‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 156 sur 295 · A. LA. REINE, MÈRE DU ROI, SUR LES HEUREUX SUCCÈS DE SA RÉGENCE · texte numérisé non relu

A. LA. REINE, MÈRE DU ROI, SUR LES HEUREUX SUCCÈS DE SA RÉGENCE

Cette ode, imprimée pour la première fois en 1611 d'abord séparément, puis dans le Temple d'Apollon , fut composée au plus tôt en septembre 1610 (il y est question de la prise de Juliers qui eut lieu le 2 de ce mois), et ne fut probablement terminée qu'un peu plus tard; car le 23 décembre Malberbe écrit à Peiresc : a Je vous envoie des vers que j'ai donnés à la Reine ; ils sont au goût de toute cette cour. Je désire qu'ils soient au vôtre. S'ils produisent quelque chose de bon pour moi, ils seront au mien; jusque-là je tiendrai mon jugement suspendu. » Voilà une phrase qui peint Malherbe tout entier. Ses vers durent lui paraître excellents, car ils lui valurent une pension de i5oo livres.

Nymphe qui jamais ne sommeilles,

Et dont les messagers divers

En un moment sont aux oreilles

Des peuples de tout l'univers;

Vole vite , et de la contrée 5

Par où le jour fait son entrée

Jusqu'au rivage de Calis,

Conte sur la terre et sur l'onde ,

Que 1 lionneur unique du monde,

* 7. Pendant une partie du dix-septième siècle, on disait indifféremment en France (et, à ce qu'il paraît, en Espagne) Cadiz ou Calis J'ai retrouvé dans l'Estoile et dans Palma Cayet ce nom orthographié comme l'écrit Malherbe.

POÉSIES, LUI. i83

C'est la Reine des fleurs de lis. i o

Quand son Henri, de qui la gloire

Fut une merveille à nos yeux ,

Loin des hommes s'en alla boire

Le nectar avecque les Dieux ,

En cette aventure effroyable i 5

A qui ne sembloit-il croyable

Qu'on alloit voir une saison ,

Où nos brutales perfidies

Feroient naître des maladies

Qui n'auroient jamais guérison ? 20

Qui ne pensoit que les Furies

Viendroient clés abîmes d'enfer,

En de nouvelles barbaries

Employer la flamme et le fer?

Qu'un débordement de licence 2 6

Feroit souffrir à l'innocence

Toute sorte de cruautés?

Et que nos malheurs seroient pires

Que naguères sous les Busires

Que cet Hei cule avoit domptés ? 3 o

Toutefois depuis l'infortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour;

j3, ii\. Quos intcr Augustus recumhcns Purpureo bibit ore nectar.

(Horace, Oc/es, UI, 3, 11.) 29. Busires, Busiris.

3 1-34. Henri IV, comme nous l'avons dit plus haut, avait été assassine le 14 mai i(iio.

i84 POÉSIES, LUI.

Et la France a les destinées 3 5

Pour elle tellement tournées

Contre les vents séditieux ,

Qu'au lieu de craindre la tempête,

Il semble que jamais sa tète

Ne fut plus voisine des cieux. 40

Au delà des bords de la Meuse

L'Allemagne a vu nos guerriers ,

Par une conquête fameuse

Se couvrir le front de lauriers.

Tout a fléchi sous leur menace ; 4 î

L'Aigle même leur a fait place ;

Et les regardant approcher

Comme lions à qui tout cède ,

N'a point eu de meilleur remède ,

Que de fuir , et se cacher. 5 o

O Reine , qui pleine de charmes

Pour toute sorte d'accidents ,

As borné le flux de nos larmes

En ces miracles évidents ;

Que peut la fortune publique 5 5

Te vouer d'assez magnifique .

Si mise au rang des immortels ,

Dont la vertu suit les exemples ,

Tu n'as avec eux dans nos temples ,

41. Le 2 septembre 1610, après iin siège assez meurtrier, qui avait duré ciiiq semaines, la ville et le château de Juliers se rendirent à l'armée française, commaaidée par le maréchal de la Châtre, que soutenaient un corps de reîtres du prince d'Anlialt et des troupes hollandaises sous les ordres du comte Maurice de Nassau.

Page 1