A.U ROI
Inséré en 1627 dans le Recueil des plus beaux vers , ce sonnet avait d'abord été imprimé en feuille volante. J'en ai trouvé à la Bibliothèque impériale un exemplaire au bas duquel se lit cette note manuscrite, d'une écriture du temps : « Le Roi lui fit donner 5oo écus le jour qu'il lui présenta ce sonnet. » Cette particularité permet de dater la pièce, car dans une lettre de Malherbe à son cousin de Bouillon, en date du 28 février 1624, on rencontre ce passage : a Je vous envoie demi-douzaine de copies d'un sonnet que je donnai au Roi il y a cinq ou six jours.... L'effet qu'il a eu, c'a été cinq cents écus que le Roi m'a donnés par acquit patent. »
Muses, je suis confus; mon devoir me convie A louer de mon Roi les rares qualités ; Mais le mauvais destin qu'ont les témérités Fait peur à ma foiblesse, et m'en ôte l'envie.
A quel front orgueilleux n'a l'audace ravie 5
Le nombre des lauriers qu'il a déjà plantés ? Et ce que sa valeur a fait en deux étés , Alcide l'eùt-il fait en deux siècles de vie?
Il arrivoit à peine à l'âge de vingt ans ,
Quand sa juste colère assaillant nos Titans , 1 «
Nous donna de nos maux l'heureuse déliviance.
Certes , ou ce miracle a mes sens éblouis ,
Ou Mars s'est mis lui-même au trône de la France ,
Et s'est fait notre roi sous le nom de Louis.
XGII