‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 178 sur 295 · POUR UNE FONTAINE · texte numérisé non relu

POUR UNE FONTAINE

« J'ai ouï dire à M. du Casse, lieutenant général de Laitoure (Lectoure), rapporte Ménage, qu'il y a auprès de Laitoure une maison de campagne où ces a ers sont gravés au pied d'une fontaine, d'un caractère qui paroît ancien, et que la commune créance du pays est qu'ils sont de du Bartas, et que du Bartas les fît en faveur de sa sœur, k qui cette maison appartenoit. Mais j'ai ouï dire aussi à Mme la marquise de Rambouillet, que IMalherhe les avoit faits à sa prière pour la fontaine de l'hôtel de Rambouillet, ou ils furent gravés lorsque cette fontaine fut revêtue de pierres la première fois. Malherbe étoit l'homme du monde le moins plagiaire : et d'un autre côté ces vers sont plus élégants que ni le siècle ni le style de du Biu'tas ne le comportent. Il ne faut donc point douter que ces vers ne soient de ]\Ialherbe. Et puisqvi'ils se trouvent gravés au pied de la fontaine de cette maison de campagne dont nous venons de parler, il faut croire que quelqu'un les y a fait graver depuis que Malherbe les fit, il y a plus de soixante ans(c. à d. vers i6o(r>j, pour la fontaine de l'hôtel de Rambouillet, comme on les a fait graver depuis peu au pied d'une fontaine du couvent des capucins de la ville d'Angers. »

Cette inscription parut pour la première fois, non pas en 1627, comme le dit Saint-Marc, mais en i(>i5, d;ms les Délices de la poés'u: ^rancuise.

Vois-tu, passant, couler cette onde, Et s'écouler incontinent ?

Aitisi luit la ii^loire du monde; Et rien que Dieu n'est permanent.

MAl-HEKliK.

CHANSON

Cette clianson , imprimée en i fi 1 5 clans le tome EL des Délices de la poésie française, et en ifiSo dans \e Beciieil des plus beaux vers, a été pour la première fois jointe par Saint-Marc aux œuATes de Malherhe.

Sus debout la merveille des belles ,

Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail , dont la vive peinture Défend à l'art d'imiter la nature.

L'air est plein d'une haleine de roses , 5

Tous les vents tiennent leurs bouches closes ,

Et le soleil semble sortir de l'onde

Pour quelque amour, plus que pour luire au monde.

On diroit, à lui voir sur la tête

Ses rayons comme un chapeau de fête, i o

Qu'il s'en va suivre en si belle journée Encore un coup la fille de Pénée.

Toute chose aux délices conspire ,

Mettez-vous en votre humeur de rire; Les soins profonds d'où les rides nous viennent, i 5 A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.

Il fait chaud , mais un feuillage sombre 12. Daphnc, Clle du Pénée, fleuve de la Tliessalie.

POÉSIES, LXXT. 227

Loin du bruit nous fournira quelque ombre, Où nous ferons parmi les violettes Mépris de Fambre et de ses cassolettes. 20

Près de nous sur les branches voisines

Des genêts , des houx et des épines , Le rossignol déployant ses merveilles , Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être à travers des fougères a 5

Verrons-nous de bergers à bergères Sein contre sein, et bouche contre bouche, Naître et finir quelque douce escarmouche.

C'est chez eux qu'Amour est à son aise ,

Il y saute , il y danse , il y baise , J «

Et foule aux pieds les contraintes serviles

De tant de lois qui le gênent aux villes.

O qu'un jour mon âme auroit de gloire

D'obtenir cette heureuse victoire , Si la pitié de mes peines passées 3 5

Vous disposoit à semblables pensées !

Votre honneur , le plus vain des idoles ,

Vous remplit de mensonges frivoles.

Mais quel esprit que la raison conseille , S'il est aimé, ne rend point de pareille? 4 '>

9'i8 POESIES, LXXIl.

RÉCIT d'un berger AU BALLET DE :MADAME, PRINCESSE d'eSPAGNE.

On dansa ce ballet le 19 mars i(Si5, clans la graiîdc salle de Bourbon, lorsque Louis XIII se disposait à partir pour Bordeaux, avec sa sœur Elisabeth et sa mère, à l'occasion des mariages dont il a été déjà parlé fvovez la notice de la pièce laiii}. Les vers de Malherbe parurent d'abord en feuille volante. J'en ai trouvé à la Bibliothèque impériale un exemplaire formé de 4 pages in-4'' et intitulé : Récit d'un Berger sur les alliances de France et d'Espagne. Cet exemplaire diffère notablement de celui que Saint-Marc a eu entre les mains et où il n'a signalé qu'une seule variante (vers 7-9).

De plus, le ballet fut impruué deux fois en 161 5. Je n'ai pu me procurer que la seconde édition intitulée : Description du ballet de Madame^ sœur aînée du Roi. A Lyon, pour François \vrad, pris sur la copie imprimée à Paris, avec Privilège du Pioy. MDCXV, 3-2 p. in-8». On y raconte que le Roi et sa mère choisirent, entre tous les projets de ballet qui leur furent présentés , celui du sieur Durand , contrôleur provincial des guerres, o comme .... se rapportiuit le plus à la condition et qualité de Madame, qu'il faisoit être une Minerve, et tout le ballet un triomphe qu'elle faisoit d'avoir captivé le Prince d'Espagne à qui

elle étoit promise Puis Sa Majesté envoya quérir le s'" Malherbe,

comme celui à qui les plus beaux esprits de la Erance défèrent, pour le faire communiquer avec ledit Durajid , prendre l'ordre du ballet de lui et travtùller ensemble aux vers qu'il y faudroit réciter, s — Des huit pièces de vers intercalées dans le ballet cinq sont de Durand, deux de Bordier. Une seule (celle que nous donnons ici) est de Malherbe. Elle fut récitée dans les circonstances suivantes : A la suite d'un ballet dansé par deux jeunes filles pai-ut sur la scène « un berger qui étoit le sieur Marais, homme d'ai-mes de la compagnie de Monsieur le Grand, lequel comme remenant ses troupeaux en l'élable au couchant du soleil, sortit des bois en chantant et alla jusque devant Leurs Majestés, toujours récitant les vers faits par le sieur Malherbe. »

Racan a raconté à Ménage que le poète, sur la fin de ses jours, a préféroit cette pièce à toutes ses autres. »

Houlette de Louis, houlette de Marie, Dont le fatal appui met notre bergerie

Hors du pouvoir des loups , Vous placer dans les cieux en la même contrée

Des balances d'Astrée, 5

Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous?

Vos pénibles travaux , sans qui nos pâturages , Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages,

S'en alloient désolés , Sont-ce pas des efFets que même eu ^\rcadie , i o

Quoi que la Grèce die , Les plus fameux pasteurs n'ont jamais égalés?

Voyez des boixls de Loire , et des bords de Garonne, Jusques à ce rivage où Téthys se couronne

De bouquets d'orangers , t 5

A qui ne donnez-vous une heureuse bonace.

Loin de toute menace Et de maux intestins , et de maux étrangers?

5. Jitrée, la Vierge du zodiaque, représentée ordinaiiement avec des épis dans une main, et une palme ou une balance dans l'autre. 7-9. Var. (exemplaire de Saint-Marc) :

par qui nos pâturages

Sf)nt encore en leur gloire, en dépit des orages Qui les ont désolés.

('ette strophe manque dans la feuille volante. i3-i5. Vau. (^Description du ballet'^ :

Voyons du hord de Loire et du bord de Garonne

Jusqu'à ce beau rivage

Et dans la feuille volante :

Voyons depuis où Loire entre au sein de Nérée Tusqu'où les flots du Var ont leur rive parée De forets d'orangers.

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