‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 216 sur 295 · A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE KICHELIEU · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE KICHELIEU

Imprimés pour la première fois dans rédition de i63o.

« J'ai su de 31. de Racan , dit Ménage , que Malherbe avoit fait ces deux stances plus de trente ans avant que le cardinal de Richelieu, auquel il les adresse , fût caidinal , et qu'il en changea seulement les quatre premiers vers de la première stance pour les accommoder à son sujet. J'ai su aussi de M. de Racan que le cardinal de Richelieu, qui avoit connoissance que ces vers n'avoient pas été faits pour lui, ne les reçut pas agréablement quand Malherbe les lui fit présenter : ce qui fit que Malherbe ne les continua pas. »

Richelieu ayant été créé cardinal en ittaa, ces vers remonteraient donc à l'année iSga tout au moins, suivant Racan et Ménage.

Grand et grand prince de l'Eglise, Richelieu, jusques à là mort, Quelque chemin que Thomme élise, Il est à la merci du sort • Nos jours filés de toutes soies Ont des ennuis comme des joies; Et de ce mélange divers Se composent nos destinées, Comme on voit le cours des années Composé d'étés et d'hivers.

Tantôt une molle l)oiiaee Nous laisse jouer sur les tlots; Tantôt un péril nous menace , Plus grand que l'art des matelots;

3i4 POÉSIES, CXVIII.

Et cette sagesse profonde 1 5

Qui donne aux fortunes du monde

Leur fatale nécessité,

N'a fait loi qui moins se révoque,

Que celle du flux réciproque

De riieur et de l'adversité. 20

POÉSIES, CXIX. :ii5

GXIX

FRA^GMENT.

Ce fragment, publie pour la première fois dans l'édition de iH3o, se rapporte bien probablement à l'ode sur la prise de Marseille. (Voyez la pièce vi.)

Tantôt nos navires, braves

De la dépouille d'Alger,

Viendront les Mores esclaves

A Marseille décharger •,

Tantôt, riches de la perle 5

De Tunis et de Biserte,

Sur nos bords étaleront

Le coton pris en leurs rives,

Que leurs pucelles captives

En nos maisons fileront. lo

1. a Brave, dit Nicot, aucunefois signifie superbe et liautain. » 6. Biserte, au nord-ouest de Tunis; son port, presque comblé aujourd'hui, fut jadis un des meilleurs de l'Afrique.

3i6 POÉSIES, CXX.

FRAGMENT

Publié pour la première fois, je crois, daus l'édition de Ménage.

Elle étoit jusqu'au nombril Sur les ondes paioissanle, Telle que Faube naissante Peint les roses en avril.

POÉSIES, GXXI. it7

FIN d'une ode pour LE ROI.

Publiée pour la première fois dans l'édition de ifi3o. Ces vers se rapportent îrès-vraisenil)lablement à la pièce xxt.

Je veux croire que la Seine

Aura des cygnes alors,

Qui pour toi seront eu peine

De faire quelques eflbrts.

Mais vu le nom que nie donne 5

Tout ce que ma lyre sonne,

Quelle sera la hauteur

De l'hymne de ta victoire.

Quand elle aura cette gloire.

Que Malheihe en soit l'auteur ! i o

3i8 POÉSIES, CXXII.

GXXII

FRAGMENT d'uNE ODE d'hORACE.

Ce fragment est inédit, je l'ai trouvé dans le manuscrit déjà cité des papiers de Baluze, n° i33. — Je crois que l'ode d'Horace que Malherbe aurait voulu imiter, mais de très-loin, est la iS^ du IV^ livre.

Audivere, Lyce, Di mea vota, Di Audivere, Lyce : fis anus —

Voici venir le temps que je vous avoîs dit. Vos yeux , pauvre Caliste, ont perdu leur crédit, Et leur piteux état aujourd'hui me fait honte D'en avoir tenu compte.

POÉSIES, CXXIII. 3iy

ATITRE FRAGMENT.

Inédit et tiré du même manuscrit que le précédent.

Vous avez beau, mon berger,

Me déguiser le danger ,

Je sais bien que par mes larmes

Le jeu se terminera ;

Mais vos prières sont charmes ;

Faites ce qu'il vous plaira.

FIN DES POESIKS.

LE LAGRIME DI SAN PIETRO, DEL SIG, LUIGI TANSILLO, ET LES LARMES DE SAINT PIERRE , DE MALHERBE '.

Le poëme Le Lagrime di San Pietro, de Luigi Tansillo, est divisé en treize chants ou Plaintes [Pianto primo, Pianto seconda, etc.). Il se compose de neuf cent onze octaves, formant en tout sept mille deux cent quatre-vingt-huit vers. L'imitation de Malherbe porte sur dix-neuf strophes prises çà et là dans le premier chant, sur les cinq premièx'es du second, et sur les quatre premières du cinquièm.e. Elle est excessivement libre. On en jugera par les extraits suivants du poëme italien^,

1. Nous devons cette comparaison du poëme de Tansillo et de l'imitation de Malherbe à un homm^e de beaucoup de goût et de savoir, et particulièrement très-versé dans la littérature italienne, M. Paul Tiby, qui a bien voulu nous permettre d'en enrichir notre édition. Nous le prions de recevoir ici nos plus sincères remercîments.

2. Nous avons conservé l'orthographe et la ponctuation de l'édition de 158", qui forme un volume in-i8, intitulé : Le Lagrime dl S. Pietro ciel Sig. iMigi Tansillo , di nuovo ristampate cou nuova gionta délie lagrime delta Maddalena del Signor Erasmo Valvassone, et altre rime spirituali del molto R. D. Angelo Grillo, non pin iedute, et ora novamente date in luce. In Genoi'a, oppressa Girolamo Bartoli, MDLXXX\'II. — Dans le Pianto settimo, strophe viii^ (P'ige 70), on lit ces deux vers :

// mille cinquc cento, e settant' uno

Anna cliiude hoggi d ciel girando interna,

qui montrent qu'à la fin de iSyi Tansillo n'avait point encore achevé son poëme.

Malhekbe. I ui

clans lesquels est contenu tout ce qui, de près ou de loin, a pu servir dinspiration au poète français. Ces passages, qui donnent matière à de curieux rapprochements, sont en outre intéressants par eux-mêmes, et souvent remarquables pour la pensée et surtout pour le stj'le.

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