SUR L\ MORT DE SON FILS
Le fils de Malherbe, Marc-Antoine, fut tué en duel ou j^lutôt dans une querelle, au mois de juin 1627, auprès d'Aix (voyez la notice en tète du volume). Le sonnet ci-dessous, imprimé au commencement de 1628, à la suite des deux pièces qu'il précède ici, ne figure point dans l'édition de i63o. — C'est Ménage qui l'a réuni aux œu^Tes de Malherbe.
Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, Ce fils qui fut si l)rave, et que j'aimai si fort : Je ne Timpute point à Tnijure du sort, Puisque finir, à Thomme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle 5
Ait terminé ses jours d'une tragique mort, En cela ma douleur n'a point de réconfort , Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
O mon Dieu, mon Sauveur, puisque par la raison
Le trouble de mon âme étant sans guérison, i o
Le vœu de la vengeance est un vœu légitime.
Fais que de ton appui je sois fortifié.
Ta justice t'en prie; et les auteurs du crime
Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
i3, i4. L'un des meurtriers s'appelait Fortia de Piles, et un bruit plus ou moins fondé le faisait descendre d'une famille de Juifs.
POÉSIES, cm.
CUII
POUR LE ROI, ALLANT CHATIER LA RÉBELLION DES ROCHELOIS, ET CHASSER LES AWGLOIS, QUI EN LEUR FAVEUR ÉTOIENT DESCENDUS EN l'ÎLE DE RÉ.
Les Anglais s'étaient emparés de l'île de Ré au mois de juillet 1627. Le Roi, parti de Paris le 20 juin, pour aller rejoindre son armée qui assiégeait la Rochelle , tomba malade en route, et n'arriva au camp que le 12 octobre.
Malherbe avait près de soixante-treize ans quand il fît cette ode, qui est l'une des meilleures et des plus correctes qu'il ait écrites. D'après une de ses lettres à son cousin de Bouillon , il y travaillait encore le 22 décembre 1627, lorsque depuis six semaines les Anglais avaient été chassés de l'île. Le 3 avril suivant, il racontait à Peiresc les compliments qu'elle lui avait attirés de la part du Roi. — Elle parut en 1628, jointe à la lettre écrite à Louis XIII par le poète au sujet de la mort de son fils, et que nous donnerons dans ce volume. Le tout forme 18 pages in-4*'.
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête; Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au Démon de la France 5
Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer; Et n'épargne contre eux pour notre délivrance Ni le feu ni le fer.
Assez de leurs complots l'infidèle malice
A nourri le désordre et la sédition. 1 j
278 POÉSIES, cm.
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines ternies , Et le centième avril les a peintes de fleurs, Depuis que parmi nous leurs brutales manies i 5
Ne causent que des pleurs.
Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères, Les monstres les plus noirs fîrent-ds jamais rien , Que linhumanitè de ces cœurs de vipères
Ne renouvelle au tien ? 20
Par qui sont aujourd hui tant de villes désertes? Tant de grands bâtiments en masures changés? Et de tant de chardons les campagnes couvertes , Que par ces enragés ?
Les sceptres devant eux n'ont point de privilèges; 2 5 Les Inunortels eux-méme en sont persécutés; El c'est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges Font plus d'impiétés.
Marche, va les détruire; éteins-en la semence; Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux, 3o
Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître , Beau d un soin assidu travailler à leurs forts, Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroître 3 5
Le jour entre les morts.
Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre;
POÉSIES, cm. •27Ç5
11 suffit que ta cause est la cause de Dieu;
Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre
Les soins de Richelieu. 4"
Richelieu, ce prélat de qui toute l'envie Est de voir ta grandeur aux Indes se borner, Et qui visiblement ne fait cas de sa vie Que pour te la donner.
Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée ; 'i î
Nuls divertissements ne l'appellent ailleurs , Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée, Il en a de meilleurs.
Son âme toute grande est une âme hardie , Qui pratique si bien l'art de nous secourir, 5o
Que pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.
Le ciel, qui doit le bien selon qu'on le mérite, Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté. Par un autre présent n'eût jamais été quitte â.i
Envers ta piété.
Va, ne diffère plus tes bomies destinées; Rlon Apollon t'assure, et t'engage sa foi, Qu'employant ce Tiphys, Syrtes et Cyanées
Seront havres pour toi. *>«■
Certes, ou je me trompe, ou déjà la victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend, Est aux bords de Charente en son habit de gloire,
5f). Tlpliys, le pilote du naviie des Argonautes.
28o POESIES, cm.
Pour te rendre content.
Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : 6 5"'
« Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher, Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire, Il est temps de marcher. »
Que sa façon est brave, et sa mine assurée! Qu'elle a fait richement son armure étoffer! 70
Et qu'il se connoît bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher!
Telle en ce grand assaut, où des fils de la terre La rage ambitieuse à leur honte parut.
Elle sauva le ciel, et rua le tonnerre, 7.'»
Dont Briare mourut.
Déjà de tous côtés s'avançoient les approches; Ici couroit Minas •, là Typhon se battoit •, Et là suoit Euryte à détacher les roches
Qu'Encelade jetoit. 80
A peine cette Vierge eut l'affaire embrassée , Qu'aussitôt Jupiter en son trône remis.
Vit selon son désir la tempête cessée.
Et n'eut plus d'ennemis.
Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre, 8 5
Et tous couverts des monts qu'ils avoient arrachés ;
y8. Minas, lisez JJimas.
81. C'est un souvenir de la Théogonie d'Hésiode (v. 388 et suivants). La Victoire, avec ses sœurs la Force, la Puissance, etc., vint aider Jupiter à triompher des Titans.
POÉSIES, cm. a8i
Phlégre qui les reçut, put encore la foudre Dont ils furent touchés.
L'exemple de leur race à jamais abolie , Devoit sous ta merci tes rebelles ployer; 90
Mais seroit-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer ?
Déjà l'étonnement leur fait la couleur blême; Et ce lâche voisin qu'ils sont allés quérir, Misérable qu'il est, se condamne lui-même y 5
A fuir ou mourir.
Sa faute le remord; Mégère le regarde.
Et lui porte l'esprit à ce vrai sentiment, Que d'une injuste offense il aura, quoiqu'il tarde.
Le juste châtiment. 1 o o
Bien semble être la mer une barre assez forte, Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu; Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et ta vertu?
Neptune importuné de ses voiles infâmes , i o 5
Comme tu paroîlras au passage des flots. Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames. Et soient tes matelots.
Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves ,
Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, 1 1 o
87. Put, pue. C'est l'ancienne forme de la troisième persomie de puer, primitivement piiir.