‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 204 sur 295 · ÉPIGRAMME POUR METTRE AU DEVANT DE LA SOMME THÉOLOGIQUE DU P. GARASSE · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMME POUR METTRE AU DEVANT DE LA SOMME THÉOLOGIQUE DU P. GARASSE

La Somme tliéologique du P. Garasse parut en 1626. Cette épigramme et la sulvaote, placées en tête de l'ouvrage, n'ont point encore été réunies aux œu\Tcs de Malherbe. Le livre du jésuite ayant été condamné par la Sorbonne , elles furent complètement oubliées , et ce n'est qu'en iSSg que M. Cli. AUeaume les a remises eu lumière. (Voyez la Correspondance littéraire du 20 mai iSSg.)

Esprits qui cherchez à médire , Adressez-vous en autre heu ; Cette œuvre est une œuvre de Dieu :

Garasse n'a fait que 1 écrire.

POESIES, XCVIl. a67

XGVll

AUTRE A l'auteur DE CE LIVRE.

En vain, mon Garasse, la rage

De quelques profanes espi'its

Pense diminuer le prix

De ton incomparable ouvrage.

Mes vers mourront avecque moi,

Ou ton nom au nom cle mon roi

Donnera de la jalousie ;

Et dira la postérité

Que son bras défit l'hérésie,

Et ton savoir l'impiété.

CONSOLATION A MONSIEUR LE PREMIER PRÉSIDENT, SUR LA MORT DE MADAME SA FEMME.

a Malherbe, dit 3Iénage, fut près de trois ans à faire ces stances sur la mort de la femme du premier président de Verdun ; et, quand il les publia, le premier président étoit marié en secondes noces avec- Charlotte de Fondebon , veuve de M. de Barbeziers de Chémeraut; ce qui leur fit perdre beaucoup de leur grâce. Je tiens toutes ces particularités de M. de Racan , de qui j'ai appris aussi que cette première femme du président de Verdun s'appelloit Charlotte du Gué. »

J'en suis fâché pour Racan, mais sa mémoire l'a ici fort mal se^^•^, et il a induit en erreur Ménage, Saint-Marc et les autres commentateurs, qui d'après lui ont daté les vers de 1621 ou 1622. La première femme de Nicolas de Verdun mourut en 1626, et son époux alla la rejoindre dans la tombe le 17 mars 1^27, l'année même où les stances de Malherbe parurent dans le Recueil des plus beaux vers, après avoir été imprimées en feuille volante. Nous sommes donc loin des trois ans dont parle Racan. Maintenant le pr?sident s'étant remarié très-peu de temps après la mort de sa première femme, il est évident que les vers peuvent fort bien n'avoir pas été terminés au moment de ses secondes noces , ni même avant sa mort. Mais vraiment on ne saurait en faire un reproche au poète, qui ne pouvait pas se douter que son ami, a déjà très-avancé en âge, s se consolerait si vite et mourrait sitôt.

Sacré ministre de Thémis ,

Verdun, en qui le ciel a mis

Une sagesse non commune ; Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu

Laissera sous une infortune 5

Au mépris de ta gloire accabler ta vertu ?

Toi de qui les avis prudents En toute sorte d'accidents

Sont loués même de l'envie , Perdras-tu la raison, jusqu'à te figurer 10

Que les morts reviennent en vie , Et qu'on leur rende l'âme à force de pleurer?

Tel qu'au soir on voit le soleil

Se jeter aux bras du sommeil ,

Tel au matin il sort de l'onde. i 5

Les affaires de l'homme ont un autre destin ;

Après qu'il est parti du monde , La nuit qui lui survient n'a jamais de matm.

Jupiter , ami des mortels ,

Ne rejette de ses autels 2 o

Ni requêtes ni sacrifices ; Il reçoit en ses bras ceux qu'il a menacés ;

Et qui s'est nettoyé de vices , Ne lui fait point de vœux qui ne soient exaucés.

Neptune , en la fureur des tlots 2 6

Invoqué par les matelots ,

Remet l'espoir eu leurs courages ; Et ce pouvoir si grand dont il est renommé,

N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé. 3<»

Pluton est seul entre les Dieux Dénué d'oreilles et d'yeux, A quiconque le sollicite; Il dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;

i3, f4- Var. (feuille volante) :

Tel que se couche le soleil Au soir, accablé de soniiueii.

270 POESIES, XCYÏII.

Et quoi qu'on lise cl'Hippolyte, 3 5

Ce qu'une fois il tient, jamais il ne le rend.

S'il éloit vrai que la pitié

De voir un excès d'amitié

Lui fît faire ce qu'on désire , Qui devoit le fléchir avec plus de couleur , 4 o

Que ce fameux joueur de lyre , Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur ?

Cependant il eut beau chanter ,

Beau prier , presser , et flatter ,

Il s'en revint sans Eurydice ; 4 î

El la vaine faveur dont il fut obligé

Fut une si noire malice , Ou 'un absolu refus l'auroit moins afflis^é.

Mais quand tu pourrois obtenir

Que la mort laissât revenir 5o

Celle dont tu pleures l'absence , La voudrois-tu remettre en un siècle effronté ,

Qui plein d'une extrême licence Ne fer oit que troubler son extrême bonté ?

Que vovons-nous que des Titans , 5 5

De bras et de jambes luttans

Contre les pouvoirs légitimes ?

Infâmes rejetons de ces audacieux ,

Qui dédaignant les petits crimes , Pour en faire un illustre attaquèrent les cieux j

Quelle horreur de flamme et de fer

lO. Couleur, apparence.

N'est éparse comme en enfer

Aux plus beaux lieux de cet empire ?

Et les moins travaillés des injures du sort ,

Peuvent-ils pas justement dire G 5

Qu'un homme dans la tombe est un navire au port?

Crois-moi , ton deuil a trop duré ;

Tes plaintes ont trop murmuré •

Chasse l'ennui qui te possède ; Sans t'initer en vain contre une adversité, 70

Que tu sais l)ien qui n'a remède Autre que d'obéir à la nécessité.

Rends à ton âme le repos

Qu'elle s'ôte mal à propos.

Jusqu'à te dégoûter de vivre ; 7 5

Et si tu n'as l'amour que chacun a pour soi,

Aime ton prince , et le délivre Du regret qu'il aura s'il est privé de toi.

Quelque jour ce jeune lion

Choquera la réliellion , 8 o

En sorte qu'il en sera maître ; Mais quiconque voit clair, ne connoît-il pas bien

Que pour l'empêcher de renaître II faut que ton labeur accompagne le sien ?

La Justice le glaive en main g 5

Est un pouvoir autre qu'humain

Contre les révoltes civiles ; Elle seule fait l'ordre , et les sceptres des rois

N'ont que des pompes inutiles , S'ils ne sont appuyés de la force des lois. 90

XGIX

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