Fléaux, \iO\\T fléaux, en une seule syllabe
ATJTRE FRAGMENT.
Ames pleines de vent , que la rage a blessées , Connoissez votre faute, et bornez vos pensées
En un juste compas; Attachez votre espoir à de moindres conquêtes ; Briare avoit cent mains , Typhon avoit cent têtes , Et ce que vous teniez leur coûta le trépas.
Soucis, retirez-vous , faites place à la joie, Misérable douleur , dont nous sommes la proie ;
Nos vœux sont exaucés ; Les vertus de la Reine, et les bontés célestes , Ont fait évanouir ces orages funestes , Et dissipé les vents qui nous ont menacés.
Suivant Racan , ce serait pendant le veuvage de Mme de Termes , dont le mari mourut en i6ai, que îMalherbe aurait composé cette chanson pour Mme de Rambouillet. Colle-ci ne se rappelait pas cette circonstance, au dire de Ménage, qui prétend que la pièce a été faite pour Caliste, c'est-à-dire pour la vicomtesse d'Aucliy. En tout cas, ces vers sont antérieurs à l'époque indiquée par Racan , car ils ont été insérés dès i6i5 dans les ^irs de cour, imprimés par P. Ballard (liv. I, p. i8), avec la musique de Boesset. Je ne crois pas qu'ils aient été réimprimés avant l'édition de i63o. — Dans une des éditions du Parnasse se trouve un somîet qui commence ainsi :
Ils s'en vont ces beaux yeux, ces soleils de ma vie.
Il est du cardinal Duperron et a précédé certainement la chanson de Malherbe.
Ils s'en vont, ces rois de ma vie ,
Ces yeux , ces l)eaux yeux , Dont l'éclat fait pâlir d'envie
Ceux même des cieux.
Dieux amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?
Elle s'en va cette merveille , Pour qui nuit et jour,
Quoi que la raison me conseille , Je brûle d'amour.
Dieux amis, etc.
POÉSIES, LXVIIl.
En quel effroi de solitude
Assez écarté, Mettrai-je mon inquiétude i 5
En sa liberté ?
Dieux amis , etc.
Les affligés ont en leurs peines
Recours à pleurer • Mais quand mes yeux seroient fontaines ,
Que puis-je espérer ? 20
Dieux amis, etc.
POÉSIES, LXIX. iii
Il s'agit ici non point, comme quelques-uns l'ont cru, de la femme de Malherbe, car elle survécut à son mari, mais de la femme d'Etienne Puget. C'est celui-ci que le poëte fait parler. — Etienne Puget, qui, après son veuvage, embrassa l'état ecclésiastique, et fut évêque de Marseille de i(i43 à ififiS, était fils de Pommeuse Puget, trésorier de l'Épargne , sur lequel on peut consulter Tallemant des Réaux , et sa femme était fille de Halle , doyen de la chambre des comptes de Paris.
Le sonnet fut imjirimé en ifii5 dans les Délices de la poésie fraii-
Celle qu'avoit Hymen à mon cœur attachée , Et qui fut ici-l)as ce que j'aimai le mieux, Allant changer la terre à de plus dignes lieux, Au marbre que lu vois sa dépouille a cachée.
Comme tombe une fleur que la bise a séchée, Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des cieux; Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux , L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.
Ni prières , ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir, Et mon affection n'en put avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa toml)e honorer, •2. Var. (N) : Ce que j'almois le mieux.
Pleure mon infortune , et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.
Belle âme qui fus mon flambeau , Recois riionneur qu'en ce toml)eau Je suis oblii^é de te rendre:
Ce que je fais te sert de peu ; Mais au moins tu vois en la cendre Comme j'en conserve le feu.
17. Var. (R): Le devoir m'oblige à te rendre. 20. Var. {ibid.) : Que j'en aime encore le feu.
POÉSIES, LXX. aaS