jour cessant leur violence. 34. Vab. {ms.) : En la terre et dans l'onde.

38. Vab. {ms. clAirs de différents auteurs) : Eji nouvelles manières. 55. Vab. {Airs de cour et Airs de différents auteurs) : Voilà comme je vis, voilà comme j'endure.

POÉSIES, XLV. iGi

Pour une affection cpie je veux qui me dure

Au delà du trépas ; Tout ce qui me la blâme offense mon oreille , Et qui veut m'affliger , il faut qu'il me conseille

De ne m'affliger pas. Go

On me dit qu'à la fin toute chose se change ,

Et qu'avecque le temps les beaux yeux de mon Ange

Reviendront m'éclairer; Mais voyant tous les jours ses chaînes se rétraindre, Désolé que je suis ! que ne dois-je point craindre , 6 5

Ou que puis-je espérer?

Non, non, je veux mourir; la raison m'y convie; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie

Ne peut être plus beau ; Et le sort qui détruit tout ce que je consulte, 7f»

Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte

N'aura paix qu'au tombeau.

Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine Faisoit , loin de témoins , le récit de sa peine ,

Et se fondoit en pleurs ; 7 .")

Le fleuve en fut émli; ses Nymphes se cachèrent; Et l'herbe du rivage, où ses larmes touchèrent,

Perdit toutes ses fleurs.

58. Vab. : Tout ce qui m'en dit mal.... 76, 77. Var. (ms. et Airs de cour) :

. . . Les astres se cachèrent, El la rive du fleuve où ses pieds la touchèrent.

Malherhe a hicn fait de changer ce dernier vers, qui anrnit |iu prêtci il de mauvaises plaisanteries. Vovez-en la raison dans Talliiiiant l//ixlortclle de Henri IV, édil. Paulin Paris, tome T, p. 9).

Mai.uerue. I I I

i62 POÉSIES, XLVI.

SUR LE jNIEME SUJET.

Ces stances, acherées en fé^Tier ifiio, furent imprimées en i6i5, dans les Délices de la poésie françoise et dans les ^irs de cour (publiés par P. Ballard, liv. I, p. 55), avec un air de Guesdron. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dans la correspondance de Malherbe. Le 12 fé- Arler ifiio, il écrit à Peiresc : a Vous m'avez vu, ce me semble, quelques couplets d'une méchante chauson que j'avois commencé à faire sur un air que m'avoit baillé le marquis d'Oraison. A cette heure que je l'ai achevée, je vous prie. Monsieur, de me faire ce bien, de prier M. le marquis, de votre part et de la mienne, de vous en donner l'air et de me l'envoyer par le premier, et tout aussitôt je vous enverrai les paroles; j'y ferai mettre ici un autre air, et nous retiendrons le meilleur. La chanson se commencoit :

Inlidèle mémoire.

Pourquoi fais-tu gloire De me ranientevoir Une saison prospère

Que je désespère De jamais plus revoir?... »

Six jours après Malherbe écrit encore : a J'ai baillé ce soir au Roi la chanson pour laquelle je vous avois prié de m'cnvover un certain air sur lequel j'ai pris ma mesure. Je vous fais encore la même prièi-e : ce sera pour le comparer avec celui que Guesdron y fera ; car le Roi l'a envoyé quérir à l'heure même qu'il eut lu mes vers, et lui a dit qu'il Aouloit qu'il y travaillât dès ce soir. » Enfin, le a4 mars, il annonce qu'il a recouvré l'air « qu'a fait M. Guesdron sur la chanson dont il est question. Je ne m'y connois pas; mais tout le monde le trouve fort beau, et surtout le Roi. » — Quant à la pièce Infidèle mémoire , il n'en reste que le couplet cité plus haut et jusqu'ici non réuni aux œuvres de Malherbe. Il serait toutefois possible que, le rhythme étant le même, Malherbe en eût utilisé un certain nombre de vers pour sa seconde chanson.

POÉSIES, XLVI. i6i

Que n'ètes-vous lassées,

Mes ti'istes pensées , De troubler ma raison?

Et faire avecque blâme

Rebeller mon âme 5

Contre ma guérison ?

Que ne cessent mes larmes ,

Inutiles armes?

Et que n'ôte des cieux La fatale ordonnance i o

A ma souvenance Ce qu'elle ôte à mes yeux?

O beauté nonpareille ,

Ma chère merveille , Que le rigoureux sort i 5

Dont vous m'êtes ravie

Aimeroit ma vie S'il m'envoyoit la mort !

Quelles pointes de rage

Ne sent mon courage , i <.

De voir que le danger En vos ans les plus tendres

Menace vos cendres D'un cercueil étranger?

Je m'impose silence a 5

En la violence

(i. Var. (N, R et ^irs de cour) : Contre sa guérison. 24. Var. (^Âirs de cour) : D'un sépulcre étranger. Ce vers confirme ce que j'ai dit plus haut sur la date de la pièce, car il s'applique au séjour de la princesse de Condé en Flandre.

i64 POÉSIES, XLVI.

Que me fait le mallieur; Mais j'accrois mon martyre;

Et n'oser rien dire M'est douleur sur douleur, 3o

Aussi suis-je un squelette ;

Et la violette , Qu'un froid hors de saison , Ou le soc a touchée,

De ma peau séchée 3 5

Est la comparaison.

Dieux , qui les destinées

Les plus ohstinées Tournez de mal en bien , Après tant de tempêtes 'i <>

Mes justes requêtes N'obtiendront-elles rien ?

Avez-vous eu les titres

D'absolus arbitres De l'état des mortels , 4 5

Pour être inexorables

Quand les misérables ■ Implorent vos autels ?

37. Vab. (Airs de cour) : Que me fait ce malheur. 34-3fi. Var. {iùid.) :

Et le sec a flétrie ,

A ma peau meurtrie Est la comparaison.

Page 1