PARAPHRASE DU PSAUME CXLV
En iSSg, pai-ut dans le Bulletin du bibliophile un article où l'auteur, trompé par une indication erronée d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, voulait enlever ces vers k Malherbe et les donner à Mathurin Régnier. Il n'avait point fait attention que cette ode, qui depuis fleux cent trente ans figurait sans contestation dans toutes les éditions de Malherbe, avait été puiiliée du vivant même du poëte et avec son nom, en ifiay, dans le Recueil des plus beaux vers; et que, de plus, comme on le verra dans les notes, on connaissait par Racan différentes particularités relatives à sa composition. Ainsi, il ne peut y avoir de doute : la pièce est bien de Malherbe, et le stjle seul suffirait, au besoin, pour démontrer qu'elle n'a jamais pu sortir de la plume du satirique.
Le psaume cxlv commence ainsi : Lauda, anima mea, Dominum. Malherbe n'en a paraphrasé, et très-librement, que les trois premiers versets.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre;
C'est Dieu qui nous fait vivre, 5
C'est Dieu qu'il faut aimer.
3. Racan avant objecté à Malherbe, dit Ménage, que dans ce vers rien ne se rapportait au premier hémisticiie du vers précédent, le poëte se rangea à son avis, « et sur l'heure même et en sa présence, » il chajigea ainsi ce passage :
Son état le plus ferme est l'image de l'onde Que toujours quelque vent empêche de calmer.
Mais , comme on le voit d'après le Recueil de ifia^ et l'édition de iHSo, il en revint à sa première rédaction.
Malherbe, i 18
En vain pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près tles rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mépris et ployer les genoux.
Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont comme dous sommes,
Véritablement hommes,
Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont Téclat orgueilleux étonne l'univers; i5
Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines
Font encore les vaines,
Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre \ 2 o
Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ; Et tombent avec eux d'une chute commune
Tous ceux que leur fortune
Faisoit leurs serviteurs.
9. Malherbe, à ce que dit Ménage, avant de s'arrêter à cette dernière forme, avait écrit ce vers des deux manières suivantes :
A souffrir leurs mépris et baiser leurs genoux. — Kt comme des autels adorons leurs genoux.
i5. \ar. (éd. de ifiSi) : Etonnoit l'univers.
POUR l;N GENTILHOMME DE SES AMIS, QUI MOURUT AGE DE CENT ANS.
Cette épitaphe a été imprimée en 1627 dans le Recueil des plus heaujc vers. Personne ne sait, pas même Ménage, pour qui ni à quelle époque au juste elle a été composée.
N'attends, passant, que de ma gloire
Je te fasse une longue histoire,
Pleine de langage indiscret.
Qui se loue irrite Fenvie ■,
Juge de moi par le regret 5
Qu'eut la mort de m'ôter la vie.
POÉSIES, CÏI.