‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 214 sur 295 · POUR UNE MASCARADE · texte numérisé non relu

POUR UNE MASCARADE

Publiées pour la première fois dans l'édition de i63o.

Ceux-ci de qui vos yeux admirent la venue, Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir, Partis des bords lointains d'une terre inconnue. S'en vont au gré d'amour tout le monde courir.

Ce grand Démon qui se déplaît 5

D'être profane comme il est,

Par eux veut repurger son temple ;

Et croit qu'ils auront ce pouvoir.

Que ce qu'on ne fait par devoir,

On le fera par leur exemple. 10

Ce ne sont point esprits qu'une vague licence

Porte inconsidérés à leurs contentements',

L'or de cet âge vieil où régnoit l'innocence,

N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accoutrements;

La foi, l'honneur, et la raison i5

Gardent la clef de leur prison ;

Penser au change leur est crime ;

17. Ce vers est ainsi dans une copie conservée à la Bibliotlièque impériale (Papiers de Baluze, n" i33), tandis qu'on lit dans les éditions de i63o et de i63i :

Penser au change leur est un crime, ce qui donne une syllabe de trop au vers.

POESIES, CXI. 3oi

Leurs paroles n'ont point de fard ;

Et faire les choses sans art ,

Est l'art dont ils font plus d'estime. 2 o

Composez-vous sur eux, âmes belles et hautes; Retirez votre humeur de l'infidélité', Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes, Et de vous prévaloir de leur crédulité ;

N'ayez jamais impression 2 5

Que d'une seule passion ,

A quoi que l'espoir vous convie;

Bien aimer soit votre vrai bien ;

Et, bien aimés, n'estimez rien

Si doux qu'une si douce vie. 3o

On tient que ce plaisir est fertile de peines, Et qu'un mauvais succès l'accompagne souvent ; Mais n'est-ce pas la loi des fortunes humaines , Qu'elles n'ont point de havre à l'abri de tout veut?

Puis cela n'advient qu'aux amours, 3 5

Où les désirs, comme vautours ,

Se paissent de sales rapines ;

Ce qui les forme les détruit;

Celles que la vertu produit

Sont roses qui n'ont point d'épines. 4"

3o2 POl^SIES, CXII.

GXII

CHAN SON

Imprimée pour la première fois dans l'édition de i63o.

Est-ce à jamais, folle espérance, Que tes infidèles appas M'empêcheront la délivrance Que me propose le trépas?

La raison veut, et la nature, Qu'après le mal vienne le bien ; Mais en ma funeste aventure, Leurs règles ne servent de rien .

C'est fait de moi, quoi que je fasse ; J'ai beau plaindre et beau soupu'er, Le seul remède en ma disgrâce, C'est qu'il n'en faut point espérer.

Une résistance mortelle Ne m'empêche point son retour ; Quelque Dieu qui brûle pour elle Fait cette injure à mon amour.

Ainsi trompé de mon attente.

Je me consume vainement , Et les remèdes que je tente.

Demeurent sans événement.

POÉSIES, CXIT. 3o^

Toute nuit enfin se termine', La mienne seule a ce destin , Que d'autant plus qu'elle chemine, Moins elle approche du matin.

Adieu donc, importune peste, 2 5

A qui j'ai trop donné de foi ; Le meilleur avis qui me reste , C'est de me séparer de toi.

Sors de mon âme , et t'en va suivre

Ceux qui désirent de guérir ; 3 o

Plus tu me conseilles de vivre,

Plus je me résous de mourir.

3o4 POÉSIES, CXIII.

STASCES.

Imprimées pour la première fois dans l'édition de i63o.

Quoi donc , ma lâcheté sera si criminelle ? Et les vœux que j'ai laits pourront si peu sur moi, Que je quitte ma dame, et démente la foi Dont je lui promettois une amour éternelle?

Que ferons-nous, mon cœur , avec quelle science 5

Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés? Courrons-nous le hasard comme désespérés ? Ou nous résoudrons-nous à prendre patience ?

Non, non, quelques assauts que me donne l'envie. Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir, i o Je ne céderai point, que de même pouvoir Dont on m'ôte ma dame, on ne m'ôte la vie.

Mais où va ma fureur ? quelle erreur me transporte. De vouloir en géant aux astres commander? Ai-je perdu l'esprit, de me persuader 1 5

Que la nécessité ne soit pas la plus forte?

Achille, à qui la Grèce a donné cette marque, D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux , Fut en la même peine, et ne put faire mieux

POÉSIES, CXllI. 3o^.

Que soupirer neuf ans clans le fond d'une barque. 20

Je veux du même esprit que ce miracle d'armes,

Chercher en quelque part un séjour écarté

Où ma douleur et moi soyons en liberté,

Sans que rien qui m'approche interrompe mes larmes.

Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie, 2 5

D'être sans la beauté dont l'oljjet m'est si doux ; Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux , Avecque le penser mon âme ne la voie ?

[.e temps qui toujours vole, et sous qui tout succombe, Fléchira cependant l'injustice du sort; 3o

Ou d'un pas insensible avancera la mort. Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux à l'homme est dangereuse ; Quelque chemin qu'il tienne il trouve des combats ; Mais des conditions où l'on vit ici-bas, 3 5

Certes relie d'aimer est la plus malheureuse.

ao. Neuf ans! Lise/, neuf mois , ci c'est encore beaucoup plus que lie permet l'Iliade.

Sarrasin s'était sans doute inspiré de Malherbe dans ces vers adressés au duc d'Enghien :

Achille beau comme le jour, Et vaillant comme son épée, Pleura neuf ans pour son amour, (\)mme un enfant pour sa poupée.

Méjiage, en publiant les poésies de Sarrasin, remplaça neuf ans par neuf mois .

Jj. Je ne sais oi» Saint-Marc a pris ])our ce vers le texte suivant qu'il a ado])té :

Mais des conditions que l'on voit ici-bas. AJai.hf.kiik. I

3o6 POÉSIES, CXIV.

CHANSON

Publiée pour la première fois dans l'éclition de i63o.

C'est faussement qu'on estime Qu'il ne soit point de beautés Où ne se trouve le crime De se plaire aux nouveautés.

Si ma dame avoit envie D'aimer des objets divers, Seroit-elle pas suivie Des eux de tout l'univers ?

Est-il courage si brave, Qui pût avecque raison Fuir d'être son esclave, Et de vivre en sa prisou ?

Toutefois cette belle âme , A qui l'honneur sert de loi.

Ne hait rien tant que le blâme D'aimer un autre que moi.

Tous ces charmes de langage Dont on s'offre à la servir, Me l'assurent davantage.

Au lieu de me la ravir=

POESIES, CXIV. 3o7

Aussi ma gloire est si grande D'un trésor si précieux, Que je ne sais quelle offrande M'en peut acquitter aux cieux.

Tout le soin qui me demeure , a i

N'est que d'obtenir du sort, Que ce qu'elle est à cette heure , Elle soit jusqu'à la mort.

De moi , c'est chose sans doute,

Que l'astre qui fait les jours 3.»

Luira dans une autre voûte,

Quand j'aurai d'autres amours.

:io8 POÉSIES, cxv

EPIGKAAniF..

8 II n'y a rien au monde de plus bète que cette épigramnie, b a dit André Chénier, et je suis complètement de sou avis.

Tu (lis. Colin, de tous côtés, Que mes vers, à les ouïr lire.

Te font venir des crudités, Et penses qu'on en doive rire ; Cocu de long et de travers.

Sot au delà de toutes bornes, Comme te plains-tu de mes vers.

Toi qui souffres si l)ien les cornes?

Comme, comment.

POÉSIES, ex VI. 3o()

SLR LA MORT d'uN GENTILHOMME QUI FUT ASSASSINÉ.

Une copie autographe de ce sonnet, publié pour la première fois flans l'édition de i(i3o, est conservée à la Bibliothèque impériale dans les papiers de Baluze (^Is. n" i33).

Belle âme aux beaux travaux sans repos acionuée, Si parmi tant de gloire et de contentement Rien te fâche là-bas, c'est l'ennui seulement Qu\ni indigne trépas ait clos ta destinée.

Tu penses (jue d'ivi i la fatale journée, 5

Où ta belle \ertu parut si clairement, Avecque plus (riionneur et plus heureusement Auroil de tes beaux jours la carrière bornée.

Toutefois, bel esprit, console ta douleur;

11 iaut pai- la raison adoucu' le malheur, i»

El telle qu'elle vient prendre son aventure.

Il ne se fit jamais ini acte si cruel :

Mais c'est un témoignage à la race future ,

(^u'on ne tauroit su vaincre en un juste duel.

lo. Dans l'édition de ifijo, on lit, au lieu de malliciir, une se- 'ontle fois douleur.

FRAGMENTS

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