‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 177 sur 295 · Fléaux, \iO\\T fléaux, en une seule syllabe · texte numérisé non relu

Fléaux, \iO\\T fléaux, en une seule syllabe

ATJTRE FRAGMENT.

Ames pleines de vent , que la rage a blessées , Connoissez votre faute, et bornez vos pensées

En un juste compas; Attachez votre espoir à de moindres conquêtes ; Briare avoit cent mains , Typhon avoit cent têtes , Et ce que vous teniez leur coûta le trépas.

Soucis, retirez-vous , faites place à la joie, Misérable douleur , dont nous sommes la proie ;

Nos vœux sont exaucés ; Les vertus de la Reine, et les bontés célestes , Ont fait évanouir ces orages funestes , Et dissipé les vents qui nous ont menacés.

Suivant Racan , ce serait pendant le veuvage de Mme de Termes , dont le mari mourut en i6ai, que îMalherbe aurait composé cette chanson pour Mme de Rambouillet. Colle-ci ne se rappelait pas cette circonstance, au dire de Ménage, qui prétend que la pièce a été faite pour Caliste, c'est-à-dire pour la vicomtesse d'Aucliy. En tout cas, ces vers sont antérieurs à l'époque indiquée par Racan , car ils ont été insérés dès i6i5 dans les ^irs de cour, imprimés par P. Ballard (liv. I, p. i8), avec la musique de Boesset. Je ne crois pas qu'ils aient été réimprimés avant l'édition de i63o. — Dans une des éditions du Parnasse se trouve un somîet qui commence ainsi :

Ils s'en vont ces beaux yeux, ces soleils de ma vie.

Il est du cardinal Duperron et a précédé certainement la chanson de Malherbe.

Ils s'en vont, ces rois de ma vie ,

Ces yeux , ces l)eaux yeux , Dont l'éclat fait pâlir d'envie

Ceux même des cieux.

Dieux amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

Elle s'en va cette merveille , Pour qui nuit et jour,

Quoi que la raison me conseille , Je brûle d'amour.

Dieux amis, etc.

POÉSIES, LXVIIl.

En quel effroi de solitude

Assez écarté, Mettrai-je mon inquiétude i 5

En sa liberté ?

Dieux amis , etc.

Les affligés ont en leurs peines

Recours à pleurer • Mais quand mes yeux seroient fontaines ,

Que puis-je espérer ? 20

Dieux amis, etc.

POÉSIES, LXIX. iii

Il s'agit ici non point, comme quelques-uns l'ont cru, de la femme de Malherbe, car elle survécut à son mari, mais de la femme d'Etienne Puget. C'est celui-ci que le poëte fait parler. — Etienne Puget, qui, après son veuvage, embrassa l'état ecclésiastique, et fut évêque de Marseille de i(i43 à ififiS, était fils de Pommeuse Puget, trésorier de l'Épargne , sur lequel on peut consulter Tallemant des Réaux , et sa femme était fille de Halle , doyen de la chambre des comptes de Paris.

Le sonnet fut imjirimé en ifii5 dans les Délices de la poésie fraii-

Celle qu'avoit Hymen à mon cœur attachée , Et qui fut ici-l)as ce que j'aimai le mieux, Allant changer la terre à de plus dignes lieux, Au marbre que lu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée, Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des cieux; Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux , L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.

Ni prières , ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir, Et mon affection n'en put avoir dispense.

Toi dont la piété vient sa toml)e honorer, •2. Var. (N) : Ce que j'almois le mieux.

Pleure mon infortune , et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.

Belle âme qui fus mon flambeau , Recois riionneur qu'en ce toml)eau Je suis oblii^é de te rendre:

Ce que je fais te sert de peu ; Mais au moins tu vois en la cendre Comme j'en conserve le feu.

17. Var. (R): Le devoir m'oblige à te rendre. 20. Var. {ibid.) : Que j'en aime encore le feu.

POÉSIES, LXX. aaS

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